Théâtre Confiture à Cité Bleue
Genève, Cité Bleue : “Central Park West“

David Bauhofer met en scène cette comédie de Woody Allen, en collaboration avec la compagnie Confiture.

Article mis en ligne le décembre 2007
dernière modification le 21 décembre 2007

par Claudia CERRETELLI ROCH

« Récemment il a voulu adhérer aux Suicidés Anonymes, mais il s’est fait rejeter ». Tout le monde – ou presque – peut donner un nom à cet humour : Woody Allen, bien sûr. Le pathétique associé au trivial, c’est sa marque de fabrique. C’est pourquoi on ira voir une des rares comédies créées à Genève.

Central Park West est l’histoire d’un adultère new-yorkais et bourgeois. Dans un cabinet de psychanalyse, bien sûr. David Bauhofer, qui mettra en scène, en tant que metteur en scène indépendant, cette pièce avec la collaboration de la compagnie Confiture, est bien connu pour avoir crée d’autres comédies, ainsi qu’il nous le dira lors de l’entretien pour Scènes Magazine.
Central Park West est une pièce qui renvoie à l’œuvre cinématographique de Woody Allen. Elle fait partie d’un recueil, « adultères » et aborde les thèmes chers au cinéaste, comme l’usure du couple, l’absurdité des réactions face à la souffrance de l’adultère dans la frange aisée de la société new-yorkaise. Elle les plonge, en effet, au cœur des contradictions lors du « grand déballage entre amis qui revêt la forme de règlement de comptes.
L’histoire est simple : un samedi de novembre, Phyllis se trouve face à son amie Carol, chez elle, alors qu’elle avait oublié qu’elle l’avait elle-même contactée, dans un élan de désespoir. La cause de l’oubli est simple : Phyllis (Sara Barberis, membre du théâtre Confiture) est complètement soule. Les raisons de cet appel à l’aide, on les apprend en cours de route : le mari de Phyllis, (Gaspard Boesh) l’aurait trompée, puis aurait demandé le divorce. Et serait parti en faisant ses valises. Aurait-il dit autre chose, demande Carol ? « Si, déclare Phyllis, il a dit que même si ce n’était pas écrit dans le contrat prénuptial, le dimanche je continuerais à recevoir le Sunday Times à domicile. » On découvre assez vite qui est l’auteur de l’adultère, et la suite, pour notre plus grand plaisir, relève à la fois de la psychiatrie et du génie de Woody Allen.

David Bauhofer, photo Isabelle Maurice

Quelques commentaires
David Bauhofer, quant à lui, souligne la valeur tragi-comique de cette pièce : « Il ne s’agit pas d’une farce, il s’agit de vrais sentiments amenés au bout de leurs possibilités réactives. La pièce est une thérapie familiale qui met en valeur les forces vitales de chacun. Il n’y a pas de désespoir creux ou même d’humour gratuit ».
On pourrait alors comparer cette pièce au Dieu du carnage, qui sans traiter le même sujet, traite également « un pétage de plombs familial » dans un salon de classe aisée ? « Pas vraiment, précise David Bauhofer. Dans cette classe aisée très new yorkaise – contrairement à une classe aisée très parisienne.. –, il n’y a pas le mépris des strates sociaux qu’on retrouve dans le Dieu du carnage. Les gens souffrent, mais ne se comparent pas. Chacun s’occupe de son petit drame personnel, dans un huis clos sans rapport avec les valeurs extérieures ».
Ne pourrait-on pas parfois s’extraire du drame pour savourer les nombreuses et savoureuses répliques, chez Woody Allen ? « Le texte, en lui-même, invite à ce plaisir, mais c’est sans compter avec la mise en scène. Il n’est qu’à l’état lyophilisé, explique David Bauhofer. Je pense qu’on peut, avec la mise en scène, rendre son épaisseur psychologique aux personnages sans les transformer en héros de farce gratuite. Mon travail est de traquer la vérité qui peut être rendue par le travail sur le corps, par exemple. En outre, la pièce se produit dans un cabinet de psychanalise qui est attenant à l’appartement, comme cela arrive souvent, ce qui signifie beaucoup… »
Et ce qui concerne « Confiture » ? « Confiture est la compagnie idéale pour le genre des comédies. Il y en a peu à Genève, et pourtant cette compagnie a autant d’abonnés que la Comédie, ce qui signifie que le public est preneur et fidèle. J’ai travaillé avec certains membres de la compagnie, qui jouent dans la pièce. Mais j’ai créé des quantités d’autres comédies avec d’autres collaborations : Feydeau, un air de famille et Joyeux Noël au Grütli…

Propos recueillis par Claudia Cerretelli

Du 22 janvier au 9 février : CENTRAL PARK WEST, de Woody Allen, m.e.s. David Bauhofer. Confiture à Cité Bleue (rés. 022/839.21.02)