Théâtre du Crève-Coeur, Cologny
Cologny : François-René Duchâble et Alain Carré

Quelques mots au sujet du pianiste François-René Duchâble, et de sa collaboration avec Alain Carré.

Article mis en ligne le février 2008
dernière modification le 3 février 2008

par Beata ZAKES

Toujours à la recherche d’un projet original, François-René Duchâble monte sur les planches du théâtre sans quitter le monde de la musique. Portait d’un pianiste enthousiaste, « un peu malgré lui ».

François-René Duchâble évoque son enfance et sa scolarité avec un regard critique, mais non dépourvu d’une touche d’humour. Elevé et instruit à la maison, par les soins de ses parents, il avoue aujourd’hui sentir l’obligation de « libérer les jeunes musiciens de l’influence de géniteurs parfois trop ambitieux »... Ce pianiste de réputation internationale n’a jamais oublié son intérêt pour deux matières : l’histoire et la géographie. « Essayer de comprendre le fonctionnement de l’humanité », l’a toujours fasciné. A présent, il met sa musique au service de la société. « Les artistes devraient s’engager dans un combat social pour essayer de combler de nombreuses fractures qui existent dans notre société . »

Un sauvage convivial
Le musicien français a pour certains de ses pairs des mots parfois durs : il ne veut pas se pavaner sur scène ni jouer les figurants lors des cocktails mondains. « J’ai envie d’être convivial, mais seulement avec ceux qui ne s’y attendent pas. » Il a déjà porté la musique en des endroits peu habituels, comme des prisons ou des banlieues difficiles. « Cela redonne un élan à ma vie ! » Il s’engage également dans des projets pédagogiques, comme une intégrale des Concertos pour piano de Beethoven, gravée sur DVD à l’Opéra Royal de Versailles, en novembre 2002, en compagnie du maestro John Nelson et des musiciens de l’Ensemble Orchestral de Paris. On y découvre une personnalité haute en couleur, un connaisseur des instruments d’époque et un véritable enthousiaste. Et penser qu’il a songé arrêter sa carrière de pianiste plusieurs fois, notamment en écoutant le mouvement lent du 3e concerto ! La raison ? «  Cette musique est tellement belle que je peux éprouver un plaisir extrême, rien qu’à l’écoute d’une autre interprétation. Un pur plaisir musical, sans tensions ni difficultés ! »

Alain Carré et François-René Duchâble
complices lors de l’un des spectacles qu’ils ont montés ensemble (Pierrot lunaire)

Un pianiste visuel
François-René Duchâble s’étonne du succès de ses CDs. Il en a produit passablement : Bach, Beethoven, Scarlatti, Liszt, Mozart, Brahms, Chopin, transcriptions et paraphrases d’Opéras, Saint-Saëns... Il trouve parfois le son trop dur à l’écoute. Au studio d’enregistrement, il préfère la scène ou encore la caméra : « l’image justifie ma technique, la qualité de mon son, cette énergie avec laquelle j’attaque les notes, l’engagement physique que ce travail demande. » Le pianiste privilégie le contact avec les musiciens, aime croiser les regards et n’hésite pas à prendre la place du chef, « mais seulement avec les chefs non expérimentés », ajoute-t-il en riant.

Tournées et projets
Toujours avec une pointe d’humour et d’autocritique, le pianiste avoue ne pas aimer voyager. « En parfait patriote, aussitôt que je quitte les frontières de la France, je me sens déraciné ». Ce pianiste international « malgré lui » prend l’avion et se déplace donc... à contrecoeur.
Savoyard d’origine, il ne se sent certainement pas trop dépaysé à Cologny, où plusieurs collaborations le lient avec Alain Carré, comédien, metteur en scène et co-directeur du Théâtre du Crève-Coeur.

Du 30 janvier au 17 février 2008, les deux noms se retrouveront à l’affiche des « Caprices de Marianne » d’Alfred de Musset. Plusieurs autres projets communs à ces deux artistes ont été ou seront présentés tout au long de la saison entre la Suisse et la France : « La nuit obscure », « Paroles et Musiques » de Jacques Prévert, « Le Roman de Venise », « Les Mémoires d’un Amnésique » d’Eric Satie. Et quand François-René Duchâble se lance dans les correspondances artistiques, le résultat ne peut être que... « engagé » !

Beata Zakes

Jusqu’au 17 février : « Les Caprices de Marianne » Alfred Musset. M.e.s. Alain Carré – Avec le pianiste François-René Duchâble. Salle communale de Cologny (1223)
Renseignements : (41) 022.786.86.00 (théâtre du Crève-Coeur). Les mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20h30. Dimanche à 17h15.
A découvrir : l’Intégrale des Concertos de Beethoven sur DVD chez « Ambroisie »