Opéra de Marseille
Marseille : “La Damnation de Faust“

A Marseille, une Damnation d’exigence ponctuait la saison.

Article mis en ligne le février 2008
dernière modification le 5 février 2008

par Pierre-René SERNA

La saison de l’Opéra de Marseille se ponctue aussi de concerts lyriques, présentés avec imagination. Ainsi de cette récente Damnation de Faust, qui comportait trois prises de rôle, tout simplement les trois rôles principaux de l’œuvre.

Renée Auphan, directrice artistique de l’institution lyrique marseillaise, sait ménager ses coups. Et c’en est un que d’offrir Marguerite à Anna Caterina Antonacci. L’inoubliable Cassandre des Troyens du Châtelet souhaitait faire entrer cet autre Berlioz à son répertoire. Marseille lui en permet l’occasion, et réserve la primeur d’une incarnation de haut vol.
Incarnation n’est pas un vain mot, car tout bascule dès les premiers mots de Marguerite : timbre, diction, ligne et art des nuances se conjuguent avec la sensualité, pour délivrer un chant frémissant.
Jusque-là, la soirée se traîne un peu il est vrai. Gilles Ragon, dont on attendait aussi beaucoup le Faust, force un peu ; la légèreté, de mise ici, n’existe plus guère chez cet ancien chanteur baroqueux. Il garde certaines techniques du passage en voix de tête, qui font merveille dans son duo avec Antonacci, mais sans toujours la maîtrise de naguère. Désormais la vaillance la remplace, sans faille dans son air final. Nicolas Cavallier, excellente basse dont on regrette qu’il soit si peu distribué, témoigne lui aussi de moins d’aisance qu’autrefois : dans ses airs, les graves lui échappent parfois. Mais il réserve cette noirceur vibrante de la projection, du meilleur effet dans les autres interventions de Méphisto. Éric Martin-Bonnet est lui un épisodique Brander sans reproche, vaillant et mordant.

Autre grand vainqueur de la soirée, avec le dernier cité et Antonacci : Roland Müller. Son nom n’est pourtant pas mentionné dans le programme. Il s’agit du premier violon de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille. Il n’est que de le voir excité sur son archet, mouvant sans arrêt sur son siège, de l’écouter distinctement – l’excellente acoustique de l’Opéra de Marseille le permet – pour constater que c’est lui qui porte l’orchestre. Car à Philippe Auguin, chef à la battue routinière, ne reviennent guère des traits saillants. Comme au chœur maison, irrémédiablement entaché des voix approximatives du pupitre des ténors.

Pierre-René Serna