Opernhaus, Zurich
Zurich : “Il Trovatore“

La nouvelle production du Trouvère à Zurich vaut le détour, malgré quelques réserves.

Article mis en ligne le février 2008
dernière modification le 5 février 2008

par Eric POUSAZ

Selon la formule consacrée, attribuée à Arturo Toscanini, il suffit de réunir les quatre meilleurs
chanteurs du moment pour réussir une bonne représentation du Trouvère de Verdi. Zurich n’y est parvenu qu’imparfaitement, mais sa nouvelle production vaut tout de même le détour.

Les grandes voix verdiennes ne sont plus légion aujourd’hui. Aussi se rabat-on volontiers sur des pointures plus légères sous le prétexte qu’il faut retrouver un style de chant verdien non contaminé par les excès du vérisme vers la fin du 19e siècle. De fait, un tel réajustement profite d’abord à l’écriture serrée et virtuose du compositeur qui n’est plus, comme c’était le cas dans les années 70 et 80 du siècle passé, prétexte à ces débordements dont un Franco Corelli ou un Mario del Monaco étaient friands. Du même coup, le reproche de vulgarité, que l’on entend souvent à propos de cet ouvrage, devient totalement caduc…

Distribution
Marcelo Alvarez est un de ces chanteurs de la nouvelle génération qui aborde le rôle de Manrico avec une voix plus légère et fluide qu’un Pavarotti ou un Domingo. La fraîcheur du timbre séduit d’emblée, ainsi que la parfaite sûreté d’intonation. L’aigu est également agile et souple, même si le chanteur ne résiste pas à l’envie de gonfler parfois artificiellement l’émission pour en augmenter l’impact sur l’auditeur, au risque par exemple d’introduire une rupture dans le profil mélodique de sa célèbre cavatine au 3e acte. En Leonora, Cristina Gallardo-Domas fait preuve d’une belle vaillance en dépit d’un timbre plus lyrique qu’héroïque. Lorsqu’elle se souvient de ses limites et travaille sur la demi-teinte ou la nuance piano, elle convainc sans peine, comme dans son magnifique air précédant le Miserere ; mais, dans son air d’entrée, lorsqu’elle se croit obligée de rivaliser en force avec ses illustres devancières, elle risque le naufrage et se réfugie dans le cri non maîtrisé.

Il Trovatore
Avec Luciana d’Intino en Azucena. Copyright Suzanne Schwiertz

Ce risque n’existe pas avec les deux voix graves engagées pour l’occasion : Luciana d’Intino est tout simplement formidable de puissance et de présence scénique en Azucena et fait étalage d’un matériau vocal qui ne connaît aucune limite ni réserve. Leo Nucci, un vétéran maintenant, impressionne toujours par la fraîcheur d’un timbre inaltérable où l’on chercherait en vain « des ans l’irréparable outrage » ! Par contre, fait rare à Zurich, les rôles secondaires sont pâlots et le chœur ne semble pas particulièrement concerné par ce qui se passe sur le plateau.

Ridicule
Il faut dire que la mise en scène de Giancarlo del Monaco escalade des sommets de ridicule. Sous prétexte de modernisation, on assiste à un défilé d’images incongrues, depuis ces gitans qui vivent dans les entrailles d’une ville tentaculaire jusqu’à ces nonnes logées dans un hangar ressemblant à une prison ou un Conte de Luna s’entourant de guerriers japonais pour mener à bien ses projets mafieux.
La direction d’Adam Fischer est tout aussi catastrophique : au lieu de donner nerf et éclat à une des partitions les plus coruscantes du compositeur, elle analyse le détail avec entêtement et se perd dans les dédales d’une lente déconstruction qui finit par rendre langoureux et inefficaces les passages les plus flamboyants, tel ce triste final du 2e acte où les mélodies se suivent sans se télescoper comme il se doit.

Eric Pousaz

(Opernhaus, 2 décembre)