Maison des arts du Grütli : 6e édition du FIFDH
Genève : Festival et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH)

Du 7 au 16 mars, la Maison des Arts du Grütli ouvre ses portes au Festival et Forum International sur les Droits Humains.

Article mis en ligne le mars 2008
dernière modification le 21 mars 2008

par Sylvia MEDINA-LAUPER

Après Anna Politkovskaia, journaliste sacrifiée sur l’autel des Droits humains, cette sixième édition du Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH) sera dédiée à Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991 et figure emblématique de l’opposition à la junte birmane. Du 7 au 16 mars, la Maison des Arts du Grütli nous ouvre ses portes et propose pas moins de trente-huit films autour desquels cinéastes, spécialistes et acteurs de la société civile débattront. Avec des projections inédites, des débats et des actions de solidarité, le FIFDH est un espace d’engagement ouvert à tous au cœur de Genève, capitale internationale des droits humains.

A l’origine de ce Festival, il y a la rencontre de deux passionnés à la fois de cinéma et de droits humains ; Léo Kaneman qui dirigeait déjà le Festival Médias Nord-Sud et Yaël Reinharz-Hazan dont les études sont principalement consacrées à la santé et aux Droits de l’Homme. Tous deux co-dirigent depuis 2003 ce rendez-vous incontournable du cinéma engagé. Rencontre avec Léo Kaneman.

Quelle est la vocation d’un tel festival ?
Léo Kaneman : Avec Yaël, on s’est très vite interrogé sur l’acuité d’un festival de cinéma qui porterait tant sur la qualité filmique des documentaires que sur la question de la dignité humaine, le tout dans la ville-même qui abrite le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Contrairement aux autres festivals, le FIFDH qui est à la fois un forum et un festival, se devait de compléter les projections par des débats, c’est pourquoi le concept est basé sur la trilogie suivante ; un film, un sujet, un débat. L’autre impératif était de se positionner comme tribune libre dénonçant sans complaisance les violations des Droits de l’Homme face à un Conseil de l’ONU qui a parfois tendance à minimiser les exactions de certains pays, diplomatie oblige !

Justement, comment se définit le choix des films et des sujets ?
Comme il s’agit d’une démarche à la fois culturelle et politique, les sujets sont débattus en fonction de l’actualité, et les débats prioritaires sont dégagés par le Comité de Direction du Festival. Ce Comité est composé, outre les responsables du FIFDH, par les différentes ONG, telles que Human Rights Watch, Amnesty International, l’Organisation Mondiale Contre la Torture, la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme et enfin par l’Université de Genève. Pour couronner cette palette humanitaire et donner vie à ces événements - que ce soit pour composer le jury ou pour animer les débats - le Comité fait appel à des invités de tous horizons ; dessinateurs, peintres, comédiens, politiciens, journalistes, écrivains, cinéastes… Cette année, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, le programme se veut le plus exhaustif possible et recense une dizaine de thèmes.

"Face 2 Face" , du duo Marco & JR

Programme 2008, thèmes abordés


Durant la soirée d’ouverture, vendredi 7 mars, un montage d’archives sera projeté dans le cadre du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en présence de Louise Arbour, Haut Commissaire aux Droits de l’Homme, Philippe Val, rédacteur en chef de Charly Hebdo et parrain de la manifestation, Patrice Mugny ou Stéphane Hessel, ancien ambassadeur auprès des Nations-Unies. En deuxième partie de soirée, un débat autour de La montée des populismes en Europe est organisé en collaboration avec Charlie Hebdo. Il posera notamment la question des populismes dans des pays à la santé économique pourtant au beau fixe. Sans oublier que le dessinateur de presse Georges Wolinski, sera présent pour croquer le débat avec son stylo.

Samedi 8 mars, en l’honneur de la Journée Internationale de la Femme, le sujet tournera autour du rôle des femmes dans la lutte contre l’impunité. Toute l’après-midi, un atelier de réflexion sera animé en collaboration avec le DFAE. Le soir, projection de La Flaca Alejandra, de Carmen Castillo où une ancienne détenue avoue qu’elle a trahit plusieurs de ses camarades de l’organisation MIR… après avoir été torturée durant des semaines. Pour débattre du sujet « Femmes et Réconciliation », le FIFDH recevra trois intervenantes : Yasmin Sooka, membre de la Commission Vérité et Justice, Afrique du Sud, Helen Mack, prix Nobel alternatif de la paix, du Guatemala, et Mandira Sharma, avocate et défenseur des droits humains, Népal.

Dimanche 9 mars, le débat continue avec les problèmes liés aux crimes contre l’humanité : quelle justice ?, en collaboration avec le Human Rights Watch. Faut-il amnistier ou condamner ? Certains intervenants se montreront circonspects face à la justice internationale et, comme Betty Bigombe, revendiquent une justice locale et traditionnelle.

Lundi 10 mars, Chine, un podium pour les droits humains, en collaboration avec Amnesty International.

Mardi 11 mars, les débats et projections se tourneront vers la question des réfugiés d’un nouveau genre avec les changements climatiques et les vulnérabilités humaines, introduit par le Global Humanitarian Forum. Un autre sujet, l’Europe sans les Droits de l’Homme co-présenté par l’OMCT, verra des intervenants, dont Dick Marty en tête, mettre le doigt sur la question délicate des personnes suspectées de terrorisme et, à ce titre enlevées par les USA et emmenées sur leur sol.

Mercredi 12 mars, une performance artistique qui en déridera plus d’un avec le duo Marco&JR, ces deux photographes travaillent sur le concept de « connaissance et reconnaissance » dans Face 2 Face. Des clichés de huit mètres de haut pris à Jérusalem déformant l’Autre, celui qu’on ne connaît pas vraiment et donc, que l’on ne peut reconnaître. A voir affiché un peu partout sur la façade du musée Rath, sur le mur de la Treille et le bâtiment du Grütli. En parallèle, Darfour : que faire ? en collaboration avec Libération qui propose également une rencontre avec le procureur de la Cour Pénale Internationale, Luis Moreno-Campo.

Jeudi 13 mars, la Russie est à l’honneur avec le musellement de la presse dans Le système Poutine.

Vendredi 14 mars, c’est au tour de la Birmanie de passer au crible fin des observateurs, soirée qui donnera lieu à deux débats sur la justice de ce pays et l’élan de solidarité qu’elle provoque.

Samedi 15 mars, il y aura une conférence sur la transition démocratique en Mauritanie : un coup d’Etat nécessaire ? suivie d’une sélection de films en compétition pour le prix Documentaires de création. Soirée de clôture avec la projection de Calle Santa Fe en présence de la cinéaste Carmen Castillo.

Sylvia Medina-Lauper

Plus d’informations sur le site www.fifdh.ch