Theater Basel
Bâle : “Faust“ à la foire

La production bâloise du Faust de Gounod déçoit : manque de cohésion, coupures…

Article mis en ligne le avril 2008
dernière modification le 30 avril 2008

par Eric POUSAZ

Parodie ou relecture moderne ? La nouvelle production bâloise du Faust de Gounod laisse une impression agaçante d’amateurisme scénique. Le spectacle a des allures de revue à l’américaine et ne parvient pas à opter pour une ligne interprétative claire.

Les motifs d’irritation commencent avec les curieux choix musicaux opérés pour la circonstance : les coupures sont nombreuses (pas de scène de cabaret au 2e acte, pas de Chanson du Roi de Thulé, …) et les tripatouillages musicaux sont parfaitement gratuits : après le retour des soldats, Méphisto chante par exemple sa chanson du Veau d’Or devant quelques hétaïres avinées avant que l’orchestre n’attaque quelques mesures extraites de la Nuit de Walpurgis pour introduire sa Sérénade à Marguerite conduisant à la mort de Valentin. Et ainsi de suite. Seuls les premiers et derniers actes échappent peu ou prou à cette rage de la déconstruction…

Festival de décalages
Sur scène, pas d’action à proprement parler. Au début, Faust à moitié nu est un paraplégique cloué sur son fauteuil. Méphisto, son double manifeste, entre également habillé d’une seule paire de boxers et lui propose son pacte diabolique. Par la suite, tout se joue sur un plateau tournant inlassablement mis en rotation pour faire apparaître et disparaître une cohorte de figurants et de choristes contraints, la plupart du temps, à une immobilité de poupée ‘à la Hummel’. Dans les grandes scènes chorales, la moitié des choristes ne voit pas le chef et se livre à une courte poursuite harassante pour rester en mesure au détriment de l’effet recherché par le compositeur. Du coup, la valse se déglingue et le chœur des soldats – des éclopés comme cela se voit depuis maintenant plus de trente ans sur les scènes lyriques – manque tout simplement de cohésion et s’offre un festival de décalages impardonnables avec des voix de surcroît fatiguées. Il est bien loin le temps où le chœur de l’institution bâloise pouvait se prévaloir d’être parmi les meilleurs de Suisse, voire d’Europe…

« Faust »
© Tanja Dorendorf

La musique est, au demeurant, assez bien servie par un plateau de jeunes chanteurs vocalement à leur aise. On peut regretter la verdeur du timbre de Rolf Romei en Faust, mais toutes les notes sont abordées avec une franchise d’émission qui se fait rare dans les théâtres de cette importance. On peut également reprocher à Maya Boog un timbre trop fluet et acide pour croquer le portrait de Marguerite, mais elle parcourt le rôle avec une sûreté et une aisance de ton tout à fait remarquable. Stefan Kocan en Méphisto est de fait le seul chanteur qui parvienne à rendre justice avec efficacité et élégance à toutes les facette de sa musique ; de plus, il donne à ses collègues une superbe leçon de chant français stylé qui ferait pâlir plus d’un interprète actuellement célèbre dans cet emploi sur les grandes scènes internationales. Marian Pop en Valentin ‘punk’ est dépassé par les exigences de ce rôle pourtant modeste et paraît mal à l’aise dans ce style musical qui ne lui permet pas de donner de la voix comme il sait le faire avec éloquence dans le répertoire italien. Aurea Marston est un Siebel vif-argent au chant incolore, Rita Ahonen une Marthe sans style affublée d’un vibrato gênant.
A la tête d’un orchestre plutôt lymphatique, Enrico Delamboye hésite entre précipitation (l’Air des Bijoux) et sensualité assoupie (un duo du jardin interminable) sans jamais trouver le ton juste. Bref, une soirée à marquer d’une pierre … noire.

Eric Pousaz