Portrait : Max Emanuel Cencic

L’Opéra de Lausanne proposait, avec Giulio Cesare, une production de l’Opéra d’Oviedo, dans laquelle Max Emmanuel Cencic sera Sesto.

Article mis en ligne le avril 2008
dernière modification le 30 avril 2008

par Isabelle VON HILDEBRAND

C’est à un Giulio Cesare version espagnole que l’opéra de Lausanne conviera les amateurs d’opéras de Haendel. C’est en effet une production de l’Opéra d’Oviedo que l’on pourra applaudir à la Salle Métropole les 18, 20, 23 et 25 avril. Ce Giulio Cesare permettra de découvrir la conception d’Emilio Sagi que l’on sait généralement bien inspiré. Sous la baguette du spécialiste de musique ancienne qu’est Ottavio Dantone, c’est l’Orchestre de Chambre de Lausanne qui officiera pour la circonstance avec, en tête de distribution, Andreas Scholl (Giulio Cesare), Elena de la Merced (Cléopatra), Stéphanie d’Oustrac (Cornelia) et Max Emmanuel Cencic (Sesto). Bonne occasion pour présenter ce contre-ténor de plus en plus apprécié dans ce répertoire depuis quelques années.

Enfant prodige, Max Emanuel Cencic chante l’air de la Reine de la Nuit à l’âge de 6 ans, lors de sa première apparition publique. Après avoir mué, il conserve son agilité vocale en voix de tête et entame en 1992 une carrière de soliste comme soprano. Il participe alors à de nombreuses productions lyriques dont notamment Orfeo de Gluck et Xerxes de Haendel. Après 6 ans d’absence, Cencic revient sur la scène en 2001, cette fois-ci comme contre-ténor, et chante entre autres Scarlatti, Vivaldi, Haendel et Strauss.

Max Emanuel Cencic

Nouvelle tessiture
Avec son disque Arias & Ouvertures de Rossini (paru chez Virgin en septembre 2007), Cencic change à nouveau de registre et explore celui de mezzo-soprano colorature. Il a souhaité démontrer que la voix de contre-ténor se prête bien aux personnages de Rossini. Son projet consiste à retrouver l’ancienne tradition vocale rossinienne, quand les rôles masculins étaient chantés par les castrats, en particulier par Velluti, avant que les « mezzos féminins » ne s’emparent de ce répertoire – lorsque Napoléon pénètre en Italie, il ferme, au nom de la morale, les conservatoires où étaient formés les castrats.
Cencic a soigneusement sélectionné les morceaux en fonction de sa nouvelle tessiture. Les œuvres qu’il a choisies – Aureliano in Palmira (Arsace), La Donna del Lago (Malcolm), Semiramide (Tancredi et Arsace) – appartiennent à la première période de Rossini (1813-1817).

Comment expliquer cette constante évolution vocale ?
« Je suis mezzo-soprano. Ma voix a gagné des graves, parce que je l’ai voulu, afin de pouvoir changer de répertoire. Je chante depuis plus de vingt ans, dont une dizaine d’années en soprano. Un chanteur doit suivre l’évolution de ses capacités et je me sens plus à l’aise dans les tessitures de mezzo maintenant », explique-t-il à un journaliste (Mehdi Mahdavi, 26/12/2006, www.altamusica.com).

« Giulio Cesare in Egitto »
Production de l’opéra d’Oviedo.

Si Cencic se dit heureux de poursuivre cette aventure rossinienne par une série de concerts, il admet que sa voix de contre-ténor « bouscule les oreilles ». Il a pleinement conscience que ses enregistrements s’adressent à un groupe restreint qui aime les contre-ténors, qui s’intéresse à cette musique et à sa voix atypique. Une fois dépassée la controverse que provoque le contre-ténor en interprétant des arias de Rossini, on en vient à apprécier la douceur et l’agilité de son timbre. On regrette toutefois les lourdeurs de l’orchestre qui joue sa partition sans grande subtilité. Issu de la rencontre de Cencic avec Michael Hofstetter, cet enregistrement fait office de cadeau d’adieu à l’Orchestre de Chambre de Genève (OCG). En effet, Michael Hofstetter a dirigé l’OCG de 2001 à 2006, avant de prendre la direction de l’Orchestre de Chambre de Stuttgart.

Cencic a récemment incarné le prince Orlofsky dans La Chauve-Souris de Johann Strauss à l’Opéra de Lausanne. Il y interprétera également Giulio Cesare in Egitto de Haendel les 18, 20, 23, 25 avril 2008.

Isabelle von Hildebrand

18 à 20h00, 20 à 17h00, 23 à 19h00, 25 avril à 20h00 : GIULIO CESARE IN EGITTO de Haendel.
ORCHESTRE DE CHAMBRE DE LAUSANNE, dir. Ottavio Dantone, m.e.s. Emilio Sagi.
Avec Andreas Scholl, Elena de la Merced, Stéphanie d’Oustrac et Max Emanuel Cencic.
Salle Métropole
(loc. et rés. 021/310.16.00
)