Portrait : Christopher Ventris

Portrait du ténor britannique, avant sa prestation à Genève dans le rôle de Lohengrin.

Article mis en ligne le mai 2008
dernière modification le 11 juin 2008

par François LESUEUR

Christopher Ventris tiendra le rôle-titre de Lohengrin au Grand Théâtre de Genève, du 2 au 20 mai 2008, quelques saisons après s’être fait remarquer dans Lady Macbeth de Mzensk où il interprétait un sulfureux Sergei auprès de Nina Stemme. Un portrait du ténor britannique s’imposait.

Appelé aujourd’hui par toutes les scènes internationales, Christopher Ventris fait partie des rares ténors susceptibles d’assumer les grands rôles wagnériens au même titre que Ben Heppner, Peter Seiffert, Clifton Forbis, Torsten Kerl ou Robert Dean Smith.

Les débuts
C’est d’ailleurs en Lohengrin qu’il revient à Genève, après avoir campé il y a plusieurs années un homme d’arme dans Die Zauberflöte de Mozart, avant de triompher dans la terrible Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch où il incarnait Sergei, un rôle auquel il a pu se mesurer à Londres, Bruxelles et Barcelone avec Nadine Secunde en 2002 (EMI), où dans la mise en scène de Martin Kusej à Amsterdam en 2006 avec Eva-Maria Westbroek, dirigé par Mariss Jansons (Opus Arte).

Sa première expérience sur les planches a lieu à douze ans lorsqu’il interprète le rôle féminin du Sorcier de Gilbert et Sullivan, spectacle de fin d’année qui le marque profondément. Il réalise alors que le travail scénique et musical est bien plus amusant que les tâches scolaires. Membre d’un chœur amateur, il est distribué dans diverses opérettes, avant de rencontrer Joy Mammen, professeur de chant australien, qui avait côtoyé Joan Sutherland et Luciano Pavarotti. Après deux ans d’études intensives, elle prépare avec lui une audition pour la Royal Academy of Music, qu’il remporte. Contraint de faire différents petits boulots pour financer ses études, le jeune apprenti ténor s’accroche au point d’être rapidement repéré par la direction de l’Opéra de Glyndebourne, qui l’autorise à venir travailler le rôle-titre du Rake’s progress de Stravinski (Tom Rakewell), un festival où il reviendra quatre étés consécutifs. C’est sur ce plateau, mais dans une production de Katia Kabanova en 1988, qu’il rencontrera le metteur en scène Nikolas Lehnoff, qui le dirigera fréquemment quelques années plus tard.
Ses vrais débuts lyriques ont lieu en 1992 à Leipzig où il est simple Pilote dans le Vaisseau fantôme de Wagner ; Narraboth (Salomé) et Kudriach (Katia Kabanova), lui succèdent et lui ouvrent les portes du prestigieux Covent Garden de Londres en 1994. Si dans ces premières années il lui arrive d’aborder des rôles italiens tels que I Pagliacci ou Il Tabarro, Christopher Ventris ne se mesure ni à Alfredo, ni à Rigoletto, dont il n’a pas la tessiture, trouvant Mozart peu confortable pour son type de voix, même s’il regrette de ne pas avoir chanté Tamino.

Christopher Ventris en Parsifal.
Crédit : R. Walz / Opéra national de Paris

Notoriété
En 1998 la Scala de Milan lui propose Max du Freischütz de Weber au pied levé, partition qu’il vient d’interpréter deux semaines plus tôt, dont il apprend la mise en scène en une après-midi. Ventris relève le défi, ce qui lui assure une certaine notoriété. Aussitôt les contrats se succèdent, les rôles et les productions s’enchaînent, les propositions se font de plus en plus importantes. Premier Parsifal à San Francisco en 2000, à Vienne trois ans plus tard, mais aussi à Barcelone, Munich, Seattle et Londres, ouvrage également donné et capté par Opus Arte en 2005 à Baden-Baden avec Waltraud Meier et Kent Nagano à la baguette ; Siegmund à Cologne, Vienne, Venise, puis Lohengrin abordé à Bologne et Dallas, complètent ce beau palmarès. Très demandé dans le répertoire wagnérien qu’il affectionne, Christopher Ventris met également à son répertoire Peter Grimmes (à Barcelone et à Zürich en 2005 aux côtés d’Emily Magee sous la direction de Franz Welser-Möst/ EMI), Florestan (Leonore et Fidelio) à Lausanne et Washington, participant à la première américaine de Vénus et Adonis de Henze, à Santa Fe, tout en chantant La passion grecque de Martinu, Steva de Jenufa au Met, Lenski (Eugène Onéguine) à Anvers, ou La fiancée vendue de Smetana, à Londres.
Grand ténor lyrique au timbre clair, incisif et vaillant, Christopher Ventris s’est rendu célèbre grâce à ses interprétations glaçantes de vérité et de bestialité, du rôle de Sergei de Lady Macbeth de Mzensk, qu’il a eu l’occasion de donner à Londres, Bruxelles, San Francisco et Genève dans la production de Nicolas Brieger placée sous la direction d’Armin Jordan en 2001.

Après avoir offert une nouvelle composition de Parsifal à Paris (Bastille) avec l’immense Waltraud Meier en Kundry dans la mise en scène du polonais Krzysztof Warlikowski en mars dernier, juste après une reprise de Cardillac où Ventris était un officier, le ténor retrouvera Lohengrin au Grand Théâtre de Genève en mai prochain, avec en solistes Soile Isokoski et Petra Lang, au pupitre Klaus Weise et à la régie Daniel Slater. Seuls Tristan et Siegfried, partition selon ses propres dires, la plus éprouvante qui soit, lui restent à accomplir pour le moment. Pour combien de temps encore ? Nous le saurons bien vite.

François Lesueur