Notule DVD - SM 204 : “Don Pasquale“ de Donizetti

Heureuse surprise que ce DVD offrant la nouvelle production de Don Pasquale.

Article mis en ligne le mai 2008
dernière modification le 12 juin 2008

par Eric POUSAZ

Moins d’un an après sa création sur la scène du Grand Théâtre, la nouvelle production de Don Pasquale imaginée par Daniel Slater (auteur du futur Lohengrin genevois en mai prochain) a déjà connu les honneurs d’une publication en DVD. Et la surprise est heureuse !...

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Il y a en effet des mises en scène qui font meilleur effet à la télévision qu’en salle. Ce Don Pasquale en fait sans aucun doute partie. Au théâtre, la surcharge décorative pouvait gêner, car elle distrayait l’œil et empêchait en quelque sorte une perception différenciée de la musique : les décors superbes de Francis O’Connor, avec leurs continuelles modifications sous les éclairages raffinés de Bruno Poet, semblaient donner un poids dramatique excessif aux péripéties de ce qui reste avant tout un chef d’œuvre assez linéaire, au plan scénique du moins, de l’opéra comique italien.
A l’écran, il semble que la juxtaposition dynamique des diverses prises de vue transforme ce spectacle en scénario presque cinématographique. Ainsi, par exemple, les incessants mouvements des sommeliers dans la première scène, ainsi que les continuels déplacements des clients et des protagonistes entre les tables du café paraissent découler d’une logique visuelle empreinte de vivacité et de légèreté entrant en parfaite communion avec le babil virtuose de la musique. En fixant l’attention tantôt sur un figurant, tantôt sur un détail du décor en alternance avec les personnages principaux, le directeur de cette captation vidéo, Don Kent, ajoute encore à l’impression de folie ambiante qui sert de cadre somptueux à une musique parfaitement servie.
De même, lors de la transformation de l’appartement du vieux barbon en galerie d’art moderne gérée par une jeune femme aux goûts plutôt douteux, les praticables colorés imaginés par le créateur des décors semblent faire écho à la fausse révolte de Norina dont les crises d’hystérie sonnent finalement aussi faux que le modernisme tape-à-l’œil des éléments ornementaux qu’elle a achetés. Il ne fait ainsi aucun doute que, visuellement, le spectateur tient là une des versions de Don Pasquale les plus revitalisantes qui se puissent imaginer. Et la musique n’est pas en reste. Evelino Pido dirige l’orchestre de la Suisse Romande à la cravache : les instruments bavardent avec faconde, s’échauffent sans façons ou se muent en interprètes délicats et inspirés (l’accompagnement suave du duo d’Ernesto et Norina !) avec une pétulance jouissive de chaque instant. La direction, sans être alanguie, prend néanmoins le temps de faire un sort aux magnifiques solos instrumentaux que le compositeur réserve aux musiciens lorsqu’il s’amuse à en faire les interlocuteurs privilégiés des chanteurs. Et le chœur, dans ses trop courtes interventions, se joint aux collègues de la fosse avec une inventivité précieuse dans la mise en place des nuances et la précision du débit vocal sans négliger pour autant l’aspect du jeu scénique. Un vrai régal !

La distribution, sans être parfaite, rend parfaitement justice aux exigences de la partition. Norman Shakle dispose d’un ténor un peu trop court pour faire un sort aux élans lyriques de sa cavatine et du duo qui s’ensuit, mais il ne démérite pas car son interprétation ne comporte aucune faute de style (et les ingénieurs du son sont parvenus à redonner un peu de rondeur à un timbre qui paraissait nettement plus sec en salle !) Simone Alaimo en Don Pasquale paraît au sommet de son art, même si le timbre a perdu la fraîcheur d’antan ; mais la maîtrise du style bouffe est si parfaite, le métier si accompli que l’on ne saurait imaginer un chanteur plus impliqué ; une fois de plus dans un tel répertoire, un artiste de ce calibre nous rappelle que la seule perfection vocale n’est pas un atout suffisant pour donner vie à ce personnage typique de vieux barbon roulé par sa jeune épouse. Marzio Giossi ne commet aucune faute de goût en Malatesta, mais il ‘surjoue’ et ‘surchante’ à l’envi au détriment de la légèreté de la ligne de chant, qui en devient parfois chaotique ; son duo avec Alaimo en fin d’opéra, par exemple, le montre nettement moins à l’aise dans le chant rapide que son collègue. La voix très légère de Patricia Ciofi décevra les amateurs de chant suave et rond ; aidée par un metteur en scène qui semble n’avoir d’yeux et d’intérêt que pour elle, elle conçoit le personnage comme une parfaite chipie et se défoule dès qu’elle est amenée à jouer les vamps. La voix se joue de toutes les difficultés avec une aisance sidérante, se meut dans les hauteurs stratosphériques sans perdre de son étoffe ou de sa couleur (point d’acidité, donc) même si elle semble nettement moins à l’aise dans l’octave inférieure. Devant un tel abattage, le spectateur ne peut qu’applaudir des deux mains à cette interprétation, magnifiquement filmée de surcroît. Autrement dit, un choix qui s’impose même à ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’assister en direct au spectacle en mai dernier.

Eric Pousaz

1 DVD Belair BACO33, avec surtitres en français, allemand, anglais et espagnol