La Chapelle vocale de Lausanne
Entretien : Gonzalo Martinez
Article mis en ligne le mai 2008
dernière modification le 14 juin 2008

par Pierre JAQUET

Des musiciens vaudois emmenés par un chef argentin – Gonzalo Martinez – proposent de parcourir des sentiers baroques.

Fondée en 1982, la Chapelle Vocale de Lausanne est un ensemble spécialisé dans le répertoire des XVIIe et XVIIIe siècles. Depuis une quinzaine d’années, il donne des concerts dans divers lieux sacrés du canton de Vaud et d’ailleurs. Quand ces choristes se produisent avec un orchestre, ce sont des instruments anciens qui les accompagnent.
Ces 20 à 30 chanteurs, que l’on peut qualifier d’amateurs très éclairés, produisent une musique élaborée, bien en accord avec leur chef. Des concerts, l’auditeur ressort avec l’impression assez évidente que l’influence spiritualisante de Michel Corboz ne doit pas être loin ; cet ascendant est matiné par des couleurs chaudes héritées de l’Italie, et plus particulièrement de Monteverdi. Tous ces éléments confirmés par le directeur artistique, Gonzalo Martinez, dans un entretien dont nous publions ici des extraits :

La Chapelle Vocale de Lausanne

Parlez-nous de Michel Corboz.
J’ai doublement appris de lui. J’ai étudié avec Michel et j’ai chanté sous sa direction dans l’Ensemble Vocal. Mes études sont allées de pair avec la pratique du chant. Il m’a fait découvrir tout un répertoire. J’ai été immédiatement attiré par sa façon de faire, très spiritualisée, Bach en étant bien évidemment un exemple emblématique ! Sur un plan plus technique, Michel Corboz insiste avec raison et de manière magnifique sur le respect de la diction, sur l’importance du phrasé. C’est très différent de la conception « à l’italienne », tout en couleurs vives, que m’a enseignée Gabriel Garrido.

En écoutant vos enregistrements de concerts, j’ai eu l’impression que vous étiez très marqué par Monteverdi.
J’adore sa musique, elle me trouble, me touche. C’est mon univers, une musique du sud. Il y a là toute une question d’affect. Gabriel Garrido m’a magnifiquement conseillé dans ce domaine...

Vous allez diriger en juin un programme de musique française. Quelles sont vos affinités avec cette esthétique ?
J’y suis venu plus tard, par le biais de la production italienne. Vous savez, Charpentier a écrit une musique très italianisante. Il a étudié dans ce pays, tout comme Campra qui était né dans le sud de la France. Leurs compositions me touchent de plus en plus, elles appartiennent à ce que j’aime appeler un siècle d’or. Ces deux créateurs ont une façon dansante et légère de se placer dans le contexte musical.

Et l’Argentine dans tout ça ?
J’en suis parti tout jeune. En Argentine, on sent le même sens de légèreté et de forme dansante que dans la musique ancienne. Je perçois aussi chez les Argentins de subtils héritages : le folklore, la musique de salon, qui leur vient sans nul doute de la musique baroque. C’est peut-être de là que me vient mon affinité pour ce type d’esthétique.

Qu’attendez-vous d’un choeur ?
Essentiellement une couleur vocale, une fusion des timbres, et bien évidemment beaucoup de justesse. Mais j’ai envie de dire, surtout, de la souplesse : il faut respecter les auteurs et leur musique. Ce sont eux que l’on doit reconnaître et non pas les interprètes.

Qu’avez-vous trouvé chez les interprètes de la Chapelle Vocale et que pensez-vous leur avoir apporté ?
J’ai trouvé... que je correspondais à ce qu’ils cherchaient ! J’ai été choisi par concours. Nous étions plusieurs à nous y intéresser ! Je me suis modestement efforcé de continuer dans la ligne tracée avant moi. Ce que je leur ai apporté ? Peut-être une ouverture sur le monde latin, sur l’Espagne.

Imaginez-vous proposer de la musique contemporaine, Arvo Pärt par exemple ?
Si vous pensez à des effets acoustiques, des bruits, non ! J’ai besoin, et les chanteurs aussi, d’un monde spirituel. Maintenant puisque vous parlez de Pärt, pourquoi pas ! Nous en avons discuté plusieurs fois, ainsi que de Frank Martin. Mais pour en revenir à Pärt, je trouve que son esthétique n’est pas vraiment moderne, elle est axée vers le Moyen-Age ! Faut-il faire un pas dans cette direction très particulière ? Vous savez la musique ancienne est un peu la marque de fabrique de la Chapelle Vocale...

En venant d’Argentine, quelle image a-t-on de la Suisse ?
L’image d’une riche culture musicale, très intense. Les gens chantent jusqu’à un âge très avancé. C’est impressionnant ! Il y a ici un excellent niveau amateur et l’on ne fait heureusement pas trop de chichi entre ceux qui sont des professionnels et ceux qui ne le sont pas.
En Argentine, la vie est dure, il faut se débrouiller, lutter ; cela développe la débrouillardise et la créativité. Mais pour faire de plus grandes choses, c’est très difficile. Si je veux diriger le Messie, je dois le faire au Théâtre Colon, l’opéra national de Buenos Aires, avec un orchestre philharmonique. Réaliser un tel projet, je peux le faire ici avec des chanteurs amateurs et des instrumentistes de circonstance. C’est merveilleux !

Propos recueillis par Pierre Jaquet

La Chapelle Vocale de Lausanne. Direction Gonzalo Martinez
Les concerts auront lieu

- au temple de Coppet le samedi 14 juin 2008 à 20h30

- à l’église romane de St-Sulpice (VD) le dimanche 15 juin 2008 à 17h
André Campra : Requiem. Marc Antoine Charpentier : Antiennes de la Vierge
Site internet : http://www.lachapellevocale.ch