Film de juillet 2008 : “Danse avec lui“

Se reconstruire en compagnie des chevaux...

Article mis en ligne le juillet 2008
dernière modification le 23 mai 2012

par Firouz Elisabeth PILLET

Danse avec lui


De Nathalie Guignabodet, avec Mathilde Seigner, Sami Frey, Jean-François Pignon. France, 2007.

Sorti il y a bientôt six mois en France, Danse avec lui n’apparaît que maintenant sur les écrans romands. Mélange de L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux de et avec Robert Redford (1998) et Une hirondelle a fait le printemps (2001), de Christian Carion, dans lequel Mathilde, la plus agaçante des sœurs Seigner, sévissait déjà, Danse avec lui semble une pâle imitation de ces deux films et peine à convaincre par une histoire qui se veut originale mais reste fort banale.Trois ans après la mort de son mari infidèle, et après un gravissime accident d’équitation qui l’a laissée six mois dans le coma, Alexandra réapprend à vivre et à aimer grâce à la rencontre troublante d’un vieux maître écuyer, misogyne et aigri, que seul l’amour des chevaux maintient en vie. Avec persévérance et en forçant son interlocuteur, Alexandra apprendra le langage non verbal des chevaux, dans le respect réciproque, ce qu’elle a toujours ignoré pendant plus de quinze ans de pratique équestre.

« Danse avec lui »

On s’en doutait : la réalisatrice, Valérie Guignabodet, a deux passions dans la vie : les chevaux et le cinéma. Tout naturellement, elle a choisi de rendre hommage à la première par le biais de la deuxième. C’est dans ces séquences précisément que le film convainc et séduit, quand, en filigranes, on surprend le langage de la cavalière à travers celui des personnages. On prend alors plaisir à voir évoluer les chevaux : « cassés » par la maltraitance de certains, ils réapprennent la confiance et l’amour avec d’autres humains, aussi en souffrance ; on suit les pirouettes, les sauts, les pas de dressage, le « tango » du cheval avec une curiosité ébahie.

Dans le domaine du cinéma français, rares sont les bonnes surprises ces derniers mois : on retiendra Deux jours à tuer, de Jean Becker avec Albert Dupontel (voir Scènes Magazine d’été) et Il y a longtemps que je t’aime, de Philippe Claudel, avec Kristin Scott Thomas (voir Scènes Magazine d’avril). De toute cette nullité émerge parfois un film. C’est le cas de Danse avec lui, psychothérapie équestre un peu balourde mais non négligeable, traitant son sujet avec rigueur et simplicité, et surtout offrant un rôle tout en demi-tons et en subtilité à une Mathilde Seigner un peu moins gourgandine qu’à l’accoutumée. Ce film qui démarre sur l’échec amoureux et l’infidélité conjugale, sujets oh combien usés, révèle sa véritable valeur quand la réalisatrice parle de ce qu’elle aime, les chevaux et leur relation à l’Homme. Sur ce chapitre, elle est parfaitement convaincante et fait rapidement oublier les balbutiements initiaux de son scénario.
Avec une sensibilité, naïve, simple, qui malgré la grossièreté du traitement en forme de psychothérapie à coup d’étriers, parvient à nous émouvoir, la réalisatrice offre un hommage vibrant aux chevaux, tout en narrant un deuil, mais surtout un retour à la vie et une reconstruction.

Firouz Elisabeth Pillet