Concerts-sérénade
Genève, Musiques en été : Barbara Bonney

Barbara Bonney chantera à Genève le 10 août, dans le cadre de la Saison de Concerts-Sérénade.

Article mis en ligne le juillet 2008
dernière modification le 6 août 2008

par François LESUEUR

Barbara Bonney chantera à Genève le 10 août, dans le cadre de la Saison de Concerts-Sérénade, accompagnée du harpiste Xavier de Maistre. Au programme de ce concert, des œuvres de Schubert, Schumann, Fauré et Strauss. Portrait.

La soprano américaine Barbara Bonney, née en 1956 à Montclair dans le New Jersey, a fait savoir sans doute un peu trop précipitamment, peu avant l’an 2000, qu’elle désirait s’éloigner progressivement de la scène. Hasard ou conséquence directe de cette surprenante annonce, elle fut plus que jamais demandée, tant à l’opéra qu’en récital, de sorte qu’il lui fut difficile de ralentir sa carrière comme elle l’avait évoqué.

Succès
Le Festival de Pâques de Salzbourg lui confia en mai 1999 le rôle d’Alphise dans Les Boréades de Rameau, répertoire qu’elle avait jusque-là ignoré, dans une mise en scène de Ursel et Karl-Ernst Hermann, avec Simon Rattle au pupitre. Le succès qu’elle remporta dans cet ouvrage lui redonna confiance et lui permis de répondre à l’invitation du Met de New York où elle aborda pour la première fois Zdenka dans Arabella de Strauss (déc.2001), personnage qu’elle incarna à nouveau au Théâtre du Châtelet à Paris en avril 2002, aux côtés de Karita Mattila qui faisait également ses débuts dans le rôle-titre, dans une production signée Peter Mussbach reprise avec succès en mai 2005. Le Palais Garnier put applaudir en juillet 2002 sa Pamina (Die Zauberflöte par Benno Besson et Armin Jordan), ainsi que son Alphise, dans Les Boréades montées par Robert Carsen avec Christie et les Arts flo en 2003 (DVD Opus Arte).
Prévue au Châtelet en juin 2006 pour la dernière saison de Jean-Pierre Brossmann, dans Fidelio avec Karita Mattila et Ben Heppner placés sous la direction du maestro Chung, Barbara Bonney déclara forfait au dernier moment et fut remplacée par Soile Isokoski. Depuis, son retrait de la scène semblait consommé, la cantatrice n’apparaissant qu’à de très rares exceptions, comme ce fut le cas l’an dernier où elle accepta de remplacer Renée Fleming dans le Requiem de Mozart au Festival de Verbier.
Soprano au timbre lumineux et à la texture légère, Barbara Bonney étudie le piano à cinq ans, puis le violoncelle trois ans plus tard. A treize ans elle intègre le Jeune Orchestre Symphonique de Portland. Deux ans après, elle reçoit un diplôme de musique et d’allemand de l’Université du New Hampshire, langue avec laquelle elle s’est familiarisée très tôt.

Barbara Bonney

Carrière
Dotée de ces viatiques, elle part pour Salzbourg, ville au riche passé, s’inscrit au programme de formation vocale du Mozarteum, puis se perfectionne dans la troupe de l’Opéra de Darmstadt où, en l’espace de quatre ans, elle va aborder une quarantaine de rôles différents : ses débuts ont lieu avec celui d’Anna des Joyeuses commères de Windsor de Lehar. Forte de cette expérience pour le moins formatrice, Barbara Bonney rejoint l’Opéra de Francfort en 1983, année déterminante pour la suite de sa carrière, puisqu’elle est appelée à interpréter sa première Sophie du Rosenkavalier de Strauss, sous la baguette de Carlos Kleiber au Festival de Munich, rôle qu’elle chante peu après à Londres, cette fois sous la conduite de Georg Solti, personnage qu’elle reprendra dans les théâtres les plus importants – et notamment à Vienne en 1996 avec Felicity Lott, Anne-Sophie von Otter et Kleiber (DVD DG). Sa carrière prend alors son envol : Milan accueille en 1985 sa première Pamina (Zauberflöte) dirigée par Wolfgang Sawallisch, New York l’invite à débuter la même année sur la scène du Met dans la Naïade d’Ariadne auf Naxos (Levine), tremplin pour Vienne qui lui confie Sophie en 1987.
Initiée très tôt à l’oratorio et au concert qui constituent l’autre versant de ses activités, menées avec rigueur, la jeune soprano se fait entendre de Hambourg à Genève, de Salzbourg au Japon, en passant par Paris. Soliste des Requiems de Brahms avec Giulini et de Mozart avec Gardiner (Philips 1987), elle enregistre le Stabat Mater de Pergolesi avec Christophe Rousset et Andreas Scholl (Decca), chante la 9ème symphonie de Beethoven avec Rattle et la 4ème de Mahler avec Chailly. Connue pour ses interprétations piquantes de la Susanna des Noces de Figaro, de la Zerlina (Don Giovanni) ou de Servilia (Clemenza di Tito) opéras de Mozart qui lui vont tant, Barbara Bonney apprécie particulièrement le récital comme le montre sa discographie. On lui doit un album consacré à des mélodies de Clara et Robert Schumann accompagnées par Vladimir Ashkenazy (Decca), des chansons américaines du XXème siècle jouées par André Prévin, dont un cycle que le compositeur lui a dédié, baptisé Sallie Chisum remembers Billy the kid. Elle grave également le disque Diamonds on the snow, un florilège de mélodies de Grieg, Sibelius et Stenhhammer (1999), suivi de celui intitulé While I dream avec le chef Antonio Pappano au piano (en 2002 Listz et Schumann). Récemment Im chambre séparée proposait un panorama d’airs d’opérettes viennoises (Decca), sans oublier une version de West side story avec Michael Ball et le chef Barry Wordsworth (Warner 1993).
Invitée régulière du Festival de Salzbourg, la chanteuse campait encore en 2003 Servilia dans La Clemenza di Tito dirigée par Harnoncourt, spectacle conçu par Martin Kusej et participait la saison suivante au King Arthur de Purcell de Harnoncourt et Jürgen Flimm. Le 18 novembre 2003, elle interprétait au Grand Théâtre de Genève une sélection de mélodies de Hugo Wolf, en compagnie du pianiste Malcom Martineau. Aujourd’hui membre de la prestigieuse Académie de Musique suédoise, Barbara Bonney se fait rare à la scène, c’est pourquoi sa présence à Genève est attendue avec une certaine émotion.

François Lesueur

Dimanche 10 août à la Cour de l’Hôtel de Ville.
Barbara Bonney sera accompagnée par Xavier de Maistre à la harpe.
Programme :
Franz Schubert : Ganymed / Auf dem Wasser zu singen / Du bist die Ruh / Gretchen am Spinnrad
Elias Parish-Alvars : Mandoline (harpe seule)
Gabriel Fauré : Impromptu (harpe seule)
Robert Schumann : Widmung / Der Nussbaum / Lotosblume / Lied der Suleika / Er ist’s
Gabriel Fauré : Chanson d’amour / Après un rêve / En prière / Notre amour
NN : Pièce pour harpe seule
Richard Strauss : Nichts ! / Die Nacht / Allerseelen / Freundliche Vision / Ich schwebe / Kling !