Berne, Galerie th13 : Pannonica de Koenigswarter, photographies

Sous le titre « Les musiciens de jazz et leurs trois vœux », la maison Hermès expose les photographies de Pannonica de Koenigswarter.

Article mis en ligne le juillet 2008
dernière modification le 12 août 2008

par Régine KOPP

Le luxe ne fait plus recette, seul. Toutes les grandes maisons de luxe font les yeux doux au monde de l’art. Depuis plusieurs années, elles sont partenaires de grandes expositions ou alors soutiennent des artistes. D’autres se montrent plus audacieuses et deviennent des acteurs directs, ouvrant des espaces d’expositions, qui leur laissent la liberté d’imaginer une programmation artistique de leur cru.

H Box
La maison Hermès possède ainsi déjà plusieurs galeries à Bruxelles, Berlin, New-York, Tokyo, Singapour, Séoul et ne manque pas d’idées pour développer d’autres projets artistiques. Comme cette initiative originale d’une structure itinérante, baptisée H Box, dédiée à la vidéo et qui après avoir été lancée au Centre Pompidou à Paris, se pose en Espagne, au Luxembourg et à la Tate Modern de Londres. Il y a aussi cet hommage à Josef Albers, dont on connaît les œuvres qui multiplie à l’infini les variations chromatiques et que le spécialiste de la soie qu’est Hermès reprend à son compte pour éditer des carrés, en collaboration avec la fondation de l’artiste.
Une sensibilité artistique qui s’explique aussi par l’arrivée à la tête du groupe d’une nouvelle génération, affirmant une volonté de rapprocher le savoir-faire de l’artisanat de celui des créateurs d’art. La preuve en est qu’une fondation vient d’être créée par la maison Hermès, avec une mission artistique clairement énoncée. La Suisse bénéficie de ce nouvel engouement mais ce n’est ni à Genève, ni à Zurich qu’a eu lieu l’ouverture en mars dernier de la galerie. TH13, tel est le nom donné à ce lieu d’expositions de 80m2, emprunté à la rue où se situe la boutique et au premier étage de laquelle l’art et avant tout la photographie sont offerts au public, loin de toutes considérations mercantiles. Après une première exposition consacrée au photographe Christoph Schneider, la galerie accueille une nouvelle exposition de photographies présentant le travail de Pannonica de Koenigswarter.

Une femme passionnée
A la fois originale, puisqu’il s’agit d’une femme passionnée qui a réalisé une série de polaroïds de musiciens de jazz, regroupant les noms les plus mythiques parmi eux, mais aussi émouvante, puisqu’elle nous fait entrer dans l’intimité de ses modèles au quotidien. Grande baroudeuse, Nica – comme l’appelaient ses amis jazzmen, née en 1913 Londres, avait suivi tout d’abord des cours de dessin et de peinture. Dans les années 1935/36, elle voyage en Chine et Papouasie pour s’engager en 1940/42 dans les forces françaises libres avec son mari. C’est en s’installant en 1950 à New York, qu’elle découvre et se passionne pour le jazz dont elle devient une fervente promotrice. Elle les connaîtra tous, ces musiciens de légende, passant son temps avec eux, les recevant après les concerts dans les différents hôtels où elle descendait puis dans une maison qu’elle achète sur les bords de l’Hudson, où elle recueille une centaine de chats et héberge de nombreux musiciens : Thelonius Monk, Lionel Hampton, Charlie Parker, Art Blakey, Miles Davis, Coleman, Hawkins, Sonny Rollins.

Valeur historique
Elle a le projet de faire un livre de photos de musiciens, accompagnées d’un texte réunissant les trois vœux de 300 d’entre eux, qu’elle recueille par jeu, au gré de ses rencontres entre 1961 et 1966. En retour, les musiciens lui dédient une vingtaine de thèmes composés.
Le lieu d’exposition aménagé dans d’anciens combles offre des murs mais aussi des panneaux en forme de carré, placés au centre de la salle, augmentant ainsi la surface d’exposition. Les photos polaroïds sont rassemblées et encadrées pour la plupart par quatre. Bien que sans grande valeur artistique, elles ont une immense valeur historique et le visiteur privilégié regarde ces photos un peu comme s’il feuilletait un album de photos de famille. Il n’y a aucune pose, et c’est le côté spontané des musiciens avec leurs tics et leur présence à la vie, leur bonheur de jouer que ressent intensément le visiteur qui a l’impression d’être convié à cet hommage en ami. Un hommage visuel que des extraits de jazz composé par les musiciens photographiés accompagnent. Après avoir fait swinguer les Bernois, l’exposition rejoindra le festival de Montreux, où les amateurs sauront sans aucun doute apprécier ces innombrables portraits.

Régine Kopp

Pannonica de Koenigswarter : « Les musiciens de jazz et leurs trois vœux ». Jusqu’au 28 juin. Du lundi au samedi de 10 heures à 17 heures.
Hermès, Theaterplatz 13, Berne