Centre Pompidou, Paris
Centre Pompidou : Traces du sacré

Le Centre Pompidou propose une exposition événement, rassemblant plus de 350 œuvres, explorant le monde de l’art.

Article mis en ligne le juillet 2008
dernière modification le 12 août 2008

par Régine KOPP

On se souvient des expositions thématiques et historiques, dont le Centre Pompidou s’est fait une spécialité. Traces du sacré ou l’influence de la spiritualité dans l’art moderne renoue avec ce même concept et propose dans un parcours fleuve, une exposition événement, rassemblant plus de 350 œuvres, explorant le monde de l’art dans une société qui n’est plus structurée par le religieux.

Une modification considérable qui change tout quant au rôle de l’artiste dans la société, mais ne change que peu quant à son fondement philosophique, puisque la création de l’artiste pose invariablement à travers tous les âges la même question du « qui sommes-nous, d’où venons-nous et où allons-nous ». Des interrogations qui traversent l’art du XX° siècle, que ce soit avec ou sans Dieu, avec ou sans religion et dont les deux commissaires Jean de Loisy et Angela Lampe se sont fait les interprètes, en imaginant un parcours divisé en vingt sections, remplies de chefs-d’œuvre d’art provenant de collections françaises mais aussi des plus grands musées internationaux. Un travail de sélection d’œuvres intelligent et un accrochage ludique où les artistes dialoguent à travers les générations et cohabitent sans trop se heurter.

Introduction
L’énoncé de la spirale lumineuse de Bruce Nauman, «  le véritable artiste aide le monde en révélant des vérités mystiques » nous introduit dans la première salle, où sont réunis Caspar David Friedrich, Goya, Victor Hugo, Fontana et Damien Hirst. Et si les artistes romantiques allemands expriment encore la présence de Dieu dans leur œuvre, ils pressentent déjà une modification inéluctable du monde, qui se traduit par le thème insistant de la ruine. Le « Dieu est mort » de Nietzsche n’est pas très loin, portrait du philosophe peint par Munch sous lequel le visiteur est obligé de passer, après avoir décrypté le message du triptyque de Damien Hirst, Pardonnez-moi, Seigneur, parce que j’ai péché, celui du corps périssable, livré aux larves sans espérance de résurrection.
La promenade est un plaisir pour le visiteur qui, en fonction de sa sensibilité personnelle, appréciera différemment les rapprochements entre les artistes. Dans le chapitre Nostalgie de l’infini, l’émotion peut venir de la rencontre de Hodler et de Chirico. Un peu plus loin, la section baptisée L’Absolu vous coupe le souffle, tant la confrontation du carré noir de Malevitch avec l’oiseau dans l’espace de Brancusi et la composition avec deux lignes de Mondrian est sublime. Mais on pourrait aussi citer dans la section voisine, Eschatologie, le mariage inattendu d’Une proposition pour un nouveau modèle de l’univers d’Anish Kapoor, de Devenir d’Augusto Giacometti et de Composition V de Kandinsky.

Expression
Futurisme, expressionisme, surréalisme, toutes ces avant-gardes sont bien représentées et montrent des artistes à la recherche de nouvelles formes d’expression, allant puiser pour les uns dans les couches profondes de l’inconscient, pour d’autres dans les rites, les danses sacrées, les spiritualités païennes. Mais cette belle créativité sera brisée par la question du mal, générée par les grandes catastrophes du siècle (la guerre de 14, la Shoah et Nagasaki) et installée au cœur de l’exposition. Deux sections sont d’ailleurs intitulées Apocalypse : l’une dans laquelle on retrouve Otto Dix, La Guerre, Max Beckmann L’Obus et l’artiste contemporain Bruno Perramant, Apocalypse Noire.
La section Apocalypse II réunit des extraits du Faust, dernier film produit par Murnau, avant d’émigrer aux Etats-Unis et qui pose la question du bien et du mal. Une réflexion sur la morale rendue impérieuse par la montée des fascismes. En écho contemporain, l’œuvre de Maurizio Cattelan, Him (2003) nous confronte à la difficulté de discerner le bien de mal, et présente un petit garçon agenouillé de dos, œuvre qui provoque un effet certain, lorsqu’on découvre la tête de Hitler, « un piège moral qui interroge le public ».
Nombreux sont aussi les artistes à considérer le sacré sous l’angle de la provocation : Max Ernst avec La vierge corrigeant l’enfant Jésus (1926) s’en donne à cœur joie dans le sacrilège, de même qu’Antonin Artaud dont sont exposées dans la section Offense, deux œuvres étonnantes : La maladresse sexuelle de Dieu (1946) et Pour en finir avec le jugement de Dieu. Démoralisés par la guerre, toute une génération d’artistes contribuent au renouvellement de l’art sacré : Georges Rouault, Matisse, Léger, Alfred Manessier mais aussi Beuys et sa Croix solaire, symbole de rédemption ou Arnulf Rainer, Tache noire. La dernière partie du parcours est consacrée à l’élargissement des possibilités de la perception permettant aux artistes d’instaurer un accord nouveau entre le soi et l’art, entre l’art et la vie : Résonances de l’archaïque présentant des œuvres de Newman, Pollock, Masson ; Doors of perception avec des œuvres marquées par l’expérience du LSD ; Sagesses orientales où Les catacombes de Budha de Nam June Paik dialoguent avec un monochrome bleu d’Yves Klein ou des dessins de John Cage.
Le mot de la fin du parcours étant donné à l’œuvre de Jean-Michel Alberola, L’espérance a un fil, l’espérance à un fil (2006/07). L’espérance en néon bleu qui pend au bout de son fil, est une manière de dire que le sacré n’a pas disparu et continue de nourrir les artistes.

Régine Kopp

Jusqu’au 11 août
Tous les jours sauf le mardi de 11h à 21h