Lausanne : “Scanner“

 avril 2009
par  Bertrand TAPPOLET
popularité : 21%

Scanner, sous-titré Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu (hurlements en faveur de Guy Debord) s’essaye à faire passer la société d’aujourd’hui au scanner de la pensée du situationniste français.

Alors que Nous tournons… est le 5e film de Debord réalisé dans le sillage singulièrement affadi de Mai 68, « un film qui méprise la poussière d’images qui le compose », Hurlements en faveur de Sade est son premier opus : un montage discrépant et aléatoire, un geste avant-gardiste, dans la lignée de dada et de films lettristes d’Isodore Isou, dont le but est de déconstruire le cinéma. En déployant une scène tissée de projections, le metteur en scène et dramaturge français David Alaya suit le parcours d’un chœur tragique harponné par la figure emblématique du Monstre, sorte de mort-né. En mêlant images d’archives, films du penseur sur scène, performances sur fond de société de consommation devenue spectrale, Alaya nous remémore que Debord privilégie la pratique du détournement qui rappelle sa lecture de Lautréamont. Deux de ses courts-métrages sont projetés : Sur le passage de quelques personnes dans une assez courte unité de temps, qui tente de faire dialoguer les images, de les mobiliser au service du discours situationniste au terme d’un récit profondément désabusé, et Critique de la séparation comportant plusieurs photos d’identités de situationnistes et des détournements de séquences d’actualités.
« Plus son constat de spectaculaire intégré allait en empirant, plus sa critique sociale et politique me revenait en écho, relève Alaya. La création est aussi partie d’une colère en constatant la collusion sans cesse croissante entre l’Etat et la sphère médiatique, phénomène que Debord passe au crible. La manipulation atteint aujourd’hui des seuils inédits à l’ère d’un Sarkozy, PDG de la télé. » Le spectaculaire intégré, c’est considérer que même la vérité s’intègre d’office au mensonge, dès l‘instant où elle est « récupérée ».

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« Scanner »

Détournement
Comme le dévoile pertinemment Scanner, le détournement est étendu avec le situationnisme à toutes les formes d’expression : de la bd à la pub, le procédé vise à donner de nouvelles significations à des éléments arrachés de leur contexte. Et, surtout, à retourner les discours de l’idéologie dominante contre elle-même. La critique du jeune Marx voit son leitmotiv s’afficher : « Le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image » (La Société du spectacle). La grande manipulation du capital est ici comment faire croire qu’il existe une valeur d’usage alors qu’il ne règne plus qu’une valeur d’échange. De manière ludique d’abord, puis versant dans l’inquiétante étrangeté sous l’influence d’une source d’inspiration : Les Idiots de Lars Van Trier. Un film éprouvant, qui pratique avec malice l’art de la vérité et du mensonge au cœur d’un vrai faux docudrame. Soit l’idiotie de l’individu contre la bêtise de la masse, une utopie qui tourne court.

Contre la société spectaculaire
Sur le plateau, les sept comédiens sont amenés à établir un dialogue entre le texte et les images projetées, créant dans leur prolongement d’authentiques « situations » de réalités humaines pour témoigner de la vision et de la critique de Guy Debord. David Alaya a conçu une déambulation en forme d’installation plasticienne, voire staracadmécienne animée et de théâtre d’agit prop détourné avec transit du public d’une salle à l’autre en cinq séquences. Au fil d’un montage audio et vidéo jouant du bruit blanc, l’on découvre successivement : La Vie des gens, conçue à partir d’improvisations réalisée avec les acteurs. Partie ludique où se déploie une apologie sincère du spectaculaire marchand et de ses clichés, Concerts, slogans, plaisirs, micro histoire, où se déploient des faux concerts sous la forme du canular, des faux sets télé, des canulars. 280 objets de marchandises ou de « pacotille désolante », selon Debord, colonisent alors le plateau : Et l’opus s’amuse alors du fétichisme de la marchandise. Il s’agit d’un prétendu panégyrique du spectacle. Des pannes interviennent et la machine s’arrête alors.
Puis Le Musée en compagnie de médiateurs culturels commentant des œuvres d’art. Enfin, L’Envoûtement, une forme de dramuscule traité sur le mode de la tragédie et intitulé « théâtre de sang ». Théâtre de la catastrophe aussi avec cette figure du Monstre directement empruntée à l’univers du dramaturge anglais Edward Bond, à ces Pièces de guerre. « C’est l’homme recouvert de bandages qui a traversé la catastrophe et vient parler tel un coryphée. Théâtre de sang vient d’une autre pièce du britannique, Si ce n’est toi. Qui décrit une situation élémentaire. Une femme est dans l’attente et dès que l’on frappe à sa porte, il n’y a personne. Des fantômes en costume-cravate pénètrent in fine venant littéralement posséder la vie de cette femme. Dans Scanner, c’est une séquence, où l’on bascule subitement dans un univers inquiétant. »

Bertrand Tappolet

Théâtre de Vidy
Du 20 au 26 avril 2009.
Rés. : 021 619 45 45



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Paris : « Dada Africa », du 18 octobre au 19 février

Berne : La collection Hahnloser, jusqu’au 11 mars