Entretien : Alain Bittar

Alain Bittar nous parle de son parcours et des activités inter-culturelles de la ville auxquelles il participe.

Article mis en ligne le mars 2007
dernière modification le 17 juin 2007

par Tahar HOUCHI

Alain Bittar est Directeur de l’Olivier, la librairie arabe de Genève. Il a accepté de nous parler de son parcours et de la part qu’il prend dans l’organisation de certaines activités inter-culturelles de la ville.

Vous êtes un des acteurs importants de la scène culturelle genevoise. Comment en êtes-vous arrivé là ?
Issu d’une famille « d’origine syro-libanaise » installée au Soudan, né en Egypte, je suis arrivé à l’âge de 6 ans en Suisse, où j’ai eu la chance de pouvoir m’épanouir pleinement dans ma vie de quartier, par le biais des scouts et des colonies de vacances où j’ai été moniteur. De ce fait, je me suis retrouvé automatiquement engagé dans la vie associative et culturelle de Genève. Puis j’ai fortement ressenti un besoin de retrouver, voire recréer, des racines. Dès le début de mes études en Sciences-politiques à HEI, je me suis intéressé à découvrir et comprendre le monde arabe dans toutes ses composantes à un tel point que j’en souris encore en pensant que tout au long de mes études, pour chaque matière abordée je cherchais un champ étude qui s’y appliquait.
Parlez-nous de votre engagement …
Dès lors je n’ai eu de cesse de chercher des occasions d’affirmer une présence politique et culturelle positive du monde arabe à Genève. Je me souviens avoir négocié en 1973 avec Jean Vincent une présence palestinienne lors de la « Kermesse du Parti du Travail » qui était à cette époque une des plus grandes fêtes populaires à Genève. Lors du premier Festival du Bois de la Bâtie, nous avions déjà un stand de nourriture et de musiques du monde arabe avec une équipe d’amis.
Après quelques séjours au Liban, j’ai créé la librairie arabe « l’Olivier » en 1979. Grâce à la Librairie et à la Galerie que nous gérons avec ma femme Catherine Maurin, nous essayons de constituer le maximum de ponts, d’une part entres les nombreuses composantes culturelles qui forment le monde arabe, et d’autre part entre ces dernières et aussi bien la Suisse que Genève.
Comment évaluez-vous la présence de la culture orientale sur la scène culturelle genevoise ?
Les cultures du monde arabo-musulman ont déjà trouvé leur place dans la ville de Genève. Il y a de cela bien longtemps. Est-ce grâce à des personnalités telles que Martin Bodmer, Max Van Berchem, ou même Titus Burckhardt (même s’il n’était pas genevois) pour ne citer que les plus connus ?
Cet intérêt s’est développé auprès d’un plus large public, tant pour des raisons positives que pour de mauvaises raisons comme celles du 11 septembre. Les distances qui séparent les hommes diminuent, les gens voyagent davantage et sont de plus en plus informés – hélas, souvent aussi de plus en plus superficiellement. 
L’offre culturelle concernant les cultures du Maghreb et du Proche-Orient est réellement variée et multiple à Genève. L’intérêt au sein de la population genevoise pour ces cultures est grand. Il y a peu de temps, dans l’espoir de coordonner davantage ce qui se fait à Genève en lien avec le monde arabo-musulman, j’ai mis à disposition sur le Net un agenda culturel du monde arabe qui recense les nombreux événements culturels.
Nous avons été nous-même surpris de voir la profusion de ces événements et nous avons réalisé que l’offre pêchait non pas par sa qualité, mais par son incapacité à se présenter à un plus vaste public. Nos cultures font l’objet d’attention de la part des grandes associations « institutionnelles » comme les Ateliers d’Ethnomu-sicologie qui offrent une place de choix à la musique du Maghreb et du Machreq. Le 27 avril prochain, le Musée d’Art et d’Histoire, respectable institution de la Ville de Genève, lance une exposition archéologique exceptionnelle « Gaza à la croisée des civilisations ». D’autres événements extra muros auront lieu à la même époque à Genève autour de l’expression culturelle à Gaza : peinture, musique, photographie, etc.
Vous êtes à l’origine de plusieurs projets culturels. Pourriez-vous nous en parler ?
Le 14 mars à 18h30 à la Librairie aura lieu une rencontre culturelle autour de la Poésie arabo-andalouse, nous recevrons Farouk Mardam Bey et le peintre Rachid Koraichi à l’occasion de la parution de leur livre.
Grâce à la Librairie nous essayons de contribuer à maintenir des ponts entre les peuples, pour une meilleure compréhension. Pour cela, il faut éviter les enfermements communautaires, et chercher à créer le maximum de synergies avec tous ceux qui s’engagent dans la vie culturelle et sociale. Dans ce sens, le Festival du Film oriental est un de ces événements importants qui permettent à l’esprit de s’ouvrir pour aller à la rencontre des autres.

Propos recueillis par par Tahar Houchi
 
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