Visions du Réel, Nyon
Entretien : Jean Perret

Jean Perret évoque l’édition 2009 du festival, avec son double anniversaire

Article mis en ligne le avril 2009
dernière modification le 22 avril 2009

par Catherine GRAF

Le festival célèbre cette année en toute simplicité un double anniversaire :
les 40 ans d’existence du festival de documentaire, les 15 ans sous la houlette de Jean Perret.

Quelle est l’importance de ce festival, sur le plan national et international ?
J.P. : C’est l’un des trois grands festivals de Suisse, aux côtés de Soleure et de Locarno. Quand notre équipe a repris ce festival qui existe, je le rappelle, depuis 40 ans, nous avons eu à cœur de redéfinir et d’élargir la signification du documentaire à une diversité de genres qui tentent d’approcher divers aspects du réel. Avec au centre une exigence qui n’est plus seulement thématique – un bon sujet ne suffit et de loin pas à faire un bon film du réel – mais surtout formelle, où s’apprécie la posture de la personne qui réalise, ce qui fonde son rapport au réel. En Europe, Visions du Réel est devenu qualitativement une référence pour plusieurs raisons : à cause du marché qui permet beaucoup de découvertes, de contacts et d’achats de films. Et à cause des multiples rencontres, notamment celles entre les télévisions et les cinéastes indépendants. Les télévisions ont besoin des indépendants qui apportent des thématiques, des esthétiques nouvelles, et eux ont besoin de financement pour effectuer leur travail et le voir distribué. Les deux sont donc gagnants. Nous sommes un des seuls festivals à offrir cette diversité, avec cette année des participants du nord de l’Europe, de Taïwan, du Japon, de New York, pour n’en citer que quelques-uns.

Jean Perret

Voilà 15 ans que vous êtes à la tête de Visions du Réel ; comment voyez-vous les grandes lignes de l’évolution de ces cinémas du réel ?
Dès la fin des années ’80 et pendant les années ’90 du siècle dernier, on peut percevoir un certain essoufflement du cinéma de fiction qui peine à trouver des thématiques riches ou des récits novateurs. Le cinéma du réel apporte des solutions avec des récits montrant de vraies gens, mises en scène dans des formes narratrices et une esthétique renouvelées. Il y a bien sûr le travail de fond d’un ensemble de réalisateurs qui rencontre l’intérêt de spectateurs toujours plus nombreux, qu’on pense à Wiseman, van der Keuken et bien d’autres. Et en 2002 l’immense succès du film de Nicolas Philibert, Etre et Avoir, qui atteint le grand public au même titre que des films de fiction. Tout ce mouvement de documentaristes a été bien sûr soutenu par une révolution technologique, la caméra DV. Ce que n’avait pas permis le Super 8 auparavant, qui s’est peu à peu cantonné aux films de vacances, de famille ou encore au courant expérimental. La caméra DV permet une expression personnelle, ouvrant la voie au récit autobiographique ou au roman familial. Ces films-là permettent une expression très personnelle, facilitant le travail de cinéastes dans le monde entier – qu’on pense au film chinois A l’ouest des rails sorti en 2004. Ils nous ouvrent aux autres, à la découverte de mondes totalement différents de ceux où nous vivons, comme par exemple La mère l’an passé qui a rencontré une large audience.

Le festival ne dure qu’une semaine. Comment se pérennise le travail de découverte ?
Il y a toute l’année sur la TSR le documentaire du dimanche soir, collaboration tout à fait exemplaire et je crois pour le moment unique avec une TV de service public ; l’unique autre exemple de ce type serait Sundance Channel aux USA, mais c’est une chaîne câblée. On trouve ensuite un partenariat avec Neugass Kino AG. et deux cinémas indépendants de Suisse allemande, le Bourbaki de Lucerne et le Riffraff de Zürich, qui vont présenter quatre films événements de l’édition 2008 du Festival et un cinquième qui aura été primé en 2009. Les films sont introduits par Visions du Réel et suivis d’un débat avec le cinéaste. Il y a encore le réseautage avec d’autres festivals, de Pologne, de République tchèque, d’Allemagne et de Chine notamment. Et enfin, le lien avec des écoles de cinéma, des rencontes avec des étudiants pour parler de ce que nous faisons.

Section Reprocessing Reality - Susan Mogul : « Everyday Echo Street : A Summer Diary »

Est-ce qu’Internet trace de nouvelles pistes ?
Sans aucun doute. Un exemple : Lech Kowalski, qui offre tous les lundis une proposition audiovisuelle interactive, selon ses termes. Cela consiste à donner à voir sur camerawar.tv une séquence que l’on peut commenter ensuite dans un blog. Le film qui passerait ensuite dans les salles serait la synthèse de cette interaction.

Comment se célébrera ce double anniversaire ?
Eh bien, 120 cinéastes nous ont fait l’amitié de nous envoyer chacun un haïku sous la forme de trois images qui seront projetées avant les films.

Propos recueillis par Catherine Graf

De plus amples informations sur le site :
http://www.visionsdureel.ch/