Film de mai 2009 : “In The Electric Mist“

Bertrand Tavernier s’est laissé tenter par un tournage aux Etats-Unis, en Louisiane plus précisément.

Article mis en ligne le mai 2009
dernière modification le 29 janvier 2012

par Firouz Elisabeth PILLET

In The Electric Mist


de Bertrand Tavernier, avec Tommy Lee Jones, Peter Sarsgaard, John Goodman, Tom Sizemore. Etats-Unis / France, 2009.

Une histoire américaine vue par un Français, voilà qui n’est pas nouveau ; Bertrand Tavernier filmant en Louisiane, si ! Alors que les jeunes talents de l’Hexagone s’exportent de plus en plus (Vincent Cassel, Mathieu Kassovitz), Bertrand Tavernier se laisse aussi tenter, grand admirateur qu’il est du cinéma américain des années 40 et 50. En Louisiane, dans la paroisse de New Iberia, un inspecteur au parcours exceptionnel, Dave Robicheaux, poursuit l’enquête sur un tueur en série dont les jeunes femmes en mal de gloire et de succès semblent être la cible de prédilection.
Sur la route de sa maison, après une investigation sur la scène d’un nouveau crime infâme, l’inspecteur arrête un fou du volant en état d’ébriété, Dave Elrod Sykes ; le réalisateur hollywoodien est venu en Louisiane tourner un film, produit avec le soutien de la fine fleur du crime local, Baby Feet Balboni.
Elrod raconte à Dave qu’il a vu, gisant dans un marais, le corps décomposé d’un homme noir enchaîné. Cette confidence plonge Robicheaux dans des souvenirs d’enfance qu’il croyait enfouis mais dont la résurgence est douloureuse. Ces souvenirs semblent intrinsèquement liés au redoutable tueur qu’il poursuit.

Pruitt Taylor Vince et Tommy Lee Jones dans « In the Electric Mist » de Bertrand Tavernier

Le titre original sonne à la fois mystérieux et inquiétant, Dans la brume électrique, laissant quelque peu songeur. Le réalisateur français y dépeint une Louisiane exotique, ensoleillée mais qui conserve ses secrets inavouables au fond de ses marais. Tavernier a choisi l’inspecteur Robicheaux pour en faire un des personnages les plus emblématiques de la littérature policière contemporaine, héros de James Lee Burke.
Charismatique, rangé auprès des siens, mais assailli par ses démons de son passé (alcoolisme, service militaire au Vietnam, violence), Dave Robicheaux est majestueusement incarné par Tommy Lee Jones qui fait grande impression malgré la parcimonie de ses dialogues. Tout en retenue, l’enquêteur semble un volcan prêt à exploser, contenant une brutalité prête à jaillir à la moindre provocation.
Insondable, tranquille en apparences, à l’image de ces marais qui l’entourent et dont on ne soupçonne pas ce qu’ils cachent en profondeur, Tommy Lee Jones est magnifiquement entouré par John Goodman en mafioso colérique et roublard et Peter Sarsgaard en vedette en rupture. Malgré un début assez laborieux, le film finit par captiver les spectateurs et les tient en haleine jusqu’à la catharsis, faite de haine, de vengeance, de confessions abjectes et de réminiscences peu avouables. Le cinéaste distille les révélations et les indices de manière pondérée, construisant la cohérence du récit au fur et à mesure que le protagoniste avance dans l’enquête et s’aventure dans les méandres de sa mémoire. La Louisiane qu’il dépeint, loin des clichés enjoués de la Nouvelle Orléans et de la musique cajeu, demeure inquiétante, embourbée dans les marécages des bayous, jouissant d’une luminosité si particulière. Peu à peu, le cinéaste intensifie sa narration, habitant le visible d’une dimension plus électrique, plus mystique qui plane sur ses personnages et finit par contaminer les spectateurs. La chute arrive mais l’ambiance si dense du film poursuit les spectateurs bien au-delà de la projection, à l’attraction mystérieuse.

Firouz-Elisabeth Pillet