Musée Jacquemart-André
Paris : Les Primitifs italiens

A voir à Paris : une magnifique sélection de panneaux peints de primitifs italiens.

Article mis en ligne le mai 2009
dernière modification le 25 juin 2009

par Régine KOPP

Trois ans après avoir exposé au Lindenau Museum à Altenbourg sa collection des primitifs italiens, le musée Jacquemart-André accueille à son tour l’extraordinaire ensemble de panneaux peints de primitifs italiens du musée allemand, constitué au milieu du XIX° siècle par le baron allemand Bernhard von Lindenau.

Un aristocrate à la fois homme politique, diplomate et homme de sciences qui parcourt l’Italie de 1840 à 1850. Il en rapporte 180 panneaux exécutés par des maîtres siennois et florentins des XIII°, XIV° et XV° siècles dont une quarantaine ont été sélectionnés par les commissaires Michel Laclotte, président-directeur honoraire du musée du Louvre et Nicolas Sainte Fare Garnot, directeur du musée Jacquemart-André. Certains polyptiques démembrés ont pu être reconstitués grâce à des prêts complémentaires du Vatican, de Berlin et de Bâle.

Ecole siennoise
Le parcours propose comme fil directeur la simple chronologie depuis les années 1280 jusqu’au début du XV° siècle, dans une succession de huit espaces, faiblement éclairés, protection des œuvres oblige. Les premières salles sont consacrées à l’école siennoise, où prédomine l’influence grecque ou byzantine, comme dans une série de compositions représentant divers épisodes de la Vie du Christ (vers 1270) attribuée à Guido da Siena.

Autre artiste, figure de proue de cette école, Lippo Memmi. Sa Vierge à l’enfant (vers 1320) remarquable par la qualité d’invention comme d’exécution passe pour un des premiers chefs-d’œuvre d’une école siennoise désormais acquise à l’esthétique gothique. Autre figure essentielle, Pietro Lorenzetti. Le Christ de pitié (vers 1340), œuvre particulièrement émouvante, offre par l’illusionnisme de sa représentation une alternative à la vision gothique de ses contemporains. Dans la seconde moitié du XIV° siècle, plusieurs artistes de cette génération, d’Andrea Vanni à Paolo di Giovanni Fei témoignent par leurs œuvres du triomphe de cette expression, qualifiée de style gothique international.
Le changement esthétique qui se produit au cours de la première moitié du XV° siècle est également représenté par des artistes comme Giovanni di Paolo et Sano di Pietro dont les œuvres enchanteront l’œil du visiteur par la richesse chromatique et la qualité expressive. C’est avec les innovations qui apparaissent à Florence à la fin du XV° siècle que l’école de Sienne tend à s’épuiser dans des formules, certes brillantes, mais néanmoins archaïques : La Vierge à l’enfant (vers 1470) de Liberale Bonfanti est à cet exemple très représentative dans sa représentation iconique d’une part, et sa finesse d’expression d’autre part.

Ecole florentine
Dans la collection du baron Lindenau, l’école florentine est également magnifiquement représentée. Des peintres du XIV° siècle comme Bernardo Daddi, dont le travail s’inscrit dans la mouvance de Giotto mais aussi du XV° siècle avec Dom Lorenzo Monaco qui exprime à son plus haut degré les raffinements de ce gothique international. Sa Fuite en Egypte est un modèle d’élégance fondé sur un rythme linéaire et une subtilité chromatique. En collectionneur averti, le baron fait également une place importante à Fra Angelico : un ensemble de quatre panneaux démembrés, issus de deux grands polyptiques différents et une œuvre charnière La Preuve par le Feu (vers 1429) dans laquelle une nouvelle perception de l’espace se fait sentir. Cette œuvre marque désormais, dans le domaine de la peinture, la frontière entre le Moyen-Age et la Renaissance.
La dernière salle présente des œuvres de Neri di Bicci et Filippo Lippi. Il suffit de regarder le Saint Jérôme pénitent et un jeune frère carme (vers 1435) de Filippo Lippi, pour comprendre qu’un courant novateur est en train de bouleverser la peinture florentine. C’est aussi cet artiste qui fait le lien avec l’exposition qui se tient au Musée du Luxembourg.

Régine Kopp

Jusqu’au 21 juin 2009