La Comédie de Genève
Genève : Olivier Py et “Les Illustions comiques“

La Comédie de Genève accueille Les Illusions comiques dans la mise en scène d’Olivier Py.

Article mis en ligne le mai 2009
dernière modification le 15 juin 2009

par Despoina NIKIFORAKI

Olivier Py, animé d’une passion véridique pour un art qu’il revendique ludique et jovial, déballe avec effervescence les valises de son monde théâtral. Il ose un affront audacieux avec l’arène du théâtre pour proposer un spectacle total où finalement triomphe l’exaltation des personnages. À la fois manifeste sur l’art dramatique et machine de guerre contre la vacuité de la modernité et le théâtre bourgeois, le metteur en scène se transforme en un « joueur de scène » militant qui accepte de se montrer nu dans sa quête théâtrale. Nous assistons émerveillés à une odyssée contemporaine du poète, parsemée des feux d’artifices qui font briller les yeux du public.

Le spectacle du théâtre
Le metteur en scène prend les rênes de l’entreprise théâtrale et se positionne en tant que guide spirituel dans cette aventure fabuleuse et lumineuse. Un groupe d’acteurs mystiques l’accompagne avec foi et conviction dans cette ascension, puis cette descente vertigineuse qui crie à l’apothéose de la pureté théâtrale.

Un univers qui bascule
Les Illusions comiques est une pièce qui n’est pas encore écrite : véritable architecture intellectuelle, construite, cependant, pour et par le jeu de la scène, elle se couvre d’épaisseur pour mieux démontrer et démonter l’essence du spectacle. Installant le théâtre dans le théâtre, et ajoutant encore du théâtre dans le théâtre ; l’œuvre entière devient le prétexte pour parler de la facette protéiforme du monde du spectacle. Metteur en scène dirigeant sa troupe au début du spectacle, Olivier Py finit par prendre la place du spectateur privilégié devant lequel le sens apocalyptique du théâtre fait sa parade. D’abord, poète béni, acclamé par le monde politique pour sauver l’humanité, il est, ensuite, blâmé et condamné à une mort anonyme. Finalement, sauvé par son bourreau, alors qu’il nettoie sur scène les tâches laissées par la représentation, il parvient à se réconcilier avec son enfance, ses rêves et son rôle de poète, de faiseur de théâtre. Alors, la boucle est bouclée ; la joyeuse troupe de comédiens peut enfin reprendre ses répétitions.

« Les illusions comiques »
photo Alain Fonteray

Des personnages vifs, colorés, dont les traits sont tirés par la théâtralité, peuplent cet univers qui bascule avec une aisance mobile du comique au tragique, du lyrique au mélodramatique, et du satyrique au grotesque. Michel Fau est renversant. Désigné pour être l’enseignant d’expression dramatique de la Tante Geneviève, incarnée également par lui-même, il explicite à la manière d’un professeur de théâtre qu’ « on joue un personnage qui joue un personnage ». Olivier Py établit dans son texte un jeu des codes autoréférentiels, il rend manifeste que l’acteur est une présence réelle en état d’image. Olivier Py, excellent dans toutes ses prestations, nous adoucit de son humilité et de son âme d’enfant comme quand il apparaît dans son costume de lapin.

Ambiance festive
Le décor qui cadre le spectacle est en adéquation avec le monde qu’il met en place. Dans une esthétique géométrique, épurée, où la sobriété et le fantasmagorique se côtoient, les lumières ajoutent une touche étincelante renvoyant directement à l’ambiance festive du cirque. La musique renforce et dynamise les intonations jouées par les comédiens, habillant l’action de mélancolie ou d’euphorie. La scène est le lieu de tout théâtre ; la tragédie et la comédie tracent sur le sol leur espace d’action sans s’annihiler l’un l’autre.
Mêlant le théâtre artisanal de Shakespeare à la recherche de la forme dans l’écriture de Pirandello, en faisant sonner dans le titre de la pièce l’œuvre de Corneille, Py donne sa propre version de l’art théâtral et nous embarque dans son voyage artistique, exubérant mais intimement intérieur. Olivier Py conceptualise et dessine en trois dimensions les règles et les conditions de son art. Un rare témoignage de spectacle autoréflexif.

Despina Nikiforaki

« Les Illusions comiques » : en tournée à Genève, à La Comédie, du 6 au 17 mai 2009.