Grand Théâtre de Genève
Entretien : Zoran Todorovich

Zoran Todorovich sera Manrico dans le Trouvère au Grand Théâtre en juin prochain.

Article mis en ligne le juillet 2009
dernière modification le 4 juillet 2009

par Martine DURUZ

Le ténor serbe Zoran Todorovich sera Manrico dans le Trouvère de Verdi au Grand Théâtre de Genève en juin prochain. Plein de charme et de modestie, il s’étonne lui-même du développement de sa carrière et des prouesses de sa voix, comme s’il n’en était pas tout à fait responsable. Entretien.

Remplaçant au pied levé un collègue malade, il eut un jour à enchaîner trois Tosca, et trois Requiem de Verdi. Même fatigué, cela fonctionne ! Mais, dans ces moments-là, dit-il, il faut respecter une discipline de fer et prendre des vacances après ce genre d’effort.

Zoran Todorovich

Parcours
Zoran Todorovich, originaire de Belgrade, commence ses études au Conservatoire de Belgrade avec l’ambition raisonnable d’être engagé dans le chœur de l’Opéra. Sa tante, qui habite en Allemagne, le pousse cependant à poursuivre sa formation à Francfort. Il se décide en 1986, malgré sa tristesse à quitter son pays. Six ans plus tard, il obtient son diplôme, qui, pense-t-il, lui permettra toujours d’enseigner le chant. Il est immédiatement engagé à Detmold, petit théâtre que ses proches lui déconseillent. Il ne regrettera pas d’avoir suivi son intuition : dans cette ville où il se sent bien, il assume en deux ans une vingtaine de rôles, passant de l’opérette à Puccini, de Nemorino à Don José ! Il s’amuse d’avoir été le Pavarotti local.
Il rejoint ensuite la troupe de l’opéra de Hanovre, et en 1996, une carrière internationale s’ouvre à lui grâce à son succès dans le Duc de Rigoletto à Séville. Dès lors les invitations s’enchaînent et la liste des personnages qu’il incarne s’allonge.
Zoran Todorovich explique l’évolution de sa voix. Sentant qu’il perdait petit à petit la flexibilité de cette dernière, il demande conseil à Bruno Pola, star du Met, qui se met à rire en l’entendant : il n’est pas un ténor lyrique – malgré les dires de son premier agent qui le comparait à Araiza – ses capacités vont bien au-delà. Une année après, sa voix a gagné en puissance, en rondeur, en facilité. Il veut alors se consacrer principalement à Puccini, même s’il faut souvent lutter contre l’épaisseur de l’orchestre, et surtout à Verdi, dont la musique permet des nuances plus fines. Il est capable de réaliser un diminuendo ou un crescendo sur chaque note de sa tessiture.
Le directeur de l’Opéra de Vienne, Ioan Holender, lui en veut : il faut modifier certains contrats et l’idée du changement de répertoire n’est pas de lui. Zoran Todorovich salue en revanche le soutien que de grandes cantatrices telles que Edita Gruberova et Vesselina Kasarova lui ont apporté. Il ne négligera pas pour autant les compositeurs français : Le Cid, Carmen, Herodiade restent actuels. Les Contes d’Hoffmann un peu moins, puisqu’il avoue que l’acte d’Olympia lui donne maintenant du fil à retordre.

« Le Trouvère » avec Irina Mishura (Azucena) et Zoran Todorovich (Manrico).
Photo de répétition GTG / Vanappelghem

Zoran Todorovich affirme ne pas avoir vraiment de modèle. Bien sûr il admire Corelli, Carreras, Giacomini, mais il ne les écoute que pour se relaxer, non pour s’en inspirer. Il ne tente d’imiter personne : il y a du bon et du mauvais chez chacun.

Défi
L’opéra en version concert l’intéresse aussi, car la nécessité de créer une atmosphère sans l’aide d’une mise en scène ou d’un décor constitue un réel défi. Pour le relever au mieux, il évite de se munir de la partition. Il a particulièrement apprécié sa participation à la Norma de Bellini avec June Andersen. Faut-il préciser que le Requiem de Verdi fait partie de ses chevaux de bataille ?
Après la production du Trouvère à Covent Garden, où, se souvient-il, chaque chose avait un sens, il craignait un peu la conception plus moderne de Stephen Taylor à Genève. Il a vite été rassuré. Le contexte de la guerre civile espagnole convient au drame qui se joue, la simplicité des décors et des costumes ne détourne pas l’attention aux dépens de la musique et le metteur en scène apporte un secours efficace même dans les phases statiques des grands airs.

D’après des propos recueillis par Martine Duruz

Les 10, 12, 15, 18, 23 juin à 20h00, le 21 juin à 16h30 : LE TROUVERE de Verdi. OSR, dir. Evelino Pido, Chœur du Grand Théâtre, dir. Ching-Lien Wu, m.e.s. Stephen Taylor. Grand Théâtre (loc. 022/418.31.30)