Opéra de Lyon
Lyon : “Lulu“

L’Opéra de Lyon poposait une nouvelle production de Lulu.

Article mis en ligne le juillet 2009
dernière modification le 4 juillet 2009

par François JESTIN

La nouvelle production de Lulu a été confiée à Peter Stein, fidèle de l’Opéra de Lyon ces dernières années.

Si le rideau de scène au prologue est chargé de nombreuses affiches publicitaires d’époque, colorées et en rapport à des troupes ou numéros particuliers de cirque, le plateau est généralement très dépouillé par la suite. Les scènes successives sont magnifiquement caractérisées et personnalisées : les murs gris chez le peintre rappellent l’atelier Cézanne, le mobilier dans le tableau suivant est très Arts déco, et au deuxième acte, l’intérieur de Schön en jette, avec un somptueux escalier laqué de noir et blanc, et de hauts voilages à cour.

Effet dévastateur
Mais c’est le dénouement final londonien qui produit un effet dévastateur : un espace sordide sous les toits, un froid qui glace la salle, à peine un vieux matelas jeté à terre, et Lulu qui déjà se meurt avant d’être assassinée. Après avoir déjà endossé à Zürich le rôle-titre, écrasant, Laura Aikin semble aujourd’hui une Lulu idéale : sensuelle, animale, jamais vulgaire, elle déclame et chante dans un allemand parfait, jusqu’à ses extrêmes aigus, jamais criés.

« Lulu », avec Laura Aikin (Lulu) et Franz Mazura (Schigolch)
© Bertrand Stofleth

Hedwig Fassbender (Comtesse Geschwitz) est très présente vocalement et visuellement souvent inquiétante, alors que côté masculin Stephen West (Docteur Schön) est le net point faible de la distribution, avec de nombreuses instabilités dans le grave et le parlé, et il n’est véritablement confortable que dans le chant forte. Thomas Piffka (Alwa), malgré deux ou trois aigus qui sortent timidement, reste agréable de timbre et de projection, tandis que Paul Gay (Dompteur, athlète) est constamment impressionnant, de par sa stature, son volume, sa diction ciselée à l’acte II, dans un allemand impeccable. On garde pour la fin Franz Mazura (Schigolch), 85 ans (débuts professionnels en 1949 !), qui gambade comme un jeune homme sur scène, et paraît s’amuser comme un fou, tout en assurant très correctement sa partie vocale.

A la direction musicale, Kazushi Ono, chef permanent de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon, donne beaucoup d’inspiration et d’amplitude au son, du volume dans les interludes musicaux, mais permet également de goûter à la richesse de l’écriture musicale, en percevant les mélodies de la partition qui s’entremêlent en arrière plan (pupitres des bois en particulier).

François Jestin

Berg : LULU : le 20 avril 2009 à l’Opéra de Lyon