Opéra de Montpellier – Le Corum
Montpellier : “Sancta Susanna“ & “Le Château de Barbe-Bleue“

Entre reprise et nouvelle production, Montpellier célèbre le XXème siècle.

Article mis en ligne le juillet 2009
dernière modification le 6 juillet 2009

par François JESTIN

Double affiche XXème siècle au Corum de Montpellier, avec la reprise de Sancta Susanna, montée en 2003, et une nouvelle production du Château de Barbe-Bleue, signée de Jean-Paul Scarpitta.

Beaucoup d’espace disponible sur la vaste scène du Corum, qui se prête bien aux errances des personnages égarés des deux œuvres. Sancta Susanna d’abord, d’une durée de trente minutes environ, met en scène le plaisir sensuel qui gagne Sœur Susanna, par une belle nuit de printemps, celle-ci finissant par déshabiller la statue du Christ. Pas de statue ici, mais une grande croix à jardin, et un Jésus de chair et d’os, dans le plus simple appareil, qui avance bras écartés vers une Susanna adoratrice voire amoureuse. En fond de plateau, Adam et Eve rejouent le péché originel, auprès d’un pommier, et un joli ciel bleu ceint de nuages blancs viendra éclairer la conclusion de l’œuvre, baignée dans l’obscurité jusqu’alors. On sent les chanteuses concernées par cette intrigue – Tatiana Serjan (Susanna), Karen Huffstodt (Klementia), Olga Tichina (die alte Nonne) – mais un manque général de projection vocale donne malheureusement trop peu de consistance à leur présence.

« Le Château de Barbe-Bleue », avec Willard White (Barbe-Bleue) et Nora Gubisch (Judith)
© Marc Ginot

Ceci est flagrant avec l’entrée en scène en deuxième partie de Nora Gubisch (Judith) et surtout Willard White (Barbe-Bleue), qu’on entend sans besoin de tendre l’oreille. D’une constante musicalité, la mezzo-soprano passe de la douceur, à l’effroi (on aurait bien aimé un aigu tenu un peu plus longuement au climax de l’ouverture de la 5ème porte), ou la passion, tandis que le baryton-basse semble d’une sérénité à toute épreuve : même si on a pu relever l’usure de ses moyens vocaux dans d’autres rôles, il continue de camper un Barbe-Bleue magistral, hiératique et tout de douleur intériorisée.
C’est également le parti pris de la mise en scène de Scarpitta : pas de bijoux ici, ni armures, sang ou encore vertes prairies, mais uniquement des barres lumineuses qui descendent et remontent des cintres : 7 portes blanches en enfilade au commencement, puis successivement quelques néons rouges, verts ou bleus. Les éclairages blancs, parfois violents, rendent malheureusement très difficile la lecture des surtitres, mais le joli ciel bleu final et la lumière du jour retrouvée, amènent la rédemption après un périlleux parcours initiatique.

François Jestin

Hindemith : SANCTA SUSANNA /
Bartok : LE CHATEAU DE BARBE-BLEUE : le 24 avril 2009 à l’Opéra de Montpellier – Le Corum