Victoria Hall de Genève
Genève : Daniel Barenboim

Daniel Barenboim sera de passage à Genève le 7 août, en compagnie du West-Eastern Divan Orchestra.

Article mis en ligne le juillet 2009
dernière modification le 7 juillet 2009

par Christian WASSELIN

Rien n’est plus épuisant que d’épingler les lieux communs, surtout à une époque telle que la nôtre qui les cultive avec allégresse, faute de savoir
goûter le silence ou de proposer du neuf. Mais quand une expression usée retrouve du sens et de la fraîcheur, quel bonheur !

C’est ainsi qu’on se réjouira sans réserve que Daniel Barenboim soit un citoyen du monde et se propose de démontrer avec une foi émerveillante que la musique peut adoucir les mœurs, même les plus guerrières : « La musique est le langage de la paix », dit-il avec une conviction désarmante. Pour ce faire, Barenboim a eu l’idée lumineuse, il y a dix ans, de réunir au sein du même orchestre des musiciens âgés de treize à vingt-six ans, arabes (venus de Palestine, de Syrie, de Jordanie, du Liban, d’Égypte), israéliens et espagnols. Arabes et israéliens, afin de montrer qu’il est possible de s’entendre, au-delà de la géopolitique ; espagnols, également, pour rappeler la manière dont les Arabes, à partir du huitième siècle, ont fait prospérer une brillante civilisation sur la péninsule ibérique. Le nom de cette formation ? Le West-Eastern Divan Orchestra, nom de baptême inspiré du Divan occidental-oriental de Goethe (1819), un recueil poétique mariant la poésie allemande aux prestiges de la lyrique persane (le mot divan, d’origine turque, veut dire à la fois conseiller du sultan et recueil de poésies).
Tout prédisposait Daniel Barenboim à prendre une pareille initiative. Sa première audace vient en 1981 : cette année-là, Daniel Barenboïm dirige au Festival de Bayreuth. Juif, il n’éprouve aucun ressentiment pour le passé de l’Allemagne car, dit-il, « je ne crois pas à la responsabilité collective ». C’est cette même position qui le poussera à diriger Wagner en 2001 au Festival de Jérusalem.
Depuis 1992, Daniel Barenboim est directeur à vie du Staatsoper de Berlin, mais son Divan est l’une de ses préoccupations majeures. Aidé, au début de l’aventure, par l’écrivain Edward Saïd, sans lequel rien n’aurait sans doute été possible, Barenboim se retrouve seul à la barre depuis la mort de son ami en 2003. Saïd avait « la capacité de tenir le même discours indépendamment de ceux qui l’écoutaient, qu’ils habitent New York, Ramallah ou Paris », aime rappeler Barenboïm.

Concert du 7 août : le West-Eastern Divan Orchestra et Daniel Barenboim

De Weimar à Ramallah
Le Divan a donné son premier concert en 1999 à Weimar, il a ensuite répété à Chicago, mais son port d’attache est aujourd’hui Séville, ce qui, historiquement, va de soi quand on sait combien l’Andalousie a conservé (à Grenade, à Cordoue) des souvenirs de la présence arabe, quand on sait également que le Divan est financé par le gouvernement autonome d’Andalousie et par des mécènes privés. Chaque été, donc, depuis 2002, une centaine de jeunes musiciens répètent à Séville et donnent une série de concerts. Daniel Barenboim défend avec ardeur la mission de son orchestre : « Ce n’est pas pour leur contrepoint savant que nous écoutons les symphonies de Beethoven, c’est parce qu’elles parlent de la condition humaine. Ainsi, quand des violonistes israéliens aident et soutiennent le solo d’un hautboïste égyptien, le sens profond de la symphonie de Beethoven est retrouvé. » L’un des moments les plus bouleversants de l’histoire du Divan fut ce concert donné le 21 août 2005 à Ramallah.
Daniel Barenboim plaide aussi pour la qualité technique et musicale de ses interprètes : le Divan fait partie des meilleurs orchestres de jeunes musiciens de la planète, à l’égal de l’Orchestre français des jeunes, de l’Orchestre des jeunes de la Communauté européenne, de l’Orchestre des jeunes Gustav Mahler ou de l’Orchestre Simon Bolivar emmené par Gustavo Dudamel, qui a lui aussi pour mission de montrer quels sont les pouvoirs civilisateurs de la musique. Plusieurs membres du Divan ont d’ailleurs, au fil des ans, intégré de prestigieuses formations, et l’un de ses contrebassistes fait aujourd’hui partie de l’Orchestre philharmonique de Berlin. Des jardins musicaux ont été par ailleurs créés, à Ramallah puis à Berlin, afin de remarquer les talents chez les enfants les plus précoces et de leur permettre, s’ils le désirent, de faire un jour partie du Divan.
Daniel Barenboim ne prétend pas répondre à toutes les interrogations par la musique. Il veut cependant témoigner, donner l’exemple, montrer que la générosité peut être immédiate, vivante, réelle. Le Divan voyage beaucoup, il sera bientôt à Genève, et l’objectif de son directeur est simple et fou à la fois : faire que l’orchestre puisse aller jouer dans tous les pays dont sont originaires les instrumentistes qui le composent.

Christian Wasselin

7 août (exceptionnellement au Victoria Hall) : WEST-EASTERN DIVAN ORCHESTRA, direction DANIEL BARENBOIM (Liszt, Wagner, Berlioz )