Théâtre de l’Orangerie, Genève
Genève : L’Orangerie en été

Frédéric Polier présente la saison 2009 du théâtre de l’Orangerie.

Article mis en ligne le juillet 2009
dernière modification le 15 juillet 2009

par Julie BAUER

La Saison de l’Orangerie s’annonce originale. Cette année, les spectateurs
prendront place dans la Tour vagabonde, un théâtre élisabéthain qui
transportera le public au temps de Shakespeare. Pour l’occasion, Cymbeline, une pièce peu connue du grand dramaturge, sera au programme, ainsi qu’un grand classique, Cyrano de Bergerac. Frédéric Polier, le directeur de l’Orangerie et metteur en scène de ces deux pièces, a bien voulu répondre aux questions de Scènes Magazine.

Comment porte-t-on deux projets à la fois ?
Les projets ont mûri durant le mois de décembre et on a commencé le travail à la fin du mois de février. C’est une entreprise un peu schizophrène. Dès la fin du mois d’avril j’ai arrêté de mélanger les deux pièces. C’est très clair dans ma tête. Maintenant nous sommes en pleines répétitions de Cymbeline puis, une semaine après le début des représentations de cette pièce, nous commencerons les répétitions de Cyrano. Nous nous consacrerons ensuite totalement à cette deuxième pièce lors des 15 jours de pause ménagés entre les deux spectacles.

Frédéric Polier
© Isabelle Meister

Quelle mise en scène envisagez-vous ?
Il s’agit de deux belles histoires d’amour sur fond de guerre, et de deux objets inclassables, car Cymbeline est une tragédie et une comédie. C’est aigre-doux, c’est une tragicomédie. Quant à Cyrano, Rostand qualifie cette pièce de comédie héroïque. Pour Cyrano, il faut faire parler la pièce. Avec Séverine Bujard, nous allons essayer de faire un Cyrano pas trop cocorico, avec un côté plus rugueux, plus capitaine Alatriste. La Tour vagabonde est un endroit où le public est très proche. On doit prendre cela en compte, penser que le public est celui de l’Hôtel de Bourgogne. Les spectateurs sont aussi des figurants. Le texte d’Edmond Rostand est puissant. Les gens croient le connaître, mais ce n’est pas le cas. Cymbeline nécessite un travail sur le conte. Cette pièce fait partie des quatre dernières romances de Shakespeare. C’est une sorte de pièce expérimentale pour le dramaturge anglais. Elle est atypique, mais on y retrouve tout de même les principaux thèmes shakespeariens. Les personnages sont toutefois moins manichéens, il y a plus de gris. C’est une histoire épique, pleine de rebondissements. C’est une pièce sur le pardon, la rédemption. L’auteur change de style, mais pas de manière d’écrire. Plutôt que de vouloir imprimer quelque chose sur la pièce, je veux creuser cette histoire, laisser parler la pièce. C’est, à la façon de Grüber, « un geste latéral » par rapport à l’œuvre.

Pourquoi avez-vous décidé de mettre en scène Cymbeline ?
Cela fait quinze ans que je veux monter Cymbeline, c’est une belle histoire. Shakespeare a écrit 37 pièces. On joue souvent les mêmes dix qui reviennent. Après Songe d’une nuit d’été, j’ai hésité. Je pense que, pour le public genevois, c’est intéressant de la découvrir. Elle n’a jamais été montée ici. Ensuite, j’ai cherché une deuxième pièce qui corresponde à cet espace de la Tour vagabonde. Il est difficile de trouver des auteurs à jouer dans ce décor. Finalement, en voyant le lieu, j’ai eu une illumination : Cyrano s’imposait.

Quelles sont les contraintes pour adapter le jeu au lieu ?
Le lieu est porteur. Le rapport change. Il n’y a pas de quatrième mur imaginaire comme dans les théâtres traditionnels. La scène n’est pas très grande, on utilise aussi les différents niveaux de la structure. Il n’y a pas de séparation évidente entre la salle et la scène. Il faut aussi effectuer un travail sur les hauteurs. Les pièces ont été écrites pour utiliser ces différents niveaux. On va essayer de faire ressurgir la poésie shakespearienne. Cymbeline est une pièce extrêmement moderne. Certaines scènes ont l’air d’avoir été écrites cent ans plus tard. C’est une pièce troublante, différente, on se laisse porter par elle.

La Tour Vagabonde
© Mireille Bailly

Un mot sur la tour vagabonde ?
J’ai fait une fixette sur cette tour. J’ai rencontré les gens de La Fondation « La Tour vagabonde » à Fribourg qui ont déjà fait voyager cette structure à Paris ou à Bruxelles mais qui, bizarrement, n’était jamais venue à Genève. Le plus compliqué c’était de la faire venir, de convaincre les gens. Ce fut une longue saga pour obtenir les autorisations diverses, puis Manuel Tornare a donné son aval. De plus, les travaux de rénovation de l’Orangerie empêchaient la tenue de tout spectacle. Mais je tenais à rester à proximité, c’est-à-dire au Parc de la Grange, car le public est désormais habitué à ce lieu et peu d’endroits peuvent accueillir une telle tour.

A part les deux pièces de théâtre dont nous avons parlé, quels spectacles seront présentés à l’Orangerie ?
Jacques Michel et Véronique Ros de la Grange avec la Compagnie « Où sommes-nous ? » proposeront durant quatre lundi en août le spectacle Jacket’s Balkans Bazar qui s’articule autour de textes balkaniques. Il y aura aussi un concert-spectacle autour de Violeta Parra, la grande chanteuse chilienne décédée. C’est Michele Millner qui interprétera ses chansons. Philippe Koller proposera un projet musical avec un narrateur, Thierry Jorin. L’histoire s’inspirera de La mort de l’aventure de Georges Simenon. Enfin, en fin de saison, Claude Thébert montera un spectacle autour du peintre-écrivain Gaston Chaissac.

Propos recueillis par Julie Bauer

Infos : http://www.lorangerie.biz/
L’Orangerie, Théâtre d’été, du 27 juin au 12 septembre.
« Cymbeline » du 27 juin au 3 août, « Cyrano de Bergerac », du 15 août au 12 septembre.