Palais Lumière, Évian
Évian : Rodin et les arts décoratifs

L’exposition du Palais des lumières éclaire ce moment de convergence exceptionnelle entre les différents domaines de l’activité de Rodin.

Article mis en ligne le juillet 2009
dernière modification le 30 septembre 2009

par Françoise-Hélène BROU

La Ville d’Evian en collaboration avec le Musée Rodin de Paris et de Meudon expose au Palais Lumière un aspect peu connu de l’art de Rodin, celui des arts décoratifs.

Cette idée s’est imposée aux organisateurs en raison de la participation de Rodin aux travaux de la Villa Sapinière à Evian où il réalisa un décor original. Grâce aux cent soixante-huit œuvres présentées, dont la plupart sont méconnues, le public a l’opportunité de découvrir la place et l’importance de Rodin dans l’univers des arts décoratifs de la fin du XIXe siècle.

Empreinte
En 1892, époque où Evian devient un lieu de villégiature très prisé, le Baron Jonas Vitta, riche banquier et soyeux lyonnais, décide de construire une résidence au bord du lac. Il confie cette mission à l’architecte Jean Camille Formigé qui réalise des plans inspirés de la Renaissance italienne. Décédé la même année, le Baron Vitta ne connaît pas l’aboutissement de son projet.
Sa veuve et son fils aîné, le Baron Joseph, continuent l’aménagement et la décoration de cette villa dans un style artistique novateur. Joseph Vitta est amateur d’art contemporain et l’ami de nombreux artistes. Parmi eux des sculpteurs : Auguste Rodin, Georges Gardet et Alexandre Charpentier, des peintres et graveurs : Paul-Albert Besnard, Félix Bracquemond et Jules Chéret. « J e voudrais depuis longtemps, écrit le baron Vitta à Rodin en 1899, avoir une œuvre de vous dans notre villa d’Evian », il commande en effet à l’artiste quatre œuvres en bas-relief pour le vestibule : deux tympans en pierre d’Estaillade, placés au-dessus des portes, et deux imposantes jardinières.

On oublie souvent qu’à ses débuts Rodin est contraint de travailler, pour se nourrir, comme ouvrier payé à l’heure dans des ateliers de sculpteurs ornemanistes et chez divers décorateurs. Il participe par exemple à de grands chantiers comme celui du Théâtre des Gobelins, en 1864, ou de la Bourse de Bruxelles, vers 1870. Puis en 1879, il intègre la Manufacture nationale de porcelaine de Sèvres jusqu’en décembre 1882. Le céramiste qu’il fut au printemps de sa renommée a laissé dans chacun de ses ouvrages la profonde empreinte de sa personnalité. C’est dans ce contexte artistique particulier qu’il met au point une technique de variation des compositions à partir de figures identiques, qu’il décline en séries.

Convergence exceptionnelle
De cette expérience naîtront ses procédés d’assemblage, de démultiplication ou de fragmentation, en totale contradiction avec l’académisme d’alors. C’est d’ailleurs lors de son passage à la Manufacture de Sèvres, et grâce aux relations qu’il y a nouées, que Rodin reçoit sa première commande importante de l’Etat : la Porte de l’Enfer, chef-d’œuvre inachevé relevant de la décoration monumentale, destiné à orner la façade d’un futur Musée des Arts décoratifs.
L’exposition du Palais des lumières d’Evian éclaire ce moment de convergence exceptionnelle entre les différents domaines de l’activité du sculpteur. Chaque pièce : céramique, bronze, plâtre, gravure, sculpture en bas-relief ou en ronde-bosse, affirme le désir de l’artiste d’intégrer son art au décor de la vie quotidienne tout en abordant la délicate problématique de l’unité des arts, débattue par de nombreux théoriciens et esthètes de cette époque.
Enfin le Palais des Lumières, anciens thermes construits au début du XXe siècle, offre un écrin particulièrement spectaculaire à la découverte d’un pan de l’œuvre de Rodin dont on minimise traditionnellement l’importance.

Françoise-Hélène Brou

« Rodin, Les Arts décoratifs ». Palais Lumière Evian, Quai Albert Besson, Evian.
Du 13 juin au 20 septembre 2009. Tous les jours de 10h30 à 19h. (sauf le lundi). A l’occasion de cette exposition, la Villa La Sapinière sera ouverte au public.
www.ville-evian.fr