Film de septembre 2009 : “Antichrist“

Film sulfureux du dernier Festival de Cannes, Antichrist a valu un Prix d’interprétation féminine méritée pour une actrice qui ose se mettre à nue, au sens propre et figuré.

Article mis en ligne le septembre 2009
dernière modification le 29 janvier 2012

par Firouz Elisabeth PILLET

Antichrist


de Lars von Trier, avec Charlotte Gainsbourg, Willem Dafoe. Danemark/Etats-Unis, 2009.

Abattue par la mort accidentelle de son enfant pendant qu’elle faisait l’amour avec son mari, une femme accepte de confier ses peurs et ses doutes à son mari, thérapeute, afin de poursuivre son deuil.
Film sulfureux du dernier Festival de Cannes, Antichrist a valu un Prix d’interprétation féminine méritée pour une actrice qui ose se mettre à nue, au sens propre et figuré. Pour lui donner la réplique, un Willem Dafoe troublant et énigmatique, envoûtant et charismatique, comme on ne l’avait pas vu depuis La dernière Tentation du Christ, un autre film qui bouleversé les codes et créé l’émoi. Cette fois-ci, les cohortes de catholiques intégristes encensant les files d’attente devant les cinémas ne sont pas au rendez-vous mais s’ils savaient ...

Charlotte Gainsbourg dans « Antichrist » de Lars von Trier

Le film s’ouvre sur une scène d’amour filmée au ralenti, sous la douche, l’eau ruisselant sur ces corps entrelacés. En alternance, on assiste à la chute annoncée de leur bambin qui se défénestre alors que les flocons de neige jonchent la chaussée. La mère lance un coup d’œil alors que son mari l’étreint… Un clin d’oeil que l’on finira par comprendre qu’à la fin du film. Un film qui ne dure qu’une heure trois-quarts mais paraît une éternité. Le couple part, sac à dos et provisions, à travers la forêt, dans leur cabane secondaire. Au fil du temps, la forêt qui angoisse la femme semble changer de cible ; l’époux thérapeute accumule les observations inquiétantes. A l’image de l’affiche, certaines scènes peuvent choquer, frisant le sadomasochisme ; âmes sensibles s’abstenir.
La fille de Gainsbarre prouve ici, après des années de jeux pudiques, qu’elle a de qui tenir dans le domaine de la provocation et qu’elle ose se dévoiler complètement et franchir les frontières de la décence. Lars von Trier entretient un cinéma souvent hermétique, difficile d’accès mais pas totalement inaccessible. Chef de file du Dogma scandinave, le cinéaste danois nourrit ses films de références. Avec Antichrist, on perçoit en filigrane les références judéo-chrétiennes, essentiellement bibliques. Suivant une sorte de chemin de rédemption expiatoire, le couple s’enfonce dans une incompréhension de plus en plus opaque et dans une autodestruction qui meurtrit le spectateurs.
Les scènes de nudité deviennent presque anodines par rapport à la violence psychologiques des sentiments exprimés. Le film a créé l’esclandre sur La Croisette et a été violemment attaqué pour sa vision misogyne de la femme comme incarnation du Mal ou assimilée à une sorcière. Révéler la chute serait regrettable pour les spectateurs qui s’aventureraient à aller voir le dernier opus de Lars von Trier. Pour les téméraires qui iront jusqu’au générique de fin, sachez que les découvertes du thérapeute lui permettront, comme à nous spectateurs, d’obtenir une clef de lecture inattendue et révélatrice. A noter que les vingt dernières minutes sont quasiment insoutenables. Le film dérange, perturbe et nécessite plusieurs jours de digestion.

Firouz-Elisabeth Pillet