Film de septembre 2009 : “Looking for Eric“

Une fois de plus, avec Looking for Eric, Ken Loach offre sa poésie, son humour si savoureux, et sa manière si juste de croquer les petites gens.

Article mis en ligne le septembre 2009
dernière modification le 29 janvier 2012

par Firouz Elisabeth PILLET

Looking for Eric


de Ken Loach, avec Eric Cantona, Steve Evets. France/ Royaume-Uni, 2009.

Looking for Eric, sélectionné en compétition au Festival de Cannes 2009, a permis à son auteur de retrouver ses habitudes sur La Croisette : Ken Loach, habitué du festival, y a remporté la Palme d’or en 2006 pour Le Vent se lève, relatant la guerre d’Indépendance de l’Irlande. En 1997, Eric Cantona quittait les terrains de football, au grand dam de ses supporters de Manchester. Il s’est reconverti depuis dans le septième art mais les rôles qu’on lui confie ne marqueront pas la mémoire des cinéphiles. Avec Looking for Eric, le comédien endosse un rôle qui lui sied à ravir et pour cause… puisqu’il incarne son propre personnage.
Comme à l’accoutumée, Ken Loach nous ravit par sa poésie, son humour si savoureux, sa manière si juste de croquer les petites gens.
Eric Bishop, postier à Manchester, traverse une mauvaise passe. Ses deux beaux-fils se livrent impunément à de petits trafics en tous genres, sa fille lui reproche de ne pas être à la hauteur et sa vie sentimentale est un désert. Il songe à la femme de sa vie qu’il a quitté à peine épousée, il y a plus de trente ans. Malgré la franche camaraderie et la bonne humeur de ses collègues postiers qui font tout pour lui redonner le sourire, rien ne le déride jusqu’au jour où Eric s’adresse à son idole qui, du poster sur le mur de sa chambre semble l’observer d’un œil malicieux. Que ferait à sa place le plus grand joueur de Manchester United ? Eric en est persuadé, le King Cantona peut l’aider à reprendre sa vie en mains et redonner un sens à sa vie. Peu à peu, le King devient le coach sportif, psychologique, émotionnel et relationnel d’Eric, le tout ponctué par les savoureuses répliques à l’humour so british.

« Looking for Eric » de Ken Loach

Contrairement à ce qui se passait pour ses précédentes réalisations, Ken Loach n’est pas ici l’unique démiurge du film ; en effet, Eric Cantona et ses frères avaient préparé un scénario pour la société de production française Why Not (qui produit les films d’Arthur Desplechin, de Bruno Podalydès, de Jacques Audiard et des frères Dardenne). Le sujet s’inspire d’un vrai fan qui avait suivi Eric quand celui-ci avait été transféré de Leeds United à Manchester United, perdant au passage son travail, ses amis et sa famille. Les frères Cantona ont travaillé sur le synopsis et directement exprimé le souhait qu’il soit lu par Ken Loach. Il leur semblait primordial que le film soit réalisé par un cinéaste britannique et en Angleterre car la relation des fans à leur idole y a quelque chose de particulier.
Mais il n’est pas nécessaire de connaître les coulisses du monde footbalistique pour apprécier ces deux heures de poésie car le film se fonde essentiellement sur l’amitié, la solidarité, et est plein d’auto-dérision. Une chose est certaine : il ne s’agit pas d’un documentaire sur le King de Manchester qui rayonne dans ce rôle jubilatoire où il prouve avec aisance et naturel, à qui en douterait encore, que sa reconversion est réussie.
De son côté, Steve Evets a connu un parcours assez similaire à son personnage : issu d’un milieu modeste, il s’engage dans la marine marchande, se marie jeune, foire son mariage, est licencié et voue un passion à Eric Cantona… Evets ignorait jusqu’au début du tournage qu’il donnerait la réplique à son idole, d’où la fraîcheur et la véracité des échanges et des moments de complicité entre les deux hommes.
On ressort agréablement surpris de la projection, tant par l’originalité du sujet qui ne vire jamais au culte égocentrique – ce qu’on aurait pu redouter – que par le jeu de Cantona à qui on souhaite de décrocher de belles propositions à venir, à la mesure de son talent.

Firouz-Elisabeth Pillet