Opéra du Rhin
Strasbourg : “Werther“

Superbe production que ce Werther proposé par l’Opéra du Rhin !

Article mis en ligne le septembre 2009
dernière modification le 23 septembre 2009

par Eric POUSAZ

Pour la dernière nouvelle production de son directorat, Nicholas Snowman, qui quitte le navire au début de l’été, a fait un cadeau royal au public alsacien sous la forme d’une nouvelle production enthousiasmante du Werther de Massenet. Un véritable morceau d’anthologie.

On a souvent reproché au compositeur français d’avoir affadi le propos du roman de Gœthe. C’est lui faire un mauvais procès, comme le prouve le grand chef français Michel Plasson à la tête d’un Orchestre symphonique de Mulhouse des grands jours. Sous sa direction précise et remarquablement équilibrée, le langage de Massenet dévoile toute sa modernité par son aptitude à gommer les ruptures entre les airs pathétiques et les intermèdes de ton plus léger : l’opéra se mue alors en vrai roman musical dont les structures sont en constant renouvellement formel. Les solos des instruments à vents, d’une fluidité étonnante qui rivalise avec l’expressivité des voix sur le plateau, ajoutent au commentaire souvent compact des cordes une touche de couleur délicate qui crée chaque fois un climat spécifique. Malgré une certaine rapidité de tempi, le chef sait faire respirer cette musique et n’en accentue jamais inutilement les tournures faciles qui parsèment son discours. Ainsi le spectateur d’aujourd’hui comprend-il pourquoi Massenet, malgré tous les préjugés qui l’entouraient de son temps déjà, était un musicien admiré de ses pairs les plus exigeants pour son art de l’instrumentation.

Béatrice Uria-Monzon est Charlotte
Photo Berard © DR

Vocalement, la distribution est sans faille. Certes, Paul Goves ne dispose pas de l’aigu triomphant des ténors italiens se plongeant sans retenue aucune dans ce rôle en or. Mais quel legato et quel art de la diction finement sculptée ! Son Werther fait vibrer chaque tournure grâce à un phrasé d’une délicatesse qui donne aux mots un poids dramatique constamment renouvelé. Béatrice Uria-Monzon en Charlotte ne le lui cède en rien : son timbre sombre s’allège avec aisance dans l’aigu comme dans le forte et évite ces grossissements vocaux qui rendent la ligne de chant de ce personnage souvent vulgaire. Sa sœur Sophie est incarnée par une Hélène Guilmette vif-argent dont le timbre délicieusement aiguisé caracole avec une aisance déconcertante sans rien perdre de son éclat. Marc Barrard est un Albert sympathique, au chant retenu, d’une bienvenue subtilité d’accents. Les personnages secondaires ainsi que les Petits Chanteurs de Strasbourg se mettent au diapason de ce plateau exceptionnel et comblent les attentes les plus exigeantes.

Hélène Guilmette est Sophie

Marianne Clément, dont les nombreuses mises en scène tant à l’Opéra de Lausanne qu’au Théâtre Municipal de Berne remportent toujours un vif succès, propose une relecture fort sage du mythe de Werther. Elle renonce à toute modernisation des décors et des costumes (dessinés par Julia Hansen) et concentre son intérêt sur les comportements, les regards et ces divers petits gestes qui trahissent les sentiments avec plus de précision que les mots. Fort sage, cette approche scénique repose des excès vus ailleurs mais déçoit aussi par la vacuité de son esthétisme ; la propension marquée de la metteuse en scène à meubler tous les espaces vides l’amènent à une surcharge visuelle qui s’avère parfois même contraire à l’esprit de la musique, comme dans ces trop nombreuses séquences où des films vidéo d’une affligeante banalité exploitent comme une vulgaire bande-son des intermèdes symphoniques que l’on préférerait entendre simplement à rideaux fermés.

Eric Pousaz