Festival de Locarno
Locarno : Festival 2009

Tour d’horizon du Palmarès de la édition du festival tessinois.

Article mis en ligne le octobre 2009
dernière modification le 24 octobre 2009

par Firouz Elisabeth PILLET

La 62ème édition du festival tessinois se termine avec la remise du Léopard d’Or à She, a chinese, un film de la réalisatrice chinoise vivant en Grande-Bretagne Xiaolu Guo qui ne figurait pas parmi les favoris. Le verdict semble découler du manque d’entente entre les jurés plus que d’un réel enthousiasme de ces derniers qui n’ont d’ailleurs pas su expliquer ce choix.

She, a Chinese, deuxième long-métrage de la Chinoise Xiaolu Guo, a quelque peu déconcerté le public de la fameuse Piazza Grande en ce soir du samedi 15 août. En septembre, auréolé Locarno cuvée 2009, ce portrait somme toute conventionnel d’une jeune Chinoise a ainsi figuré au sein de la réunion de professionnels et d’acheteurs la plus importante du monde : le Festival de Toronto, où il a été sélectionné. Le festival tessinois y avait d’ailleurs tout bénéfice puisque cela lui permettait une visibilité internationale. She, a chinese relate l’histoire du voyage de la jeune Mei, qui, fuyant son village natal, se retrouve confrontée à la réalité brutale des grandes villes. En Chine d’abord, puis à Londres où elle finit par épouser un vieillard. Un parcours classique pour nombre de femmes des pays émergents, une histoire qui fleure le ressenti empirique, puisque la réalisatrice, née en Chine dans une région rurale, vit aujourd’hui en Angleterre. Après avoir étudié le cinéma à Pékin, la réalisatrice a terminé sa formation dans la capitale britannique. La jeune femme cumule les casquettes : romancière, Xiaolu Guo, née en 1973, a reçu plusieurs prix pour ses documentaires et ses longs métrages de fiction, dont How is your Fish Today ?, remarqué au Festival de Fribourg en 2007.

« She, a Chinese » de Xiaolu Guo, Léopard d’Or 2009

Ce choix surprenant et imprévisible a porté un coup aux pronostics de la presse et aux coups de cœur du public, qui allaient à Summer Wars, un film d’animation japonais qui narre les dérèglements de la cité virtuelle de Oz et dont la consécration aurait été en adéquation avec la rétrospective Manga Impact organisée en exclusivité cette année par le festival, et chère à Frédéric Maire, qui a mis un point d’honneur a mêler les modes d’expression artistiques, se faisant un plaisir particulier à laisser libre cours aux correspondances entre septième art et musique, arts plastiques et dessins animés. La rétrospective manga a permis aux festivaliers de visionner quelques 70 œuvres.
Le festival s’est ouvert avec la reprise d’un film musical, Vitus, accompagné par un concert classique, et s’est clôturé par un autre film musical, Chingisiyn Hoyor Zagal, racontant la quête de Urna, grande chanteuse mongole, qui recherche les paroles d’une chanson traditionnelle, bannie lors de la révolution culturelle, et dont elle a retrouvé des bribes gravées sur le manche d’un des fameux violons à tête de cheval. Après la projection, Urna a d’ailleurs chanté sur la Piazza Grande, expliquant l’importance de reconstituer l’identité mongole.

« Akademia Platonov » de Filippos Tsitos

Pour cette 62e édition, la quatrième et dernière dirigée par Frédéric Maire, le choix du jury officiel a contrasté avec celui des autres jurys, notamment le public qui a plébiscité Giulias Verschwinden, de l’Alémanique Christoph Schaub, une comédie douce-amère sur les petites avancées du temps auprès d’un groupe d’amis quinquagénaires. Les journalistes, convaincus d’avoir déceler les perles rares lors des projections de presse, annonçaient comme favoris Akademia Platonos, comédie-fable réussie d’un cinéaste grec sur les préjugés et l’immigration et A Religiosa portuguesa, un long métrage audacieux porté aux nues sur le don de soi dans lequel les acteurs scandent leur texte, un film filmant Lisbonne de manière majestueuse. Egalement retenu, The Search, qui relate la quête virant au comique d’un réalisateur parti chercher sur les hauts plateaux de l’Himalaya des acteurs capables d’interpréter les rôles-titres dans un opéra traditionnel tibétain. Cocasse et empli d’humour, cette fable avait suscité beaucoup d’enthousiasme.
Marco Solari, président du festival, a souligné combien Locarno reste un festival qui prend la défense des films et de ceux qui les font, et pas le glamour, le strass et les paillettes, emblématiques d’autres festivals. Le directeur a insisté sur le fait que Frédéric Maire, depuis 2005, a su marché dans les traces de ses prédécesseurs, en confortant Le Festival de Locarno dans son rôle de découvreur de talents. Les rumeurs festivalières qui brossait le Festival de Zurich comme un concurrent inquiétant de Locarno – soulignant le nombre croissant de sponsors sur les rives de la Limmat et la présence de stars de renom – ne semble pas inquiéter la manifestation tessinoise. Pourtant, la baisse de fréquentation de 12% semblerait alimenter ces rumeurs. Mais il faut reconnaître que depuis quelques éditions, les stars hollywoodiennes se font rares à Locarno, qui table sur d’autres valeurs. Dont la production nationale.

« The Search » de Perna Tseden

La passation de pouvoir a été d’une sobriété désopilante, voire frustrante : Frédéric Maire, après avoir reçu un bouquet de fleurs amené sur la scène de la piazza Grande par sa fille de six ans, Kira, a accueilli le nouveau directer, Olivier Père. Ce dernier s’est contenté d’une accolade à Frédéric Maire et a refusé de s’exprimer. Pourtant cet habitué des projecteurs ne devait pas être impressionné au point d’en rester muet puisqu’Olivier Père a dirigé la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Le nouveau directeur a refusé toute interview jusqu’en septembre, mois de sa prise de fonction à Locarno. Quant à Frédéric Maire, il suit les pas de Freddy Buache à la tête de la Cinémathèque suisse, à Lausanne, où il entre en fonction dès octobre.
Tout semble se profiler sous d’heurex auspices à Locarno. Reste toutefois une inconnue pour le nouveau directeur : comment le Français va-t-il s’adapter au fédéralisme suisse et au multilinguisme, si manifestes à Locarno ? Réponse l’an prochain lors de la 63e édition.

Firouz-Elisabeth Pillet