Grand Théâtre de Genève
Genève : “L’Etoile“

Jérôme Savary met en scène L’Etoile au Grand Théâtre. Rencontre.

Article mis en ligne le novembre 2009
dernière modification le 26 novembre 2009

par Isabelle VON HILDEBRAND

L’Etoile de Chabrier sera à l’affiche du Grand Théâtre de Genève en novembre et décembre 2009. Un pari audacieux selon le directeur Tobias Richter, mais fort prometteur entre les mains de Jérôme Savary. Rencontre avec un magicien de la scène.

Un opéra en vogue
Opéra bouffe en trois actes, L’Etoile laisse les spectateurs perplexes lors de sa création en 1877. Emmanuel Chabrier signe alors sa première œuvre importante qui nous emmène dans un univers où règne une douce folie avec des personnages loufoques. Le roi Ouf 1er recherche un sujet à faire exécuter le jour de la Saint-Ouf, ainsi que le veut la tradition.
Tobias Richter a choisi de programmer cet opéra qui revient en vogue – il sera à l’affiche du Staatsoper de Berlin en 2010 – afin d’en faire découvrir sa dimension féerique. « Il s’agit d’un véritable défi de création autant sur le plan technique qu’artistique. En recourant à Jérôme Savary pour la mise en scène, je suis certain de faire ressortir les aspects ironique, surréaliste et poétique de cette comédie. Je voulais retrouver une collaboration étroite avec Jérôme Savary et Ezio Toffolutti. Et puis, il n’est pas aisé de programmer des ouvrages, qui bien que précieux, sont moins connus du grand public. Auparavant, nous bénéficions d’un filet de sécurité avec les abonnés. De nos jours, il faut assurer la production afin que le bouche-à-oreille fonctionne. »

Une mise en scène picturale
« Lorsque Tobias Richter m’a proposé de mettre en scène L’Etoile, je suis immédiatement parti à Venise dans l’atelier d’Ezio. On a travaillé ensemble, on a écouté l’œuvre du début à la fin en essayant de trouver des idées. Pour finir, je suis devenu co-décorateur et Ezio, co-metteur en scène » explique Jérôme Savary. « J’ai voulu mélanger les univers surréaliste et dadaïste avec celui de Alice au pays des merveilles. A mon sens, L’Etoile de Chabrier préfigure la révolution culturelle et picturale qui arrivera quarante ans plus tard. » Ainsi, Ezio Toffolutti s’est inspiré de tableaux de Fernand Léger, Mirò ou Matisse pour la création des costumes et des décors. De même, le fauteuil du pal est directement issu d’une toile cubiste de Picasso. Quant au pal lui-même, il sera représenté sous la forme d’un crayon de couleur géant qu’il faut entretenir régulièrement à l’aide d’un taille-crayon.

La magie en coulisses
Une fois n’est pas coutume, pour des besoins techniques, la troupe a répété dans les ateliers de décors : un piano a été installé et les techniciens ont nettoyé l’atelier afin que les chanteurs ne souffrent ni de la poussière ni de la sciure de bois. « Nous avons adoré réunir les différents acteurs et les impliquer davantage dans cette aventure ! Tous les corps de métiers se sont investis avec une énergie incroyable » s’exclame Savary. En effet, le Grand Théâtre demeure un des derniers bastions de production lyrique où tout est construit sur place.
Savary aborde la question de la direction des chanteurs avec souplesse. Il estime qu’il ne faut pas se figer sur une chorégraphie préétablie. Il s’agit bien entendu de respecter le bon déroulement de l’intrigue et de travailler sur la mise en espace mais le chanteur doit se concentrer sur sa colonne vertébrale et sa voix. En fin de compte, le chant finit par transcender et sublimer la mise en scène. Et Tobias Richter de rajouter « La difficulté consiste à trouver une distribution cohérente, des chanteurs avec du charisme, une présence. Le metteur en scène doit ensuite avoir le métier, la sensibilité pour travailler avec ces personnalités. Il devient alors le magicien qui anime l’histoire. » Magicien, terme qui qualifie admirablement Jérôme Savary, qui se définit lui-même ainsi : « Je suis l’homme de la renaissance du confetti, du serpentin et de la paillette. »
Nul doute, le metteur en scène fera sortir un petit bijou de son chapeau, un moment de bonheur et de rire dans le froid hivernal genevois. A déguster sans modération les 4, 6, 9, 11, 13, 15 novembre et 23, 27, 29 et 31 décembre 2009.

Isabelle von Hildebrand

Plus de renseignements : www.genevaopera.ch ou + 41 22 418 31 30