A Genève et Evian
Genève & Evian : Laurent Korcia & L’OCG

Rencontre avec un musicien d’une rare maîtrise, et d’un grand charisme.

Article mis en ligne le novembre 2009
dernière modification le 2 décembre 2009

par Beata ZAKES

Le 24 novembre prochain, Laurent Korcia, un artiste peu ordinaire, se
produira devant le public genevois. Le 25 novembre, il sera en concert à Evian, à la Grange au Lac. Rencontre avec une personnalité aussi médiatique que polyvalente.

Il a raflé le meilleur du palmarès classique, monté les marches de l’Olympia sans trébucher, et même « empêché de dormir » les guests du talk show polémique de Marc-Olivier Fogiel… Difficile de croire que celui qui aborde le répertoire de la « musique sérieuse » avec la même aisance que tous les autres registres, ait gagné sa polyvalence au rythme de sept heures d’exercices par jour ! Car il semble impossible d’arriver à une telle maîtrise, un tel charisme, simplement par un travail régulier…
Autrefois l’on traitait Paganini d’apprenti sorcier, aujourd’hui, Laurent Korcia séduit les publics de tout âge et tout horizon, par une mixture parfaitement dosée de son angélique et d’une agilité digne de Lucifer !

Son répertoire
«  Il n’y a pas de grande et de petite musique, en fait les différences sont minimes. Tout est affaire de style, d’interprétation ! ». Ainsi, Laurent Korcia est-il tout à fait capable de donner un récital solo classique à midi et de swinguer, jazzer ou se déhancher dans un tango passionné en soirée. Mais ce qui l’intéresse vraiment, c’est de trouver des correspondances, de juxtaposer et faire dialoguer des compositeurs longtemps cloisonnés dans leur époque, enfermés dans leurs techniques, constrastés dans leur approches… Son disque intitulé Doubles jeux le démontre : le violoniste y fait se rencontrer des noms apparemment aussi éloignés que Stephane Grappelli, Maurice Ravel et Béla Bartók. Quelques pages célèbres de Claude Debussy, Gideon Klein et Michel Legrand y figurent, dans une nouvelle lumière. L’on devrait similairement mentionner les chansons de Jules Massenet, dont l’interprétation a été confiée à… Jean-Louis Aubert, une nouvelle lecture, très puissante dans son climat sombre, intime et rêveur.

Laurent Korcia
© Andres Reynaga

Un autre projet discographique réunit des musiques de cinéma. S’offre à écoute une version très rythmée de Mission impossible ou une interprétation tout à fait « à l’eau de rose », car fragile et languissante, de Someday your prince will come… « Je fais les choses que j’ai envie de faire », se justifie le musicien dans une interview pour la TV française. « C’est le disque que j’avais envie d’entendre. On fait les choses qui nous touchent. Ça m’amuse d’essayer. Le violon m’a fait rêver. Proposer ces musiques sur un disque, sans contexte, permet aux auditeurs de développer leur imagination, de se faire leur propre histoire. » Pour Laurent Korcia, la musique n’a pas de limites : il se soucie peu de « ce qu’on pourrait dire ». Sa popularité sans égal parmi ses auditeurs lui permet de proposer des adaptations vers une musique plus légère ; ainsi peut-il tordre le coup aux idées puristes. « La musique parle de l’émotion ; et l’émotion c’est quelque chose que l’on ne peut pas dompter. Il y a les gens qui vous donnent la chair de poule et les gens qui vous laissent indifférent » argumente l’artiste. Il sait qu’il peut se compter parmi les premiers....

Ses fréquentations
Musiciens ou mélomanes, que tout le monde soit prévenu : Laurent Korcia a souvent été qualifié de « bête noire pour les orchestres routiniers et les chefs d’orchestre pressés ». Il est un des rares violonistes contemporains à donner des récitals en solo. Mais cela ne veut absolument pas dire qu’il cultive un côté misogyne ou sauvage, il n’a rien d’un loup solitaire. En parfait Français, il développe les contacts, marque les rencontres et s’engage dans de nombreuses collaborations. En soliste-concertiste, il s’est produit sous la baguette de Semyon Bychkov, Jean-Claude Casadesus, Charles Dutoit, Jean-Jacques Kantorow, Emmanuel Krivine, Kurt Masur, Michel Plasson ou Vladimir Spivakov. Il a collaboré avec quelques artistes classiques d’avant-garde comme le jeune violoniste serbe Nemanja Radulovic, une vraie étoile montante de l’archet. Il a créé une Sonate pour violon et piano de Fazil Say, dans l’album Say plays Say, paru chez Naïve. Sur l’écran d’un film de Bruno Monsaingeon, intitulé L’Art du violon, il apparaît aux côtés de Itzhak Perlman, Yehudi Menuhin ou encore David Oïstrakh. Dans un autre registre, nous le savons déjà, il a fait découvrir l’univers du chant classique à Jean-Louis Aubert. Il a également accompagné, en concert, la charmante et exotique chanteuse-guitariste Ayo... Cette liste n’est pas exhaustive, mieux vaut se dire ce n’est qu’un début…

Son violon
Laurent Korcia joue actuellement sur le Zahn, un Stradivarius de 1719 qui lui est prêté par le groupe LVMH-Louis Vuitton-Moët-Hennessy. C’est un instrument unique dont le musicien reconnaît la valeur : «  Ce qui est beau avec cet instrument, c’est qu’il n’a pas de limites ! » Et l’artiste soigne cet outil extraordinaire, par exemple, en refusant de le sortir de sa caisse quand la température dans un studio de photos est inférieure à ce que l’instrument pourrait supporter… N’est-ce pas un grand amour ?
A l’affiche du concert de Genève, un menu tout à fait classique : Dvorák, Chostakovitch, Tchaikovsky. Ceux qui s’attendent à une soirée ordinaire… seront certainement déçus. Pour les mélomanes d’une autre date, il est peut-être temps de découvrir la musique label « YouTube »… Ils finiront peut-être par partager l’avis d’un bloggeur, fan de Laurent Korcia : « Pffff sa c dla musik chair de poul garanti ! »

Beata Zakes


- 24 novembre, avec L’OCG, dir. Nicolas Chalvin. BFM à 20h30 (loc. 022/807.17.96)

- 25 novembre, à La Grange au Lac, à Evian

- Discographie sélective : Cinéma, chez EMI Classics (2009), Doubles jeux, chez Naïve (2006), Danses (Grappelli, Brahms, Ravel, Piazzola, Dvorak, Abéniz…) chez Naïve (2004), Tzigane (le violon d’Europe centrale). Bartók, Bloch, Enescu, Ravel, Janácek. RCA Red Seal (2000).