Journées de Théâtre Contemporain 2009
Genève et Lausanne : Journées de Théâtre Contemporain

Fin novembre, à Genève et Lausanne, auront lieu les Journées de Théâtre Contemporain.

Article mis en ligne le novembre 2009
dernière modification le 9 décembre 2009

par Rosine SCHAUTZ

Evénement de trois jours (26, 27, 28 novembre) durant lesquels une dizaine de compagnies de Suisse romande présenteront leurs récentes créations, dans six théâtres de Genève et de Lausanne, cette plate-forme a pour objectif de soutenir en Suisse et à l’étranger la diffusion du théâtre romand.

Si elle s’adresse principalement aux programmateurs, elle est ouverte au public, qui aura ainsi la possibilité de découvrir des spectacles très divers, sélectionnés avec soin spécialement pour cette occasion. Ces journées sont organisées en partenariat avec six théâtres de Genève et Lausanne, le Théâtre du Grütli, le Théâtre de l’Usine, le Théâtre Saint-Gervais, le Théâtre 2.21, la Grange de Dorigny, et l’Arsenic.

L’idée de ces rencontres 
Il y a quelques années, Pro Helvetia avait mis sur pied des journées de théâtre contemporain, à l’occasion du festival de la Bâtie. Mais elles n’ont pas été reconduites pour plusieurs raisons, dont le manque d’expérience des organisateurs dans la diffusion du théâtre indépendant.
Aujourd’hui, les théâtres et les compagnies de Suisse romande ont une réelle volonté de faire venir les professionnels à leurs créations, notamment pour organiser des tournées. De fil en aiguille est née l’idée d’une sorte de marathon de théâtre dans lequel chaque spectateur pourra, dans un laps de temps très réduit, voir un maximum de productions théâtrales. Du côté des créateurs et des acteurs, cela donne la possibilité de tisser des liens avec des professionnels de la profession, pour reprendre la fameuse tautologie de Godard, et surtout cela invite les acteurs à voir des spectacles dont ils ont entendu parler et qu’ils n’ont pas pu voir pour des raisons professionnelles précisément (horaires, tournées, etc).
Enfin, cette plate-forme permettra de faire connaître plus intensément le théâtre contemporain romand, et de lui donner un écho et un rayonnement sinon international, du moins national.

Les spectacles


Kaïros, sisyphes et zombies, une pièce de la Cie L’Alakran
Il s’agit d’une création ludique et poétique d’Oskar Gómez Mata construite sur l’idée grecque du “bon moment“ dans lequel arrivent les choses, que l’auteur élargit à une réflexion sur le temps, résumée par cette question première : « Que faisons-nous ici et maintenant ? ».

« Le Château »
© Virginie Otth

Au matin, une pièce de la Cie Jours Tranquilles
Le point de départ de ce spectacle est une phrase du poème de Rimbaud, Mauvais sang (Au matin j’avais le regard si perdu et la contenance si morte que ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu…). Fabrice Gorgerat met ici en scène l’histoire d’un combat qui vise à combler la sensation de vide et à transformer la vacuité en un formidable espoir reconstruit, recouvré.

La ville et les ombres, une pièce de la Cie des Ombres
Cette pièce, écrite et mise en scène par Jérôme Richer, donne à comprendre différents ‘moments’ vécus pendant et après l’évacuation du squat emblématique de la ville de Genève, le défunt Rhino à la corne rouge désormais invisible. Théâtre documentaire, théâtre documenté, qui fouille dans les actualités, donc dans le réel, pour amener le spectateur à se faire sa propre idée sur le sens de la légalité, de l’illégalité, et par conséquent, de l’égalité.

Rivages à l’abandon. Matériau Médée. Paysages avec argonautes, par la Cie BG-GB
Là, il s’agit de textes contemporains, de Müller, Pasolini et Sénèque que le metteur en scène belge Marc Liebens, donnera à voir et à entendre.

Le château, par la Cie Pasquier-Rossier
Monsieur K, arpenteur de métier, est convoqué par un mystérieux châtelain pour mesurer son domaine et fixer le cadastre… Ce spectacle, joué par onze comédiens et adapté du roman éponyme de Kafka, parle de la tentative de l’être humain à s’intégrer à son environnement, et, comme l’on s’en souvient, des efforts incessants pour échapper à une bureaucratie aussi stupide qu’étouffante.

« Rouge, noir et ignorant » de E. Bond. Mise en scène Eric Salama, Cie 94
© Isabelle Meister.

Pour la libération des grands classiques, mise en scène de Christian Geffroy Schlitter
Spectacle fait d’une matière hétéroclite, écrits personnels, textes critiques et extraits de Molière, Shakespeare, Tchékhov et Strindberg, qui permet au spectateur de revisiter et donc de libérer les ‘grands’ textes de référence, et par là, de mener une réflexion originale sur la mémoire, ses oublis, et in fine sur l’histoire du théâtre.

Re-Wet !, par la Cie Sturmfrei
Spectacle élaboré à partir de deux courts textes sur le théâtre d’Elfriede Jelinek, dont on connaît le regard sans concession sur notre société contemporaine. La véritable violence ici, ce sont les mots, ceux qui font se confronter comédiens et spectateurs. Maya Bösch s’attache, fidèle à son habitude, à ancrer sa vision du théâtre dans un paysage urbain, quitte à proposer de nouveaux rapports au temps et à l’espace.

Rouge, noir et ignorant, par la Cie 94
Premier volet de la trilogie d’Edward Bond, Les pièces de guerre, véritable radiographie d’une société dont on dissèque les univers intérieurs, éthiques et philosophiques. Eric Salama dirige ses comédiens de manière à ce que le texte ne ressorte pas trop hermétique ou didactique, mais plutôt ludique, léger, et pourquoi pas grotesque.

« Je me mets au milieu mais laisez-moi dormir » d’après le film de J. Eustache “La maman et la putain“. Mise en scène Dorian Rossel, Cie STT.
© Nelly Rodriguez

Je me mets au milieu mais laissez-moi dormir, par la Cie STT
Inspiré par le film de Jean Eustache, La maman et la putain, symbole en quelque sorte de l’esprit de la Nouvelle Vague, cette pièce questionne le spectateur : comment faire du théâtre à partir d’un objet cinématographique culte ? Fidèle au scénario et au texte initial, Dorian Rossel apporte des réponses scéniques minimalistes et claires, qui restituent indéniablement le charme du film.

Les pauvres sont tous les mêmes ou des chevreuils à vive allure, texte de Marielle Pinsard
Pièce à thème : les pauvres et la mendicité, côté pile, la surconsommation, l’inertie et la mauvaise foi, côté face. Comme dans ses autres textes, Marielle Pinsard stimule la conscience du spectateur, qui forcément se reconnaît dans l’un ou l’autre personnage, et souvent pas le ‘meilleur’. Mise en scène de l’auteure.

Le Bouc, par la Cie Love Love Hou !
Douze comédiens racontent un monde rongé par l’avidité et l’injustice, suite à la venue d’un travailleur immigré grec débarqué dans une bourgade bavaroise. La pièce pointe du doigt une société assoiffée de sécurité qui, pour parvenir à ses fins, est surtout capable de violence et de discrimination. Ce drame (Katzelmacher en v.o), écrit et tourné en 69 par Fassbinder (qui précisément jouait l’immigré grec dans le film) est traduit par Philippe Ivernel, et mis en scène par Attilio Sandro Palese.

Rosine Schautz