Forum Meyrin
Meyrin, Forum : Paroles et musiques

Aperçu de la programmation du mois de mars.

Article mis en ligne le mars 2007
dernière modification le 4 février 2008

par Firouz Elisabeth PILLET

Comment parler d’amour aux enfants ? Le sujet est délicat, il faut trouver les mots justes, des mots d’enfants pour ne point les choquer. Anne Quesemand – auteur et interprète de l’histoire du Rat qui voulait de l’amour – et son acolyte Laurent Berman ont recouru aux techniques japonaises de théâtre de papier
où une image se cache et en dévoile une autre.

Le déroulement des images sur un simple chevalet est accompagné par de nombreuses références musicales à de célèbres chansons d’amour. La particularité de ce spectacle est que le texte peut être saisi à plusieurs degrés. Les enfants qui ne capteront que 30% des jeux de mots ne perdront pas pour autant le plaisir du spectacle alors que les adultes saisiront les diverses acceptations et en riront de bon cœur. Le spectacle sera présenté du 6 au 10 mars ; une séance supplémentaire est en pourparler.

histoire du Rat qui voulait de l’amour

Place à la musique classique le mercredi 7 avec le Trio Wanderer, grands adeptes de la musique romantique allemande – et tout particulièrement Schubert, mais qui n’hésitent pas à s’aventurer sur d’autres sentiers. Comme leur nom l’indique, ces nomades de la musique classique, unis par une longue complicité, ont été gratifiés d’une retentissante Victoire de la musique « comme meilleure formation de musique de chambre ». Vincent Coq (piano), Jean-Marc Philips-Varjabédian (violon) et Raphaël Pidoux (violoncelle) proposent pour cette soirée des œuvres de Brahms (Trio op.8), de Liszt (Trio Tristia) et de Chostakovitch (Trio N°2 op 67), des partitions issues de la jeunesse du compositeur, moins fréquemment données à entendre en concert.

Les 14 et 15 mars, au Bâtiment des Forces Motrices de Genève, Le ForuMeyrin accueille la compagnie Maguy Marin et le Centre Chorégraphique Nationale Rillieux-la-Pape, sera l’occasion de découvrir Umwelt, un spectacle insolite et déconcertant. Il s’agit de ne pas se laisser décourager dès l’ouverture et de persévérer. Dans un agencement scénique fait de panneaux réfléchissants entre lesquels des personnages ne font que passer de manière fugace, les danseurs n’ont pas de prise. Partant tantôt en arrière, tantôt vers l’avant, comme sur un ruban adhésif, les personnages n’ont de réelle existence que dans les coulisses. Leurs furtives apparitions symbolisent les interférences hasardeuses que peut engendrer un bouillon de culture.

Le spectacle suivant est à ne manquer sous aucun prétexte pour tous les auditeurs qui ont savouré les interventions radiophoniques de Peter Wyssbrod. Dans une cocasse mise en abîme, La dernière Bande, Krapp, l’unique personnage de son soliloque, a enregistré un journal intime sur des bandes magnétiques. A chaque anniversaire, il tente de faire revivre les émotions du passé en écoutant vibrer sa voix. Très marqué par l’œuvre de Samuel Beckett, Peter Wyssbrod a choisi une mise en scène minimaliste dans un jeu scrupuleux afin de ne rien perdre du pouvoir des mots.

En collaboration avec les Ateliers d’Etnomusicologie, le concert de Shahid Parvez et de Shashank, Jugalbandi entraînera le public en Inde pour un périple musical bigarré, mais plus prosaïquement cette soirée se déroulera à La Maison du Monde. Placé sous le signe de la rencontre de deux génies et de deux régions de l’Inde, ce concert sera mené par deux artistes assidus, férus de pratique quotidienne. Même si quelques vingt ans les séparent, tous deux déploient leur talent à travers une forme lyrique rythmique étonnante. Shahid Parvez, sitariste, maîtrise à la perfection ce grand luth emblématique du Nord de l’Inde, et le jeune Shashank, considéré comme le nouveau maître de la flûte carnatique murali, du Sud de l’Inde, suivent une progression tout en dialogues des mélodies successives. Evasion garantie !

Enfin, le mois de mars s’achève avec un premier spectacle consacré à la dernière thématique de la saison 2006-2007, Brecht et le théâtre nécessaire, avec Mère Courage et ses enfants, du 27 au 29 mars. Dans une mise en scène de Gisèle Sallin, le Théâtre des Osses offre une magnifique interprétation de l’œuvre brechtienne, dans une version française signée Geneviève Serreau et Benno Besson. Dans le rôle-tire de Mère Courage, Véronique Mermoud allie merveilleusement la dureté et la féminité du personnage, symbolisant toute l’ambiguïté de son attitude. Mère Courage se réjouit de la guerre et se lamente sitôt que la trêve est prononcée puisqu’elle profite de faire de coquets bénéfices auprès des soldats en temps de guerre, sous prétexte de devoir nourrir ses trois enfants. Aveuglée par sa cupidité, elle les perdra, sans pour autant saisir la morale de son histoire. La musique, tantôt vocale, tantôt instrumentale, dénonce l’instabilité des situations. Ce spectacle de haute qualité, dans une mise en scène originale – l’ingénieuse carriole conçue par Jean-Claude De Bemels fait office à la fois de maison, de commerce, de cantine pour les soldats et de lieu de rencontre – a valu au Théâtre des Osses d’être invité à Paris, ce qui n’est pas la moindre des reconnaissances.

Fayrouz-Elisabeth Houchi-Pillet

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