Galerie Fallet, Genève
Genève : Guy Oberson

Les toiles de Guy Oberson - paysages urbains ou bucoliques - sont exposées à la Galerie Fallet jusqu’au 17 avril.

Article mis en ligne le mars 2010
dernière modification le 18 avril 2010

par Françoise-Hélène BROU

Déjà présent à la Galerie Fallet en 2007 avec des portraits et des natures mortes réalisés avec la technique de la pierre noire, l’artiste suisse, qui vit et travaille dans le canton de Fribourg, présente actuellement une série de paysages peints à l’huile qui amènent notre regard à déchiffrer l’esthétique du paysage moderne.

Le genre de la peinture de paysage remonte à l’Antiquité. Il a connu bien des évolutions à travers l’histoire, ainsi autrefois il fixait une configuration géographique remarquable ou particulière, servant la plupart du temps d’arrière-plan afin de mettre en valeur les sujets principaux de l’espace pictural. L’autonomie du genre survient à la Renaissance, puis d’étape en étape le paysage se “picturalise“ et devient un genre majeur qui culmine à l’époque romantique. Au 19e siècle, avec l’impressionnisme, il s’impose comme prétexte à exemplifier les théories picturales d’avant-garde, bref un moyen de soumettre la réalité à une vision stylistique comme, par exemple, l’abstraction. Cette utilisation, plus idéologique qu’esthétique, a considérablement desservi la noblesse du genre pendant de nombreuses années. Il faut attendre la fin des années 70 pour voir renaître le goût des artistes à traiter le paysage pour le paysage. L’activisme écologique a contribué à ce renouveau, et sur le plan artistique ce sont les photographes qui ont donné l’impulsion décisive. Aujourd’hui le paysage fait un retour en force sur le front de l’art actuel : peinture, dessin, vidéo, photographie, de nombreux artistes se réapproprient sans complexe la nature dans tous ses états, mais non sans conserver l’héritage des maîtres du 20e siècle.

A l’instar des Gerhard Richter, Anselm Kiefer, Philippe Cognée, ou des plus jeunes talents de l’art contemporain, Guy Oberson se lance résolument dans la nouvelle esthétique du paysage. Sa vision paysagère se veut entropique, celle qui pointe la destruction massive des sites, due aux avancées de l’urbanisation, aux désastres de la guerre, à la pollution (Bagdad, 2009). Elle renoue également, plus poétiquement, avec la tradition pittoresque (Après une nuit de pluie II, 2009). Ses images sont volontairement floues, insaisissables, aucun élément ne permet de situer un lieu ; Guy Oberson projette sur la toile sa vision intime de paysages urbains ou bucoliques : immeubles de banlieues, forêts, lacs, une réalité altérée par le souvenir, filtrée par le prisme de la subjectivité. Ce qui est travaillé là en frôlant l’abstraction, c’est le nuageux, l’aqueux, la plasticité, le bougé et tremblé, le jeu des transparences de la peinture à l’huile, autant d’effets qui construisent subrepticement une métaphore visuelle du doute, de l’improbable, de la fragilité de ces espaces et territoires encore visibles, encore aimés, mais pour combien de temps ?

Françoise-Hélène Brou

Guy Oberson, « Ciels de cendre », paysages, huile sur toile. Galerie Fallet, Rue de la Tour-de-Boël 5, Genève. Jusqu’au 17 avril 2010
www.galeriefallet.com