Film de novembre 2010 : “Simon Werner a disparu“

Fabrice Gobert, un nom à retenir !

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 11 décembre 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

Simon Werner a disparu


de Fabrice Gobert avec Jules Pélissier, Ana Girardot, Arthur Mazet, Laurent Delbecque. France, 2009.

Au lycée Léon Blum, un élève de Terminale C, Simon Werner, manque à l’appel. Alors que les professeurs questionnent les élèves à son sujet, le mystère grandit sur son absence qui se prolonge. Des traces de son sang sont retrouvées dans une salle de classe. Fugue, enlèvement, accident, suicide, meurtre ? Toutes les hypothèses sont envisagées par ses camarades.
Quelques jours plus tard, une élève de la même classe est notée absente sans que ses parents sachent où elle est. Une jeune fille apparemment sans histoire et sans lien direct avec Simon. Le lendemain, un troisième élève, toujours de la même classe, souffre-douleur de sa volée, disparaît à son tour. La parano envahit dès lors les murs du lycée et les soupçons pèsent sur tout le monde.
Marchant sur les traces d’un classique du genre - Les Disparus de Saint-Agil - qui relatait la disparition, dans un pensionnat, de plusieurs élèves qui avaient fondé une société secrète, les Chiche-Capon, Pierre Véry en 1935 puis Christian-Jaque en 1938 sortirent un livre puis un film qui exploraient la fantasmagorie juvénile.
Pour sa première réalisation, époustouflante de maîtrise tant du point de vue scénaristique que du point de vue cinématographique, Fabric Gobert nous offre un film qui flirte avec divers genres : du propre aveu du réalisateur, cette indécision formelle est voulue et assumée. Les spectateurs se laissent délicieusement entraînés dans un policier qui se transforme en thriller pour devenir teen-movie, en passant par le film d’épouvante, selon les méandres des retournements narratifs. Pour intensifier le suspens grandissant qui plane autour de ces mystérieuses disparitions, Fabrice Gobert s’est volontairement placé au début des années 1990, avant l’hégémonie d’Internet et des téléphones portables.

« Simon Werner a disparu » de Fabrice Gobert
© Diaphana Films

Fan de cinéma américain d’auteur, c’est sous l’influence de Gus Van Sant qu’il a élaboré son scénario : la construction de Simon Werner a disparu... emprunte la structure d’Elephant (2003) : les quelques jours précédant la découverte d’un cadavre dans la forêt proche sont racontés quatre fois, en quatre chapitres distincts, selon les points de vue de quatre adolescents. Cette scission en chapitres et cette distinction narrative s’accompagnent d’un choix de style, propre à la personnalité de chaque protagoniste ; ainsi, la caméra s’adapte successivement au caractère et à l’identité de Jérémie, Alice, Jean-Baptiste et Simon. Jérémie le sportif, Alice la belle blonde, Jean-Baptiste Rabier le souffre-douleur, fils du prof de physique, et enfin Simon Werner, le beau gosse, convoité par toutes les filles de son lycée, vivent à leur façon un quotidien morne. Le disparu devient alors l’objet de tous les fantasmes : était-il dealer ? victime d’un chantage ? a-t-il fui auprès de son père sa mère suicidaire ? A-t-il voulu caché son homosexualité ? Dans leurs périples existentiels et amoureux, les lycéens croisent d’autres acolytes dans les couloirs du lycée, les salles de classe, un terrain de football, un dîner d’anniversaire : la punkette Laetitia, la brune Clara qui trahit sa copine Alice ; Ravier, source intarissable de toutes les médisances et rumeurs les plus rocambolesques.

« Simon Werner a disparu » de Fabrice Gobert
© Diaphana Films

Pour habiter son film de l’esprit adolescent de ces personnages, Gobert a sollicité, sans trop y croire, un groupe emblématique du rock des années 90, Sonic Youth, qui a accepté de composer la musique du film, laquelle met efficacement en valeur le récit.
Le jeune réalisateur signe un premier opus prometteur, se jouant malicieusement de ses spectateurs qu’il entraîne avec brio dans un mystère qu’il résout par une pirouette déconcertante. Semant le doute et brouillant les pistes dans l’exploration des fantasmes de ses protagonistes, il se démarque avec originalité. Simon Werner a fugué par lassitude de vivre avec sa mère déprimée. On a trouvé du sang dans une classe, on l’a vu faire une fellation au prof de physique, filer de l’argent à l’entraîneur de football, pas clair non plus, d’ailleurs il a été embarqué par les flics... Les trois disparitions ont-elles un lien ? Rapidement, les spectateurs se laissent prendre au jeu de cette enquête improvisée, servi par des acteurs amateurs tous plus convaincants les uns que les autres, parmi lesquels on découvrira Ana Girardot, fille d’Hyppolite.
Un premier film, réceptacle à fantasmes très abouti, signé Gobert, un nom à retenir !

Firouz-Elisabeth Pillet