Nouveauté Virgin Classics
DVD de novembre 2010 : Joyce DiDonato

Belle prestation de la mezzo américaine, malgré quelques réserves.

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 11 décembre 2011

par François LESUEUR

Joyce DiDonato : Rossini / Colbran, the muse


couverture DiDonato
Joyce DiDonato n’est pas la première mezzo-soprano à vouloir rendre poreuses les frontières qui sépare sa tessiture de celle du soprano : Horne, Von Stade ou Larmore s’y sont risquées avant elle, avec des bonheurs divers. Avec sa longue voix claire et agile, aussi douce que résistante et sa brillante technique de chant, la cantatrice a gagné ses galons grâce à Rossini, qui convient idéalement à sa typologie vocale : Rosina (que l’on retrouve ces jours-ci en dvd, au Covent Garden de Londres/Virgin) et Angelina où elle excelle, Isabella qui pourrait lui convenir, ne lui suffisent pourtant pas, celle-ci ayant découvert en abordant l’Alcina haendelienne de nouvelles sensations. La voici donc dans ce nouvel album sur les pas d’Isabella Colbran, muse et épouse de Rossini, pour laquelle il composa quelques unes des partitions les plus redoutables d’Armida à Ermione, de Ricciardo e Zoraïde à Semiramide.
Mezzo elle aussi, au timbre mœlleux et dont l’agilité courait sur près de trois octaves, la Colbran malgré ses aptitudes à l’ornementation et à l’expression dramatique, se brûla les ailes, ses irrégularités très vite soulignées à l’époque, liées à un mal de gorge chronique, expliquant en partie la brièveté de sa carrière. Ne souhaitons donc pas à notre ravissante thuriféraire de suivre le même chemin car, malgré l’atmosphère feutrée des studios, celle-ci montre ses limites.
Il est difficile de prendre en défaut la technique absolument parfaite de Joyce DiDonato, capable de se mesurer aux himalayas que demeurent le vertigineux trio final d’Armida qui, par excès de rapidité, en devient presque mécanique, ou le “Bel raggio“ de Semiramide, un rien serré et pêchant par manque de naturel. A tout instant dans cet hommage doivent être louées la rigueur de la langue, la richesse du bas medium, la vaillance de l’aigu, la souplesse et l’inventivité des vocalises. Pour autant, on ne peut passer sous silence, à ce degré d’exigence et de qualité, le fait qu’à ce régime, la voix perde de sa substance et ceci très précisément dans la strette finale d’Elisabetta et dans les dernières phrases du “Giusto ciel“, où elle s’épuise ; DiDonato réussit donc le pari de tenir la tessiture de soprano, mais au détriment de sa nature vocale originale. En déplaçant sa voix vers le haut du registre, en forçant à alléger la ligne, elle conserve un bel ambitus, mais perd de la matière, ce qui prive son Armida du pouvoir maléfique et de l’aspect sauvage de ses invectives (scène finale), à la différence de Callas en 1952 (même dans les brumes florentines). L’air du Saule – maintes fois chanté par Horne – et son étreignante attente, comme le premier air d’Elena où résonnent encore la fragile mélancolie de Von Stade, correspondent davantage à sa couleur, même si l’interprète sait jouir jusqu’à l’ivresse des variations du « Tanti affetti », rôle qu’elle vient d’aborder à Genève avant Paris. Un autre accompagnement que celui, aberrant, de Edoardo Müller, aurait sans doute contribué à rendre cet album moins anecdotique, malgré le tempérament et la sincérité d’une artiste que l’on continue d’apprécier.
Virgin Classics

François Lesueur