Bâtiment des Forces Motrices, Genève
Entretien : Nicolas Chalvin

L’Orchestre des Pays de Savoie en concert avec l’Orchestre de Chambre de Genève.

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 12 décembre 2011

par Eric POUSAZ

Comme chaque année, l’Orchestre des Pays de Savoie, sous la direction de son chef attitré Nicolas Chalvin, fait une halte le 9 novembre à Genève au Bâtiment des Forces Motrices ; il s’y produit en compagnie des musiciens de l’Orchestre de Chambre de Genève dans un programme ouvertement symphonique comprenant des pages de Gorecki, Sibelius et Brahms…

Cette visite en terre genevoise a servi de prétexte à un court entretien téléphonique où Nicolas Chalvin a accepté de parler de ses projets avec cet orchestre itinérant dont il assume la direction depuis deux saisons. La première question concernait bien évidemment le programme genevois.

Comment s’effectue une telle collaboration où quasiment tous les postes sont occupés à double car chaque ensemble dispose d’un premier pupitre dans la plupart de ses registres ?
N.C. : Il n’y a pas de problème particulier car aucun des musiciens ne possède un ego démesuré qui le ferait voir arriver d’un mauvais œil un éventuel rival … Au contraire, les instrumentistes de chaque formation sont demandeurs car de telles occasion d’échanges sont réellement enrichissantes pour eux. Cela commence bien sûr par le répertoire, qui peut être plus large puisque, avec plus de cinquante musiciens, il est tout à fait possible de mettre à l’affiche des partitions d’écriture franchement symphonique. Pour un musicien d’orchestre de chambre, s’entendre jouer dans un autre contexte est une expérience qui peut se révéler excitante. Certes, cela pose des délicates questions d’équilibre car il est notamment ardu, pour les vents, de retrouver une identité et de passer la rampe lorsqu’ils se trouvent soudain situés derrière le tissu plus nourri que dressent les cordes entre l’auditeur et eux-mêmes…

Nicolas Chalvin
© Vanappelghem

Et pour le chef, quelles sont les difficultés rencontrées ?
Je ne parlerai pas de difficulté. Pour moi, il est tout simplement entièrement différent de me trouver face à un orchestre à effectif plus étoffé. Le défi vient directement de la partition et de son instrumentation. Je veux dire par là que je dirige autrement une œuvre écrite pour un orchestre symphonique ! Le propos musical est différent, le rapport d’équilibre entre les diverses voix instrumentales également. Lorsque les musiciens sont en nombre réduit, la réactivité est plus grande, ainsi que la nécessité d’entonner avec le maximum de clarté et de justesse. Pour un orchestre symphonique, l’effet de masse agit certes comme amplificateur, mais rend aussi moins directement sensible le travail sur la précision clinique de l’intonation.

Cela présente-t-il une difficulté particulière, au niveau de la gestique notamment ?
Il y a en fait trois types de chefs d’orchestre. Si vous êtes dans une fosse d’opéra avec des artistes lyriques en face de vous, vous ne concevez pas votre gestique de la même façon que si vous avez affaire à une poignée de musiciens d’orchestre de chambre seulement ou à la masse de soixante-dix musiciens formant ensemble symphonique ! La texture sonore est autre, selon les circonstances, et il en va de même de la projection du son qui est elle aussi influencée par un propos musical forcément différencié en fonction de l’effectif à disposition.

Quels sont vos objectifs pour l’orchestre de Savoie ?
Nous avons mis sur pied une programmation qui sert de fil rouge sur plusieurs saisons. Comme l’orchestre se produit dans bon nombre de lieux différents, il est nécessaire que l’auditeur nous associe à un répertoire, à un projet qu’il identifie immédiatement lorsqu’il voit une de nos affiches. Nous nous embarquons donc cette saison sur une intégrale des concertos de piano de Beethoven, que j’aimerais doubler d’une intégrale des concertos pour vents de Mozart.

Nicolas Chalvin et L’Orchestre des Pays de Savoie
© Vanappelghem

Un tel projet est-il réalisable avec un ensemble fixe de musiciens qui avoisine les vingt-cinq seulement ?
Bien sûr que non ! Nous devons engager des suppléants. Mais je pense qu’il devrait être possible à court ou à moyen terme d’augmenter notre effectif de base à trente-sept, ne serait-ce que pour aborder sans encombre un répertoire à l’écriture instrumentale plus nourrie comme celui des dernières symphonies de Mozart et de Haydn ou quelques pages symphoniques de Beethoven. Ce répertoire-là a d’ailleurs du succès auprès du public, et ce serait un moyen idéal de fidélisation si l’on pouvait chaque saison offrir aux auditeurs ce qu’ils souhaitent entendre dans leur environnement géographique immédiat. Le problème majeur est naturellement celui des budgets, car on sait que la culture, en France comme ailleurs, ne compte pas au rang des priorités des politiques au niveau communal, départemental ou national !

Le fait de changer très régulièrement de salle vous pose-t-il des problèmes aigus ? Les publics sont-ils les mêmes ?
Pour ce qui est du public, nous pouvons compter sur des amateurs chaleureux, heureux de nous voir (re)venir près de chez eux. Pour les musiciens, les problèmes peuvent-être plus délicats à gérer en fonction des acoustiques différentes des lieux où nous nous produisons (salles de concert spécifiques, salles polyvalentes, voire gymnases !) Mais là aussi, les instrumentistes auraient tort de se plaindre ; lorsqu’il s’habitue à écouter ses collègues dans des conditions acoustiques moins faciles, le musicien d’orchestre écoute plus attentivement le jeu des collègues avec lequel il est invité à faire corps. Il n’y a certainement pas de meilleure école artistique que celle qui oblige un instrumentiste à écouter ceux qui l’entourent !

Propos recueillis par Eric Pousaz

Pour plus de enseignements, se référer au site http://www.orchestrepayssavoie.com/fr/saison/2010-2011/