Théâtre des Champs-Elysées
Paris : Étoiles dansantes

Ouverture de saison au Théâtre des Champs-Elysées, avec le Gala des étoiles du 21ème siècle.

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 14 décembre 2011

par Stéphanie NEGRE

Chaque année depuis treize ans, le théâtre des Champs-Élysées ouvre sa saison avec le gala des étoiles du 21ème siècle. Pour trois soirs, six couples de solistes de grandes compagnies internationales interprètent à deux reprises de courts ballets ou des extraits du répertoire, classiques ou plus contemporains. C’est l’occasion de découvrir des artistes que l’on n’a pas l’habitude de voir bien qu’il soit difficile, dans le contexte des passages successifs, d’arriver à apprécier pleinement leurs qualités.

Lucia Lacarra et Cyril Pierre dans « Adagio for strings »
Photo Emmanuel Donny

Dans ce contexte, Ilja Louwen et Leo Mujic ont fait le choix original de présenter deux œuvres de ce dernier, également chorégraphe formé à l’école classique du Ballet de Belgrade et chez Maurice Béjart. Passacaglia et Taste of a lost moment sont deux œuvres graves et émouvantes sur les rapports humains. Ils nous font découvrir le vocabulaire chorégraphique de Leo Mujic et le duo intéressant qu’il forme avec Ilja Louwen, ancienne soliste des Ballets de Zurich et de Monte-Carlo.

Le duo formé par Lucia Lacarra et Cyril Pierre, actuellement solistes au ballet de l’opéra de Munich après avoir été tous deux étoiles de Roland Petit au Ballet de Marseille, est plus classique. Très à l’aise dans les néo-classiques Adagio for strings de Gérard Bohbot et Elegy de Raimondo Rebeck, ils déploient toute la justesse de leur interprétation alliée à une grande maîtrise technique. Extrêmement fine, Lucia Lacarra dégage beaucoup d’émotion tandis que Cyril Pierre livre une danse masculine impeccablement élégante.

Pur bonheur
L’apparition de Daniil Simkin, éblouissant soliste de l’American ballet theatre, est un grand moment de bonheur. Dans Fallen Angel, chorégraphié par son père Dmitrij Simkin sur une musique de Mozart, il incarne un ange déchu. Si ce ballet est l’occasion d’une démonstration de ses impressionnantes aptitudes physiques, il permet de découvrir son charisme étonnant. En osmose totale avec la musique, il se dégage de son être sensualité et innocence, deux traits contradictoires de celui qui a cédé à la tentation. Devant tant de beauté, est-il possible de ne pas pardonner ? La réponse est à la fin du solo, quand apparaissent sur la vidéo projetée sur le fond de scène - il en fallait bien une dans cette soirée ! Enfin, on va se dire que là, c’est pour la bonne cause - des mains se refermant sur le corps juvénile de l’ange perdu et pardonné. Plus léger est le célèbre pas de deux de George Balanchine que Daniil Simkin interprète en deuxième partie avec Yana Salenko, danseuse étoile du ballet de Berlin. Toujours aussi brillant, il enchaîne avec son naturel désarmant les sauts incroyables tout en gardant l’esprit élégant et racé de l’œuvre. Yana Salenko arrive à être à la hauteur d’un tel partenaire, à la fois précise dans ses pas et féminine dans ses attitudes, caractéristiques des héroïnes balanchiniennes. Il se dégage de ce couple une poésie infinie dans le porté du final.

Daniil Simkin dans « Fallen Angel »
Photo Emmanuel Donny

Les œuvres choisies par Aleksandra Liaszenko et Egor Menshikov, du ballet national de Pologne, et par Ekaterina Krysanova et Andrei Merkuriev, du ballet du Bolchoï, n’ont pas permis de se rendre compte de leur talent d’interprètes. On ne peut que constater leur impeccable maîtrise technique, à la hauteur de la renommée de l’école russe. Le duo chinois composé de Jia Zhang et Bin Hao, du ballet national de Chine, montre une autre manière de danser. Moins romantiques, plus gymnastes, ils exécutent leur pas avec vivacité et précision sans toutefois parvenir à convaincre, à cause de l’émotion qu’ils n’arrivent pas à traduire avec leur corps.

Avec ces danseurs d’origines et de parcours différents, le Gala des étoiles du 21ème siècle est l’occasion de voir que la danse classique est un langage artistique universel et vivant, sachant intégrer les accents locaux.

Stéphanie Nègre