Chronique des concerts parisiens
Paris : Concerts de novembre 2010

Programme diversifié en ce début de saison parisienne

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 14 décembre 2011

par David VERDIER

Paavo Järvi était très attendu ce mercredi 15 septembre à Pleyel, jour de sa prise de fonction à la tête de l’Orchestre de Paris. Au programme se soir-là, un programme binational Dukas/Sibelius dans deux œuvres rarement jouées sur les scènes parisiennes : La Péri et Kullervo.

La Péri, ce « poème dansé » de Paul Dukas a été créée en 1912 au Théâtre du Châtelet avec décors, costumes et chorégraphie. C’est peu dire que l’atmosphère de la salle Pleyel manquait singulièrement d’imaginaire scénique sous la battue très neutre de Paavo Järvi. Le chef estonien a tendance à maintenir la partition dans un académisme de surface, dommage pour Paul Dukas.
Changement d’humeur avec Kullervo de Sibelius dont le chef estonien a gravé une version de référence chez Emi. Mention spéciale pour le chœur d’hommes (celui d’Estonie et de l’Orchestre de Paris) placé en arrière-scène. Le succès de cette grande fresque narrative lui doit beaucoup. Le livret frise bon le romantisme nordique, à la manière d’un Knabenwunderhorn. Cette symphonie avec chœur et orchestre est baignée par une couleur assez sombre, qui contraste avec les œuvres à venir. La baguette très investie de Järvi donne tout son relief à une orchestration pour le moins singulière. Dans le dernier mouvement émergent les belles voix de soprano finlandaise Soile Isokoski et du baryton basse Juha Uusitalo.

Belle performance
Changement de salle et de paysages avec le début de saison du National, sous-titré « Les Ors du Rhin », avec la Symphonie « Rhénane » de Schumann, suivie après l’entracte par la virtuose Ouverture Euryanthe de Weber et des extraits du Crépuscule des Dieux. Programme prometteur et belle performance de l’Orchestre National de France. Daniele Guatti adopte une largeur et une noblesse de geste qui n’est pas sans rappeler la battue d’un Karl Böhm dans le même répertoire. D’aucuns seront peut-être frustrés de cette tendance à faire sonner l’orchestre sans ostentation ni fulgurances dramatiques. Frustrante, assurément, l’absence de l’Immolation de Brünnhilde qui figurait dans les notes de programmes.

Bertrand de Billy

Ce mois de septembre fut également marqué par les débuts de Bertrand de Billy à la tête de l’orchestre de Paris. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de déplorer la rareté de ce chef en France, alors même qu’il est sollicité partout ailleurs. Sous sa direction, le modeste Im Sommerwind de Webern prend une tournure lyrique proprement captivante, à l’instrumentation superbement fouillée. Aucun reproche côté chef et orchestre dans le Poème de l’amour et de la mer de Chausson. La couleur délicatement fanée de cette musique est merveilleusement rendue par l’orchestre. On objectera à Susan Graham le fait de sacrifier la prononciation au souci de colorer ses phrases ; le résultat est mitigé. Le Mystère de l’instant de Dutilleux aurait mérité des solistes plus inspirés et sans doute quelques répétitions supplémentaires… Bertrand de Billy conclut cette soirée en dirigeant (par cœur) la 4e symphonie de Schumann. L’enthousiasme était bien présent, un peu trop sans doute, à en croire les montagnes russes du final et les effets de manche exaspérants.

Christoph von Dohnanyi
Photo Terry O’Neill / Decca

Toujours à Pleyel, une triste soirée Berlioz sous la baguette méticuleuse de Laurence Equilbey dans l’Enfance du Christ avec l’ensemble orchestral de Paris, le chœur Accentus et la Maîtrise de Paris. Des vers de mirliton en guise de livret et des voix solistes compassées ne parviennent pas à tirer cette œuvre de son académisme généralisé. C’est d’autant plus dommage que les chœurs imposent une musicalité et une couleur vocale hors norme, bien loin des naïvetés sulpiciennes du texte.

Programme éclectique
Christoph von Dohnanyi retrouvait dès le lendemain l’orchestre de Paris (dont il fut directeur musical) dans un programme très éclectique. La pièce "con brio" du compositeur Jörg Widmann était donnée en création française. Une belle pièce au demeurant, parsemée d’instants bruitistes, souffle et babils gestuels d’inspiration Beethovenienne. A ces hérissements d’énergie avec percussion obligée répondait un kitchissime concerto pour piano de Dvorak, servi à merveille par le jeu poli et corseté du jeune Martin Helmchen. Le Concerto pour orchestre de Bartok avait été déprogrammé et remplacé par une interprétation très sanguine de l’Héroïque de Beethoven, manquant singulièrement de respiration dans les réponses entre pupitres.

Jean-Guihen Queyras

Une heureuse découverte aux Bouffes du Nord : la venue de l’ensemble Resonanz sous la direction du talentueux violoncelliste Jean-Guihen Queyras. L’acoustique très intime convient tout particulièrement à la pièce Introduktion, Thema und Variationen pour violoncelle, harpe et cordes de Hans Werner Henze, pleine de mélodies et de rythmes surannés. Le concerto en ré majeur de Haydn résonne magistralement sous l’archet de l’ancien membre de l’ensemble intercontemporain. Facétieusement, il glisse un facétieux "happy birthday" dans la cadence finale, sans rien déranger d’une interprétation à la virtuosité affolante. Certes, les cordes en boyau peinent à exprimer toute la hauteur d’âme de l’adagietto de Mahler, mais la suite lyrique de Berg – version inédite de Théo Verbey pour orchestre à cordes – est une parfaite réussite.

David Verdier