Théâtre du Loup, Genève
Genève : “La triste histoire de Marguerite...“

Reprise au Loup : La triste histoire de Marguerite qui jouait si bien du violon.

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 12 décembre 2011

par Rosine SCHAUTZ

Le Loup reprend un de ses classiques grand public. Une fable naïve et moderne qui suscite sourires et larmes, toutes générations confondues. On y suit le destin tragique de la jeune Marguerite, qui joue du violon. Au début épouvantablement, à la fin divinement.

Quelque dix-huit ans après sa création à la Comédie, que vous dit ce texte ? Comment le monter, le reprendre, le re-créer ?
Rossella Riccaboni : Première surprise, le texte n’a pas vieilli, n’a pas perdu de son intérêt. Nous avons redécouvert le texte avec plaisir, et il reste « d’actualité ». En effet, la fille joue du violon, instrument qui demande beaucoup de travail, et dont l’apprentissage n’est pas simple comme chacun sait, et elle s’acharne, elle y va, elle en veut. La persévérance de l’enfant est un message qui me plaît, aujourd’hui comme hier. Après des exercices répétés et continus, elle devient une bonne musicienne, et pas seulement une exécutante. Elle est reconnue, elle accède à la célébrité. Aujourd’hui, le but est souvent d’être riche et célèbre... mais sans travail. Là, cette petite jeune fille est célèbre parce qu’elle a travaillé. J’aime ce message. J’aime aussi l’idée que Marguerite découvre qu’être célèbre ou même être musicienne ne suffit pas à son bonheur, qu’il y a une vie aussi à vivre. La jeune héroïne se lasse donc de sa célébrité et décide de partir à l’aventure. Sa mère, très inquiète, l’en dissuade, mais en vain. Marguerite veut voyager, expérimenter d’autres choses, se frotter à la vie. Elle part ainsi dans la jungle, s’imprègne de nouveaux éléments, rencontre des animaux qui la suivent quand elle joue du violon, qui dansent derrière elle, bref elle découvre une nouvelle vie. Mais, un vieux lion, sourd, donc insensible à sa musique, se jettera finalement sur la jeune fille et la mangera sans autre forme de procès.

« La triste histoire de Marguerite qui jouait si bien du violon »
Photo Elise Larvego

C’est en fait une pièce tragique, à l’anglaise. Un peu excentrique, un peu cruelle, et très lucide sur la situation contemporaine : les gens s’écoutent peu, et ne s’entendent pas. C’est un conte initiatique, qui, je crois, aide à grandir. Nous et les enfants. C’est une histoire, enfin, qui donne envie de travailler, qui valorise le travail, la persévérance… et la musique.

Vous donnez des cours à des enfants, vous jouez avec des enfants : qu’est-ce qu’être enfant selon vous ?
J’aime les enfants, j’aime les former à ce que je crois important : l’écoute, le respect des autres, et j’aime stimuler leur imaginaire, et être stimulée à mon tour par leur fantaisie. En somme, j’aime créer du lien avec eux et grâce à eux. Etre enfant, c’est être ouvert et tenter des choses.

Pour trouver le personnage de Marguerite, vous avez fait un casting ?
Oui, pour trouver la jeune Apolline Gruffel, j’ai été en contact avec le Conservatoire qui m’a proposé 5 petites violonistes. Nous avons choisi Apolline, qui n’avait jamais fait de théâtre, mais qui avait envie d’apprendre, et qui joue très bien, déjà, du violon. Les autres enfants (Talulla Day, Luna Desmeules, Matteo Divorne-Brandt, Julie Dupanloup, Marlène Gautier, Lou Golaz, Milo Gravat, Léonard Piguet et Eliot Sidler) sont élèves dans nos cours, et nous les avons sélectionnés après quelques essais. Étonnamment, ils ont les mêmes « physiques » que les enfants d’alors, les costumes leur vont à la perfection !

« La triste histoire de Marguerite qui jouait si bien du violon »
Photo Elise Larvego

Est-ce une ré-adaptation, un re-création, une simple reprise ?
C’est vraiment un re-création. Nous avons bien sûr repris le canevas de la mise en scène d’avant, ainsi que la musique de Jacques Demierre. Mais nous avons aussi « amélioré » certaines choses je crois, si j’en juge d’après mes notes de mise en scène et le visionnement de la captation de l’ancienne « Marguerite ». Cela étant, nous n’avons pas voulu trop regarder le passé : nous nous sommes plutôt laissé emporter par les improvisations des enfants, et les souvenirs que nos corps avaient gardés du spectacle passé.

Propos recueillis par Rosine Schautz

« La triste histoire de Marguerite qui jouait si bien du violon » d’après David McKee
Mise en scène de R. Riccaboni, A. Barazzone et E. Jeanmonod
Jusqu’au 7 novembre