Film de novembre 2010 : “Miel / Bal “

Semih Kaplanoglu présente le troisième volet de sa trilogie.

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 11 décembre 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

Miel / Bal


de Semih Kaplanoglu. Avec Bora Altas, Erdal Besikcioglu, Tülin Özen, Alev Ucarer, Ayse Altay. Turquie, 2010. Berlinale 2010.

Après avoir présenté Yumarta à Cannes en 2007 et Süt à Venise en 2008, Semih Kaplanoglu a présenté Bal à Berlin en février 2010. Bal (Miel) est le troisième volet de sa trilogie autour du protagoniste,Yusuf ; dans ce dernier tableau, le cinéaste plonge dans l’enfance du protagoniste, un garçon de six ans, habitant avec son père apiculteur et sa mère, isolés dans la forêt. Lors de sa première année d’école, son monde jusque-là insouciant et préservé est subitement frappé par l’irruption d’une catastrophe. Le film explore des relations entre différents personnages de sa trilogie, mais le cinéaste offre ici la part belle à la Nature dans son interaction harmonieuse avec l’homme. Le réalisateur turc, grand cinéaste encore méconnu en Europe occidentale, à la puissance d’évocation poétique et picturale, confesse avoir voulu monter l’enfance de Yusuf dans un espace préservé, une nature immaculée, libre de toute pollution ou de tout modernisme, une nature apaisante et ressourçante où végétaux, animaux et humains évoluent dans une sagesse complémentaire et symbiotique.

« Miel / Bal » de Semih Kaplanoglu

Miel a voulu à son auteur d’obtenir l’Ours d’or au Festival de Berlin 2010.
Le héros de cette trilogie, dont nous suivons la vie selon une chronologie inversée, comme un long flash-back, est un certain Yusuf ; le cinéaste puise sa source d’inspiration directement dans la propre jeunesse. Dans Yumarta, il était âgé de quarante ans et revenait dans son village natal pour enterrer sa mère. Dans Milk, nous le retrouvons à dix-huit ans, alors qu’il commence à être publié dans des revues littéraires tout en vivant toujours chez sa mère, dont il a du mal à accepter le désir d’entamer une relation intime avec le chef de gare. Dans Miel, il a six ans, et vit avec ses parents dans la campagne d’Anatolie. Le métier de son père, apiculteur, suscite en lui une admiration tacite jusqu’à la mort tragique de son père. A l’aise dans les majestueuses forêts magiques avec le prospecteur de ruches noires, il perd ses moyens, bégaie en classe, reste mutique avec sa mère et semble peiner à se socialiser. La mort accidentelle de son père ne fera qu’accentuer cet handicap relationnel dont semble souffrir Yusuf.
Cet ultime volet de Kaplanoglu, dénué de musique et aux paroles distillées avec parcimonie, livre le récit naturaliste aux bruits animaliers, aux échos du vent ou de la pluie ; c’est le défilé d’émotions, le chaos de sensations qui finissent par émouvoir le public. Délicatement, insensiblement, les spectateurs deviennent observateurs consentants de cette Nature si accueillante et si mystérieuse à la fois.
Ce cinéaste a une approche temporelle si spécifique qu’elle brise les frontières du calendrier ; il a aussi cette capacité à sonder l’âme de ses personnages sans déflorer leurs secrets. L’artiste catalogue son style de “réalisme spirituel“ parle de son cinéma comme d’une mise en relief de son univers et de ses habitants “à la lumière des puissances supérieures“.
Pour ceux qui n’auront pas encore eu la chance de découvrir l’intégrale de cette trilogie, ils pourront découvrir les trois films du cinéaste en se rendant au CAC-Voltaire, au Grütli.

Firouz-Elisabeth Pillet