Biennale de Venise 2011
Venise : “ILLUMInazioni“

Coup d’œil sur la 54e édition

Article mis en ligne le 1er juin 2011
dernière modification le 8 juillet 2013

par Françoise-Hélène BROU

Le 4 juin, la 54 édition de la Biennale d’art contemporain de Venise ouvre ses portes. Le projet intitulé ILLUMInazioni (ILLUMInations), un jeu de mots évoquant les concepts de lumières et de nations, entend proposer selon Bice Curiger, la commissaire suisse appelée à diriger l’Exposition internationale, une métaphore illustrant les communautés émergeant aujourd’hui sur la scène artistique internationale.

A chaque édition, de nombreuses nations manifestent leur volonté d’obtenir un pavillon à la Biennale, cette année les nouveaux venus sont : Haïti, le Bangladesh et le Bahreïn. D’autres reviendront après une longue période d’absence, comme le Zimbabwe, l’Afrique du Sud, l’Inde ou Cuba. Les pavillons nationaux seront dispersés entre les Giardini, l’Arsenale et d’autres lieux de la ville. Parmi les participants des nations citons notamment : Thomas Hirschhorn et Andrea Thal (Suisse) ; Christian Boltanski (France) ; Markus Schinwald (Autriche) ; Angel Vergara (Belgique) ; Sigalit Landau (Israël) ; Dora Garcia (Espagne) ; Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla (Etats-Unis). La Biennale de Venise devrait accueillir, pendant ses six mois d’ouverture, autant de visiteurs que lors de sa précédente édition, soit 400 000 personnes.

La Biennale 2011 est dirigée par Bice Curiger, historienne de l’art, curatrice et critique suisse, co-fondatrice de la revue d’art contemporain Parkett, directrice du magazine Tate et curatrice au Kunsthaus de Zurich. Elle présentera sa sélection d’œuvres d’art dans l’Exposition internationale qui se déroule en parallèle aux 87 participations nationales. Un peu plus d’un tiers des 82 artistes de l’Exposition internationale a moins de 35 ans, 32 sont des femmes. En outre il faudra également compter sur une quarantaine d’événements parallèles, organisés par des organisations et institutions internationales. Le concept de « nation » dans son projet
a valeur de métaphore : « ce que je trouve intéressant dans le monde de l’art actuel, c’est l’apparition de groupes d’artistes, grands ou petits, qui travaillent ensemble, comme autant de « nations unies », explique la curatrice. Le terme « d’Illumination » quant à lui fonctionne comme révélateur d’expériences, celles en particulier que l’art, depuis des millénaires, offre à chacun pour mieux comprendre le monde : « je cherche donc à éclairer le public tout en lui lançant un défi ». Cependant Bice Curiger avoue en toute humilité que « beaucoup échappera à son contrôle » et que la Biennale doit ressembler à « un bazar, dans le bon sens du terme ».

Contribution suisse
L’Office fédéral de la culture a sélectionné Thomas Hirschhorn et Andrea Thal pour représenter la Suisse. Thomas Hirschhorn présentera un travail de grande envergure intitulé Crystal of Resistance au pavillon suisse des Giardini di Castello. A à partir d’un souvenir d’enfance, l’artiste désire « ouvrir une fenêtre, une porte, une ouverture, ou simplement un trou sur la réalité d’aujourd’hui, « j’ai toujours souhaité faire quelque chose avec les cristaux. Avec mon travail, je veux élaborer une forme qui crée les conditions pour penser le nouveau. Cela devrait être une forme qui substantiellement rende possible la pensée. »

Pour sa part, l’artiste et curatrice Andrea Thal concevra et réalisera un projet intitulé Chewing the Scenery qui se tiendra à l’intérieur et autour du théâtre Fondamenta Nuove. Ce travail se compose d’une installation vidéo de Pauline Boudry et Renate Lorenz, d’une installation dramatique de Tim Zulauf et KMUProduktionen, et de deux manifestations en juin et septembre, comprenant elles-mêmes des performances, exposés, projections et concerts, ainsi qu’une publication.

« ILLUMInazioni - ILLUMInations », 54e Biennale de Venise, Arsenal et Giardini, du 4 juin au 27 novembre 2011. www.labiennale.org

Punta della Dogana et Palazzo Grassi
Les deux prestigieux édifices vénitiens, sièges de la Collection François Pinault réaménagés par l’architecte Tadao Ando, présentent deux nouvelles expositions ; la première à la Punta della Dogana, Eloge du doute, est dirigée par Caroline Bourgeois. Elle rassemble pièces historiques et productions nouvelles, dont plusieurs projets spécialement conçus pour le site, autour de l’idée du trouble, de la remise en question des certitudes sur l’identité, sur le rapport à l’espace de l’intime et à l’espace de l’œuvre. Une exposition de belle facture dans laquelle nous signalons les contributions remarquables de Tatiana Trouvé, Jeff Koons, Roni Horn, Julie Mehretu, Edward Kienholz, et un ensemble impressionnant de sculptures monumentales de Donald Judd.
L’exposition du Palazzo Grassi, Le Monde vous appartient, dont François Pinault a également confié le commissariat à Caroline Bourgeois, est un projet conçu en complémentarité de Eloge du doute ; il remet en question les limites traditionnelles de la géographie de l’art, de notre rapport à l’autre et au monde. « L’exposition s’articule autour des thèmes majeurs de l’histoire présente - depuis la désintégration des symboles, jusqu’aux tentations de replis et d’isolement en passant par l’attrait de la violence ou de la spiritualité dans un monde troublé et globalisé » (Caroline Bourgeois). Nous commenterons cette exposition ainsi que les points forts de la Biennale dans le numéro de septembre.

« Eloge du doute », Punta della Dogana, du 10 avril 2011 au 31 décembre 2012.
« Le Monde vous appartient », Palazzo Grassi, du 2 juin 2011 au 31 décembre 2011. www.palazzograssi.it

Françoise-Hélène Brou