Opéra de Marseille
Marseille : “Don Giovanni“
Article mis en ligne le 1er juin 2011
dernière modification le 5 novembre 2013

par François JESTIN

Montée à Marseille en 2005, la production de Frédéric Bélier-Garcia est reprise dans une distribution complètement renouvelée.

Très concentrée sur le théâtre et le jeu des acteurs, il faut reconnaître que la mise en scène fonctionne de manière simple, naturelle, et très efficace. Les décors de Jacques Gabelle tiennent essentiellement en des cloisons amovibles, qui sont mises en place très rapidement, et permettent quelques petites parties de cache-cache, dans les belles lumières de Roberto Venturi. Si la soirée s’avère très intéressante du point de vue vocal, elle est malheureusement bien peu excitante pour ce qui concerne la musique. La direction du chef Theodor Guschlbauer est certes de bonne qualité technique, mais il y manque du mordant, de la dynamique, du relief, du dramatisme, de la profondeur ; les tempi sont souvent étirés, et la platitude s’installe assez vite.

« Don Giovanni » avec Josef Wagner (Leporello), Jean-François Lapointe (Don Giovanni) et Nicolas Courjal (Il Commendatore)
© Christian Dresse

Dommage, car la jeune distribution réunie ici est pleine de qualités présentes et de promesses futures, et on peut penser que le résultat aurait été plus séduisant sous une autre baguette. Jean-François Lapointe dans le rôle-titre est loin de trouver en Don Giovanni son meilleur emploi. Le valeureux baryton canadien se montre logiquement très brillant dans les parties aigues de la partition, comme le « Fin ch’han dal vino », mais beaucoup plus sombre, discret, voire très légèrement pâteux dans les nombreuses parties graves qui ne lui sont pas naturelles. A ses côtés, Josef Wagner (Leporello) fait figure de révélation de la soirée : superbement timbré, puissant, excellent italien, acteur très expressif, on peut parier que cet Autrichien de 35 ans sera l’une des basses les plus demandées ces prochaines saisons. La carrière du jeune ténor Alexey Kudrya (Don Ottavio) a littéralement explosé ces toute dernières années : il se produisait à Marseille en mars 2010 dans le cadre de la sympathique tournée française du Viaggio a Reims de Rossini, et il est aujourd’hui programmé sur les plus grandes scènes mondiales (Genève l’a accueilli récemment dans i Puritani). La voix s’est sérieusement élargie, mais le côté élégiaque et gracieux de cet ancien filet de voix, ainsi que la souplesse et la vélocité naturelles ont diminué parallèlement. Il faut lui recommander la plus grande prudence dans le choix de ses emplois et l’occupation de son agenda. Nicolas Courjal est plein d’autorité dans le rôle du Commandeur, tandis que Till Fechner (Masetto), appelé en remplacement quelques jours avant cette première, est le net point faible de l’équipe, en particulier son gros cheveu sur la langue enlève toute crédibilité à ses interventions.

Côté féminin, les trois solistes possèdent un beau matériau vocal et font preuve de musicalité, mais elles n’ont pas encore la marge nécessaire pour être complètement à l’aise, et elles rencontrent quelques moments de faiblesse, avec ici ou là des pertes de justesse ou des débuts de petits accrochages. Ces problèmes sont très légers pour Burcu Uyar (Donna Anna), très belle technicienne, plus marqués chez Marianne Fiset (Donna Elvira), tandis qu’Emilie Pictet (Zerlina) fait valoir un joli timbre. Mais ces jeunes – et jolies ! – chanteuses ont encore beaucoup de temps devant elles pour gagner en maîtrise.

François Jestin

Mozart : DON GIOVANNI : le 12 avril 2011 à l’Opéra de Marseille