Théâtre Alchimic
Genève : « Jean et Béatrice »
Article mis en ligne le 1er juin 2011
dernière modification le 14 février 2014

par Claudia CERRETELLI ROCH

Au théâtre Alchimic aura lieu une pièce aigre-douce d’une grande auteure contemporaine canadienne, Carole Fréchette. Il s’agit d’un conte moderne sur l’amour – on n’aura jamais tout dit sur la question, et encore moins bien dit...

Au trente-troisième étage d’une tour se trouve une femme. Elle a mis une petite annonce, et promet une récompense à l’homme qui saura l’émouvoir, l’intéresser et la séduire. Cet homme du hasard existe… manque de chance, il est attiré par la récompense, plus que par la femme ; du moins, c’est ce qu’il dit. Mais est-ce toute la vérité ?
Dans Jean et Béatrice, le ton est à la fois candide et désabusé, sombre et drôle. Brigitte Rosset et Anthony Mettler incarneront les personnages de cette rencontre improbable entre un chasseur de récompenses et une proie volontaire de l’amour. Rencontre avec Brigitte Rosset.

Brigitte Rosset, doit-on parler de drame ou de comédie ?
On sait que du drame naît la comédie, on peut le voir dans les film de Charlot… Ici, dans le texte de Carole Fréchette, il y a un drame de solitude : cette femme cherche l’amour pour ne plus avoir mal. Elle trouve enfin un homme qui répondra à ses trois conditions, mais il ne sait pas ce qu’est l’amour, ce qui n’est pas forcément drôle…. C’est un conte, c’est une reprise de l’histoire de la princesse qui attend son prince qui ne vient pas, car il n’existe pas. C’est aussi et surtout un huis clos profondément théâtral, avec un texte très ciselé.

Carole Fréchette
Crédit photo Claude Dolbec

Peut-on chercher l’amour en échange d’une récompense ?
En quelque sorte… Ici, Béatrice promet une récompense, mais elle gruge son heureux gagnant, puisqu’elle lui a menti : elle n’a pas d’argent. Saura-t-elle le retenir ? Que veut-elle exactement ? Personne ne peut répondre à ces questions. Au fond, aucun des deux ne sait ce qu’est l’amour, comment le chercher. Mais qui le sait ? On n’en connaît que l’expérience, c’est ce qu’en dit la pièce : essayons, noue verrons bien si c’est de l’amour. Béatrice dit, en somme. « je ne sais pas ce que c’est, mais on m’a dit que ça existe ». Le regard de ces deux personnages, de ce duo – qui n’est pas encore un couple - sur l’amour est complètement naïf. Ce sont deux personnes bloquées dans l’enfance, c’est ce qui donne son poids et sa poésie à la pièce. De son côté, elle attend le prince charmant. Toutes les jeunes filles ont cette rêverie du seul et unique homme qui les comprendra, qui leur donnera de l’amour. Au fond, elle se gruge aussi elle-même, en pensant l’avoir trouvé. Quant à lui, il attend d’obtenir une récompense en argent. On pense aussi que l’homme veut une réponse tangible à l’amour : il veut du concret, de la conquête, et dans le cas de cette pièce de théâtre, ce besoin concret est symbolisé par l’argent. La femme, elle, est prête à payer symboliquement, de sa personne, pour être sauvée de sa solitude, qui la fait souffrir.

Quel est cet amour, qui naît d’une commande, qui n’est ni sensuel ni sexuel et qui n’espère pas de continuité, qui ne vit que dans la rencontre immédiate ?
C’est une recherche d’amour pur, enfantin : une expérience d’amour du cœur. L’homme craint justement qu’elle le lui vole, son cœur. Béatrice est persuadée que si c’est de l’amour, elle va le reconnaître. Car on reconnaît l’amour à ce qu’il conduit à avoir moins mal, à se sentir moins abandonné, moins seul. Les deux font des allusions à leurs expériences passées, de manière très discrète, par petites allusions. Mais ce n’est que pour mieux différencier ce qui a eu lieu et ce qui se produit à l’instant, dans cet immeuble. Tout se passe dans la rencontre, même si l’homme ne s’estime pas capable de répondre à cette demande : il parle de noyade, d’enterrement. Pour lui l’amour est un terrain dangereux pour lequel il n’est pas fait, pas préparé. Les deux essayent de s’aimer de manière empirique, par tâtonnements, comme neufs face à cette expérience. En termes de décor, nous avons peu de besoins, car tout se passe dans une pièce, et c’est la puissance qui huis clos qui compte.

La relation a jalonné votre parcours théâtral…
Avant toute chose, oui. Les textes sur la relation me touchent, car ils sont universels. Au fond, nous sommes tous les mêmes. Nous avons besoin de la même chose, nous souffrons des mêmes peines et les mêmes événements nous rendent heureux. Je suis très sensible, par exemple, par les textes du couple Jaoui-Bacri, car ils touchent à ces mêmes cordes de la relation. Leurs observations sont universelles. Mon prochain spectacle en solo sera sur ce même thème : une femme enfermée dans une clinique psychiatrique, parce qu’on craignait pour ses jours. Elle a été quittée, mais elle découvre un monde de relations dans lesquelles elle retrouve ses joies et ses peines…La relation, nous y voilà de nouveau !

Propos recueillis par Claudia Cerretelli

Du 7 au 26 juin 2011 : « Jean et Béatrice » de Carole Fréchette, m.e.s. Georges Guerreiro. Prod. de la Cie Baraka. Théâtre Alchimic, mar-ven à 20h30 ; sam-dim à 19h (rés. 022/301.68.38 - loc. Service culturel Migros)