Festival de Cannes 2011
En direct de Cannes 2011 : “Restless“

Le dernier opus de Gus Van Sant reprend un thème cher au réalisateur, à savoir les tourments de l’adolescence.

Article mis en ligne le 16 mai 2011
dernière modification le 29 octobre 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

Avec Restless, présenté en ouverture de la sélection « Un Certain Regard » du Festival de Cannes 2011, Gus Van Sant nous plonge dans un mélodrame fantastique, délaissant le registre expérimental et ésotérique qui lui est propre, et déconcertant ses admirateurs – qui avaient succombé à l’étrange et au décalé de la trilogie Elephant-Gerry-Last Days – pour rallier la veine plus mainstream de Will Hunting ou du Secret de Charlie, projetés l’an dernier en salles.

Restless


de Gus Van Sant, avec Mia Wasikowska et Henry Hopper. Etats-Unis, 2011.

Le réalisateur américain Gus Van Sant sait mieux que quiconque filmer l’adolescence tourmentée, sujet de prédilection qui habite à nouveau son dernier long métrage, Restless, une histoire d’amour et de mort projetée le premier jeudi à Cannes, mêlant néo-romantisme et film de fantômes avec un ange blond aux gouts morbides (Henry Hopper, fils du grand Dennis) qui végète dans sa bulle de spleen en compagnie d’un compagnon imaginaire fantasmagorique, et d’une fille malade (Mia Wasikowska), source intarissable d’optimisme et de bonne humeur, qui souhaite connaître l’amour une première - et dernière - fois.

« Restless »

Enoch a perdu ses parents dans un accident et vit depuis avec sa tante qu’il tient responsable de ce deuil impossible à faire. Annabel (Mia Wasikowska, l’Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton), cancéreuse, n’a plus que quelques mois à vivre et veut en profiter intensément. Tous deux se rencontrent à l’occasion d’un enterrement et c’est le début d’une "love story" poignante au cours d’un automne qui sera pour les deux tourtereaux tour à tour sombre et lumineux dans ce film qui n’est pas en lice pour la Palme d’or. Ensemble, ils errent dans les cimetières et arpentent les cérémonies funèbres pour exorciser leurs souffrances. Le film soutient l’idée que l’amour rédempteur peut naître, surtout lorsqu’il semble condamné.

« J’ai été attiré par cette magnifique histoire d’amour, cette nouvelle relation qui se crée en dehors du cercle familial à un moment où il est impossible pour les membres de la famille d’affronter la tristesse due à la perte d’un être cher », explique Gus Van Sant dans les notes de production. Restless s’inscrit dans la lignée des grandes histoires d’amour du cinéma telles que Love Story, qui avait fait pleurer le monde entier en 1969. D’ailleurs, tous les ingrédients s’y retrouvent : l’enthousiasme de la jeune fille, le marasme du jeune homme, la scène à la patinoire, la fameuse scène où il vient s’allonger à ses côtés dans le lit d’hôpital… Bref, les similitudes entre Restless  et Love Story ont valu à Gus Van Sant quelques critiques bien trempées. Seul élément divergeant entre les deux films : le drame est vu à travers deux personnages qui sont des enfants malmenés par la vie, ce qui peut expliquer l’agacement de certains spectateurs.

« Restless »

Contrairement à Elephant, tourné pour la télévision et librement inspiré de la fusillade du lycée de Columbine (Ohio), qui valut à son auteur la Palme d’or et le Prix de la mise en scène en 2003, Restless ne concourt pas pour une Palme.
En 2007, Gus Van Sant était à Cannes avec Paranoid Park, autre vision sur l’adolescence et son mal être qui obtint le Prix du 60e anniversaire du festival.
A l’époque, le cinéaste avait souligné qu’il choisit ses jeunes acteurs avec soin, surtout leur visage, afin que sa caméra et sa lumière puissent les rendre angéliques. Gus Van Sant est l’un de ces rares cinéastes américains qui développe véritablement une œuvre filmographique sans recourir à Hollywood, d’où cette liberté tant formelle que thématique. Installé depuis longtemps à Portland (Oregon), il aime tourner ses films dans cette ville, dont la photogénie échappe aux grands studios, ce qui est à nouveau le cas pour Restless, à qui la lumière de Portland apporte une touche poétique et picturale.
Si les personnages semblent relever de clichés - le Dandy et la marginale – ce choix correspond à la mouture du cinéaste. L’univers spectral est alimenté par la présence ponctuelle du kamikaze Hiroshi, la tonalité paisible apporte quiétude et sérénité alors que l’histoire semble gangrénée par la mort imminente de l’héroïne. L’innocuité apparente des dialogues est démentie par quelques notes de cruauté. Le réalisateur a tablé sur une proximité pour faire jaillir l’émotion avec des personnages a priori distants et aseptisés. L’excellente direction d’acteurs et la mise en scène fluide et aérienne viennent parfaire ce tableau qui séduira plutôt les jeunes générations, celles qui n’ont pas succombé au pathos de Love Story.

Firouz-Elisabeth Pillet, de Cannes 2011