Sur les scènes genevoises
Genève : Théâtre en janvier

Joli choix...

Article mis en ligne le 1er janvier 2013

par Viviane Vuilleumier

Le programme théâtrale de janvier s’avère très riche, et vous aurez probablement de la peine à choisir parmi tous les spectacles proposés. Petit survol.

La Comédie de Genève : Noéplanète

Du 8 au 18 janvier : La comédie accueille un spectacle conçu et mis en scène par Árpàd Schilling.

L’histoire : Est-ce qu’on peut sauver tous les indigents ? Est-ce qu’il y en a, que seul un miracle peut sauver ? Qu’est-ce qui nous anime lorsque nous décidons de venir en aide ? Et lorsque nous décidons de venir en aide, comment choisissons-nous ceux que nous voulons sauver ? Quel est le déroulement de ce processus de sélection ? Est-ce qu’il existe un indicateur d’humiliation, d’asservissement ou d’indigence ? Quel pauvre est le plus pauvre ? Quel migrant est le vrai migrant ?

« Noéplanète »
© Máté Tóth Ridovics

Telles sont quelques-unes des questions que se pose et nous pose Árpád Schilling. Après plusieurs années d’absence, l’impressionnant metteur en scène hongrois fait son retour avec Noéplanète, une création pour laquelle il s’est entouré d’une jeune équipe d’acteurs, de danseurs et de circassiens. Ensemble, ces artistes composent une arche de Noé moderne qui nous entraîne dans un voyage de projections, de musiques et de lumières, au cœur des crises de notre monde actuel. Une invitation à explorer, avec eux, quelques pistes pour penser un autre modèle de société.

La Comédie de Genève, relâche lun, mar-ven 20h, mer-jeu-sam 19h, dim 17h (Billetterie : 022/350.50.01 / billetterie@comedie.ch)

Théâtre des Amis : L’Enfant enfoui

Du 8 janvier au 3 février : Geoffrey Dyson met en scène Sam Shepard au Théâtre des Amis.

Geoffrey Dyson

L’histoire : D’ordinaire, ce sont dans les tragédies grecques que l’on découvre des familles aussi dysfonctionnelles que celle de ces culs-terreux du Midwest américain qui vivent dans l’ombre d’un sombre et inavouable secret. Le retour, après six ans d’absence, de Vince, le petit-fils que personne ne reconnaît, et de sa petite amie Shelly, va chambouler les mœurs étranges de ces gens-là. Shelly, par son insistance à vouloir comprendre la folie à laquelle elle est confrontée, va réussir à délier les langues et en particulier celle de Dodge, le père, qui, des années auparavant, a enterré derrière la maison un nouveau-né non désiré, fruit d’une relation supposée incestueuse. Un chef- d’œuvre du théâtre américain, méconnu des scènes européennes.

Théâtre des Amis, Carouge, mar-mer-ven à 20h, jeu-sam à 19h, dim à 18h (rens. 022/342.28.74)

Théâtre des Marionnettes : James Bond… fin de série

Du 9 au 20 janvier : Le Bob Théâtre de Rennes se penche sur le sort - enviable or not enviable !? - de James Bond.

L’histoire : Après 50 ans d´activité, le plus célèbre espion doute de sa mission. Que devient un acteur qui n´arrive plus à jouer ? Et un espion ne voulant plus espionner ? Un professionnel de l´aventure à qui tout réussit, commence à perdre, et s´interroge sur le sens de son travail, sa routine...

« James Bond... Fin de série »
Photo de répétition Cédric Vincensini

Au fond, n´est-il pas rassurant de voir que même les icônes vieillissent. Avec une savoureuse ironie, le Bond du Bob Théâtre est un homme, rien qu´un homme. Il souffre, il encaisse, il est anxieux, il a peur, il a des chagrins d´amour, tout en ne voulant plus effectuer ses deux missions annuelles.

Théâtre des Marionnettes, à 19h, dim à 17h (rés. 022/807.31.07, reservation@marionnettes.ch)

Théâtre Alchimic : Yoko-ni

La comédienne Laurence Iseli
© Philippe Pache

Du 10 au 31 janvier : Christian Denisart et Eugène présentent un spectacle d’une actualité saisissante, qui aborde les questions que posent l’addiction aux jeux vidéo et aux mondes virtuels sur notre intimité, sur les excès dont ils sont l’objet, mais aussi sur les idées reçues qu’ils génèrent.
L’histoire : Nous sommes dans un jeu vidéo géant. Entouré de personnages virtuels, Yoko-ni (« en marge », en japonais) est un héros populaire. C’est un combattant valeureux. Il est entouré d’amis fidèles et son monde est trépidant. Il fait tout pour rester dans cet univers de pixel. Dans la vraie vie, c’est un video gamer qui fuit ses problèmes en passant beaucoup de temps sur un jeu particulièrement addictif.
Une création originale en hommage à ces nouveaux mondes accédant aujourd’hui au statut d’art à part entière que sont les jeux vidéo. Sera-ce bientôt la norme d’apprendre à vivre dans deux mondes parallèles : le réel et le virtuel ?

Théâtre Alchimic, mar-jeu-ven à 20h30 ; mer-sam-dim à 19h, relâche lun (rés. 022/301.68.38 / billetterie@alchimic.ch - loc. SCM)

Théâtre de Carouge : La Locandiera

Du 11 janvier au 2 février : Goldoni occupe la scène du Théâtre de Carouge, convoqué par Marc Paquien, un metteur en scène qui subjugue par sa direction d’acteur et par ses mises en scène exigeantes. Il est aidé dans son entreprise par Dominique Blanc et André Marcon.

L’histoire : Un "hôtel garni à Florence", un chevalier misogyne qui a juré de ne jamais donner son coeur à une femme, une aubergiste qui parie que l’homme finira à ses pieds : voilà, en un tournemain, planté le décor et l’intrigue de la comédie la plus spirituelle de Goldoni. Une comédie sans cesse réinventée par Mirandoline, l’hôtelière, qui veut montrer comment l’amour vient aux hommes mais qui, très vite dépassée, tombera aussi dans le piège des sentiments avec lesquels elle joue !

Marc Paquien
© Marc Vanappelghem

Avec La Locandiera, Goldoni compose une pièce drôle et cruelle où le monde et le théâtre se rencontrent pour mieux lever un coin du voile sur la nature des rapports entre les hommes.

Théâtre de Carouge, Salle François-Simon, mar-mer-jeu-sam à 1h, ven à 20h, dim à 17h, relâche lun (loc.

Théâtre en Cavale : Mangeclous

Du 11 janvier au 3 février : Sur la scène de Pitoëff, Serge Martin monte son Mangeclous

L’histoire : Nous sommes en 1936. Sur l’île de Céphalonie, en Grèce, vivent cinq cousins. Ils sont complices, hâbleurs, rouspéteurs, menteurs, séduisants et homériques ! Ils sont une bande de copains ; ils sont les Valeureux ! A l’invitation de leur neveu, Haut Fonctionnaire à la Société des Nations, ils vont se rendre à Genève pour participer à la naissance de l’État d’Israël. C’est le début d’une épopée qui tient aussi bien de Rabelais que de Cervantès, des scènes d’un comique redoutable, salubre, une manière jubilatoire de se saisir du monde et de mordre la vie à pleines dents.

Serge Martin
© Kathelijne Reijse-Saillet

Mangeclous, c’est une quête réalisée par des personnages pittoresques qui n’ont pour unique priorité que de manger, c’est-à-dire de se nourrir de victuailles et de mots. Mangeclous, finalement, ce pourrait être l’alliance des mets et des mots. Albert Cohen, après tout, est peut-être un lointain descendant de Rabelais, qui sait ?

Théâtre en Cavale à Pitoëff, mer-sam à 19h, jeu-ven à 20h30, dim à 17h, relâche lun-mar (rés. 079/759.94.28 / loc. Service culturel Migros, Stand Info Balexert)

Le Poche-Genève : Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

Du 14 janvier au 3 février : Dominique Ziegler met en scène, au Poche, sa pièce dédiée à Jean Jaurès.

Dominique Ziegler

L’histoire : Le 31 juillet 1914, ce n’est pas seulement un grand leader du socialisme européen et un politicien au talent d’orateur légendaire qui meurt, c’est le dernier espoir de paix pour la France et pour l’Europe. Jean Jaurès avait la faculté de galvaniser par sa seule parole des foules entières, parvenant à déstabiliser des gouvernements par la puissance de son verbe et l’intelligence de ses analyses. Il avait aussi un intérêt et un amour profond pour le peuple, auquel il s’adressait sans démagogie. Il fut pourtant la cible, de son vivant, de la haine féroce de nombreux politiciens.
C’est un homme incorruptible dont le courage force le respect sur lequel Dominique Ziegler se penche afin d’en retracer les étapes charnières de vie.

Le Poche-Genève, lun-ven à 20h30, mer-jeu-sam à 19h, dim à 17h, mar relâche (rés. 022/310.37.59 - Loc. SCM)

Le Grütli : Sainte Jeanne des Abattoirs

Du 15 janvier au 3 février : Publiée en 1932, Sainte Jeanne des Abattoirs n’a jamais été représentée du vivant de Brecht : la pièce est créée à Hambourg en 1959. Inspiré par Schiller et d’autres classiques, le dramaturge écrit cette œuvre en vers afin de mieux parodier la crise économique qui sévit en Allemagne : à Berlin, un ouvrier sur trois est alors au chômage.

Bertolt Brecht

L’histoire : La tête d’un homme vaut moins que son chapeau. Il est terrible le constat de l’homme qui possède. C’est celui que dresse Pierpont Mauler, roi de la viande à Chicago et puissant spéculateur qui, pour écraser ses adversaires, n’hésite pas à entraîner des milliers d’ouvriers dans la misère. Face à ce seigneur des abattoirs va se dresser Jeanne Dark, sainte moderne dévouée aux Chapeaux Noirs, un groupe caritatif religieux. Contre toute conception rationnelle, dans un monde où règne l’aliénation, Jeanne s’emploie à réhabiliter l’humain en invoquant des valeurs quasi-féodales. Son combat se soldera par un échec.
De cette farce politique qui fourmille de situations rocambolesques et de coups de théâtre, Didier Carrier tire une comédie épique rythmée par un trio de musiciens. Brecht est un moqueur : il se raille des travers de l’homme contemporain et n’a pas peur des coups de pied au cul d’Arlequin à Pantalon et des coups de bâtons au gendarme. Sa pièce est une œuvre de laboratoire qui examine au plus près la peur de l’homme soumis à un monde en convulsions. Entre farce sur les rouages du capitalisme et tragédie sauvage, elle met en lumière l’opposition qui existe en chaque homme, entre « son âme noble et son âme vile ». « Gardez-les toutes deux ! », conclut Brecht.

Le Grütli, Grande salle, mar-jeu-sam à 19h, mer-ven à 20h, dim à 18h. Relâche lun (reservation@grutli.ch / 022/888.44.88)

Le Grütli : Des Zèbres et des amandes

Du 22 janvier au 3 février : Andrea Novicov adapte pour la scène De l’inégalité parmi les sociétés (Guns, germs, and steel. The fates of human societies) de Jared Diamond, ouvrage qui a valu à son auteur le prix Pulitzer 1998.

L’histoire : « L’histoire a suivi des cours différents pour les différents peuples en raison des différences de milieux, non pas de différences biologiques entre ces peuples ». En quelques mots, dès l’introduction de son essai De l’inégalité parmi les sociétés, Jared Diamond en a résumé l’essentiel. Par la même occasion, il vient de tordre le cou à toutes formes de racisme. C’est l’une des grandes qualités de son livre que de rompre avec les idées reçues. Une autre étant d’expliquer de manière claire et détaillée les trajectoires diverses de l’histoire de l’homme sur chaque continent par la géographie des plaques continentales et le hasard de la répartition initiale des espèces de faune et de flore.

« Des zèbres et des amandes »
© Isabelle Meister

Si vaste soit cette recherche, qui mobilise des disciplines aussi diverses que la génétique, la biologie moléculaire, l’écologie des comportements, l’épidémiologie, la linguistique, l’archéologie et l’histoire des technologies, elle n’a pas effrayé Andrea Novicov. Dès la lecture de l’ouvrage, le metteur en scène a compris qu’il tenait là un sujet d’une rare force dramatique. Faisant appel à l’univers animalier et végétal, mêlant images, marionnettes et comédiens, il invente un monde coloré, ludique et créatif pour servir la démonstration fascinante d’un auteur reconnu du monde scientifique contemporain.

Le Grütli, Petite Salle, à 20h, dim à 18h. Relâche lun (billetterie : 022/888.44.88)

POUR TERMINER, VOICI QUELQUES SPECTACLES DE PASSAGE POUR UNE OU DEUX REPRÉSENTATIONS SEULEMENT

Bâtiment des Forces Motrices : Le Roi se meurt

Le 15 janvier : Les Théâtrales accueillent Ionesco sur la scène du BFM, en compagnie de Michel Bouquet et Juliette Carré...

« Le roi se meurt » avec Michel Bouquet

L’histoire : Personne n’apprend à vivre sa mort, mais le Roi de Ionesco avec Bouquet nous gratifie d’une majestueuse agonie. Un de ses plus grands rôles !

BFM à 20h30 (rés. 022/364.30.30 - ou www.fnac.ch)

Théâtre du Léman : Le Clan des veuves

Le 17 janvier : Grace de Capitani, Julie Arnold et Claudine Barjol interprètent Le clan des veuves, une comédie de Ginette Beauvais-Garcin mise en scène par Marie Garcin et Jérôme Foucher.

L’histoire : L’époque ou le veuvage était regardé avec compassion, est révolu ! Avec ces 3 veuves là, il devient un véritable tourbillon.

Flo,Isabelle, veuves depuis plusieurs années consolent Rose qui vient de perdre son mari et de quelle façon !! Le clan des veuves se forme et dés lors, plus rien, ni personne ne lui résiste. Une cohabitation mouvementée, des confidences estampillées, les 3 inséparables décortiquent, défont, arrangent leur vie de couple passé. Alors imaginez quand une maîtresse, un enfant caché, pointent le bout de leur nez… Effets comiques garantis.

« Le clan des veuves »

Les répliques font mouche, les dialogues sont croustillants, les situations hilarantes.
Remise au gout du jour, résolument moderne, à la mise en scène parfaitement réglée, cette comédie devenue culte est la pièce anti-morosité de l’année !

Théâtre du Léman à 20h30 (loc. Fnac)

Théâtre Am Stram Gram : Kifélozof

Les 19 et 20 janvier : Am Stram Gram propose un spectacle de cirque, créé et interprété par Damien Bouvet.

« Kifélozof »
© Philippe Cibille

L’histoire : Le parking d’un hypermarché imaginaire, un chariot de courses et un clown philosophe, farci de questions : naître ou ne pas naître ? Pondre ou ne pas pondre ? Couver or not couver ?
Dans le cirque de l’existence, il va s’accoucher lui-même. En direct, sur le tarmac. Ce drôle d’homme est Sans Devenir Fixe : ce sera un ours, une poule ou un jésus.
La philosophie de Damien Bouvet n’est pas sans danger : elle peut empêcher de dormir n’importe qui, petit ou grand. Il pose une question, mais on dirait des bruits de bouche. Il fait un geste, mais on dirait qu’il pose une question.
Avec son corps, avec sa voix, avec du maquillage et des déguisements, il invente des mondes oniriques de toute beauté, des mondes qui sont tellement les siens qu’ils sont à tous et à chacun.

 : de et avec Damien Bouvet, dès 8 ans. Théâtre Am Stram Gram à 17h (Loc. 022/735.79.24 et Service Cult.Migros)

Théâtre du Léman : Hollywood

Les 29 et 30 janvier : Pierre Cassignard, Thierry Fremont et Samuel le Bihan se produisent dans la pièce de Ron Hutchinson, mise en scène par Daniel Colas.

L’histoire : Elle est tirée d’un fait réel. Hollywood. 1939, tournage d’ « Autant en emporte le vent ». Le scénario est complètement raté. Le producteur, le scénariste et le réalisateur s’enferment dans un bureau pour le réécrire en 5 jours

« Hollywood » avec Thierry Frémont et Samuel Le Bihan

Une délirante aventure, incroyablement drôle et tendue jusqu’aux frontières de la folie, à la taille des géants qu’elle met en scène et du contexte dans lequel elle se déroule : Hollywood.

Théâtre du Léman à 20h30 (loc. Fnac)