Musée d’art moderne de la Ville de Paris
Paris : L’art en guerre

Jusqu’au 17 février : L’art en guerre, dans la France de 1938-1947.

Article mis en ligne le 3 janvier 2013
dernière modification le 9 septembre 2013

Près de 400 œuvres de plus de 100 artistes sont présentées, complétées par de nombreux points documentaires et filmiques inédits. Rassemblées et commentées en 10 séquences fortes, elles expliquent comment, dans un contexte menaçant d’oppression et de pénurie (entre 1938 et 1947), les artistes ont modifié en profondeur les contenus et les formes de l’art en France.

L’Exposition internationale du Surréalisme de janvier 1938 est évoquée en début de parcours, car elle apparaît comme prémonitoire au moment de la montée des périls, avant même les accords de Munich, d’autant que certains de ses exposants seront arrêtés alors que d’autres tenteront de s’exiler.

Ensuite, malgré l’Occupation nazie et l’instauration du régime de Vichy, on crée encore, jusque dans les nombreux camps d’internement et les prisons en France, des œuvres de survie traduisant l’énergie désespérée d’artistes (Bellmer, Brauner, Ernst, Freundlich, …) qui adaptent leur processus de création aux matériaux à leur disposition - cire, ficelle, pierre, papier à musique ou d’emballage, etc.

Durant ces années noires, les artistes sont condamnés à s’adapter aux nouvelles réalités, voire, pour certains d’entre eux, à la clandestinité dans les refuges : à Marseille, Grasse, Sanary ou Dieulefit (Arp, Brauner, Sonia Delaunay, Hausmann, Magnelli, Masereel, Räderscheidt, Steib, Taeuber, Tita …). Toutefois, sur la scène parisienne, dominent Matisse, Picasso, Bonnard, Rouault, et les « jeunes peintres de tradition française » qui s’en réclament (Bazaine, Estève, Fougeron, Lapicque, Manessier, Singier…). L’ouverture partielle du Musée national d’art moderne, en 1942, au Palais de Tokyo, permet de saisir le goût timoré de l’époque expurgée de ses « indésirables » : juifs, étrangers, anticonformistes, etc. Par contraste, la galerie Jeanne Bucher est l’une des rares exceptions à présenter (sans publicité) des pièces d’artistes jugés « dégénérés » par la propagande totalitaire en Allemagne mais aussi en France. (Klee, Domela, Kandinsky, De Staël…).

Quant à Picasso, son audace reste intacte : interdit d’exposition et reclus dans son atelier des Grands-Augustins, il multiplie les chefs-d’œuvre : « L’Aubade », « le Grand nu », les « Têtes de mort », les dessins érotiques, « Tête de taureau » ou sa pièce de théâtre « Le désir attrapé par la queue ».

Entre 1944 et 1947, les œuvres de l’après-guerre répondent à la violence faite aux corps et aux esprits depuis des années. Cette partie de l’exposition questionne la redéfinition des grands mouvements modernes, les uns assurent la « Reconstruction » — autour du Parti communiste français (Fougeron, Herbin, Pignon…) et du renouveau de l’Art sacré —, les autres empruntent une ligne de fuite radicale : tachisme, informel, art brut, lettrisme, récupération de déchets ou d’objets rejetés par la guerre. Tout témoigne de l’irrépressible décompression psychique à l’œuvre comme seule réponse à l’histoire (Atlan, Bissière, Debré, Fautrier, Giacometti, Hartung, Leduc, Masson, Richier, Riopelle, Soulages, Schneider, Tal-Coat…).

Jusqu’au 17 février.
Après Paris, cette exposition fera escale au Musée Guggenheim de Bilbao, du 16 mars au 8 septembre 2013.