Musée Maillol, Paris
Paris : Serge Poliakoff

A voir : Gouaches de 1948 à 1969

Article mis en ligne le 22 octobre 2013
dernière modification le 6 octobre 2013

par Viviane Vuilleumier

Non content de présenter une magnifique exposition dédiée aux « Étrusques », le musée Maillol expose, au deuxième étage du musée, 40 gouaches exceptionnelles de Serge Poliakoff, figure phare de l’École de Paris des années cinquante.

Cette exposition, réalisée en collaboration avec Alexis Poliakoff, le fils de l’artiste, a choisi de retracer le parcours de 1948 à 1969 des œuvres sur papier de ce maître de l’abstraction.

Serge Poliakoff, aperçu d’une gouache

C’est grâce à Dina Vierny, qui a exposé pour la première fois les tableaux de l’artiste dans sa galerie, au 36 rue Jacob, en 1951, que Serge Poliakoff acquit une reconnaissance internationale, puis, peu de temps après, la célébrité. En 1970, c’est au tour du musée national d’Art moderne de la ville de Paris d’organiser une exposition en hommage à Serge Poliakoff, décédé l’année précédente.

Selon les propres termes de Dina Vierny, Serge Poliakoff personnalise la peinture abstraite par « une chaleur humaine teintée d’un mysticisme auquel s’ajoutent la richesse de la matière, la beauté picturale des formes et des couleurs, pierre angulaire de la peinture de Serge Poliakoff  »..

Serge Poliakoff, aperçu d’une gouache

Selon Michel Ragon, dans cette exposition de gouaches, le style abstrait de Poliakoff est d’une absolue originalité. Le peintre promène en effet ses deux formes préférentielles, l’arrondie et l’angulaire, sur la surface du papier, sans que leur répétition devienne monotonie ou pauvreté. Et, posées les unes près des autres, les gouaches se complètent, se suivent comme une sorte de polyphonie.

Serge Poliakoff, aperçu d’une gouache

Regardons, en 1950, ses formes très simples et ses couleurs très réduites : bleu
et rouge, bleu-noir-jaune, rouge, blanc, jaune, rouge et noir, en 1951. Vert en 1953 (cette couleur honnie par certains peintres abstraits, comme trop naturaliste). Une curieuse gouache rouge en 1959. Un rouge clair domine l’ensemble et un petit liseré vert l’encadre. Ces curieux petits liserés seront exceptionnels, sinon un petit liseré rouge encadrant deux jaunes en 1960. Deux gouaches grises, en 1960 et 1961, avec une tonalité de gris différents. Une presque monochrome en 1962. Le silence absolu. Mais peut-on parler de silence à propos d’une peinture ?

Cela semble paradoxal, mais Poliakoff a toujours précisé que, pour lui, un tableau réussi était un tableau silencieux. Et qu’il aimait faire vibrer le silence. En 1965 apparaissent des gouaches découpées. Avec lesquelles il soulignait sa volonté de séparer très nettement ses formes et ses couleurs.

Mais finalement, cet art abstrait de Poliakoff, ni gestuel, ni lyrique, ni géométrique, c’est quoi, au juste ? Sa singularité de n’être autre chose que ce qu’il est. Chaque forme, pour lui, implique un travail sur la couleur et chaque couleur est indissociable de cette forme. Aucune influence du monde extérieur. « Je suis vraiment dans mon cosmos à moi », aimait-il répéter. »

Jusqu’au 9 février 2014.