Fondation Beyeler, Bâle-Riehen
Riehen : Odilon Redon

Symbolisme à l’affiche

Article mis en ligne le 30 janvier 2014
dernière modification le 19 mai 2014

Le peintre français Odilon Redon (né à Bordeaux en 1840, mort à Paris en 1916) compte, avec son cosmos chromatique, parmi les artistes les plus surprenants des débuts de l’art moderne. L’œuvre de ce représentant majeur du symbolisme français marque la jonction entre le XIXe et le XXe siècle et illustre parfaitement les interactions entre tradition et innovation.

L’œuvre ambiguë et énigmatique de ce poète de la couleur se caractérise par des ruptures et des contrastes et suit une évolution conduisant du noir des premiers travaux au fusain et des lithographies des débuts à l’« explosion chromatique » des pastels et des huiles qui les suivront. Ses œuvres passent de l’inquiétant à la sérénité : des monstres bizarres surgissent au côté de créatures célestes — rêve et cauchemar, nature et imagination se côtoient.

Homme d’une nature paisible et songeuse, l’artiste cultivait également une profonde fascination pour la littérature et la musique. Menant sa carrière loin des regards de la foule, il n’a accédé que tardivement à la notoriété.

Cette exposition présente à l’aide de toiles, de pastels, de dessins et de lithographies, célèbres pour certains, rarement montrés pour d’autres, tous les thèmes de sa création, révélant ainsi les idées révolutionnaires et les innovations spectaculaires de l’œuvre de Redon, si diverse tant par le contenu que par la technique. Ces œuvres proviennent de célèbres collections particulières ainsi que de musées suisses et internationaux, tels le MoMA de New York et le Rijksmuseum d’Amsterdam. Le Musée d’Orsay participe de façon exceptionnelle à cette exposition avec le prêt de neuf œuvres de toute première importance. Conçue comme une présentation à la fois ample et concentrée de la quintessence de la création artistique de Redon, cette manifestation met l’accent sur sa dimension avant-gardiste et, partant, sur son rôle de précurseur de l’art moderne.

À l’image de Cézanne ou de Van Gogh, Redon est l’une des figures fondatrices de l’art moderne. On voit s’esquisser dans son œuvre un certain nombre de courants artistiques qui joueront un rôle capital au XXe siècle, comme le fauvisme, le cubisme, et le surréalisme, sans compter l’abstraction. Cette approche permet d’établir un lien avec la Collection Beyeler, dans laquelle Redon, sans y être représenté, n’en constitue pas moins un point de référence pour de nombreux artistes qui y figurent. C’est le cas notamment de Pierre Bonnard, Henri Matisse, Pablo Picasso, Wassily Kandinsky, Piet Mondrian, Max Ernst et même Barnett Newman et Mark Rothko.

Cette exposition est organisée par groupes d’œuvres, au sein d’une chronologie libre. Ces ensembles illustrent les principales sphères d’intérêts de l’artiste, ainsi que ses rapports à la modernité. On peut évoquer ainsi, dans le contexte des « Noirs » de jeunesse, les représentations mystérieuses et oniriques de visages et d’yeux, mais aussi de fascinants hybrides entre végétal, humain et animal, ainsi que des apparitions cosmiques.

Les visions aquatiques et aériennes de Redon ne manifestent pas seulement son éloignement de l’impressionnisme mais aussi une alternance typique entre observation microscopique de la nature et imagination débridée. Les compositions florales féeriques de Redon se rapprochent de ses représentations de femmes idéales, qu’il s’agisse d’Ophélie ou de Béatrice, lesquelles sont comme serties dans les fleurs et entretiennent une mystérieuse correspondance avec le monde végétal.

Avec ses célèbres bouquets, Redon, poète et visionnaire de la couleur, permet enfin à la somptuosité débordante des fleurs de se transformer en hommage en bonne et due forme à la peinture pure. Dans ses panneaux muraux décoratifs de grand format destinés au château de son mécène, le baron de Domecy, en Bourgogne, il accède dès le début du XXe siècle aux formes les plus précoces de la peinture abstraite.

Du 2 février au 18 mai 2014